Le soulèvement a réussi à percer les défenses économiques du régime, la classe des « bazars » (commerçants traditionnels) se ralliant de plus en plus à la rue. Au cœur de la capitale, le passage Aladdin, principal centre du commerce numérique, a fermé ses portes en signe de solidarité. Simultanément, la ville d’Abdanan a connu une grève générale des marchés, paralysant le commerce local. Ces grèves sont alimentées par un effondrement historique de la monnaie et une inflation record qui a rendu le salaire minimum quasiment insignifiant. Cette convergence entre le marché et le mouvement mené par la jeunesse constitue une menace existentielle pour la stabilité du régime, les commerçants rejoignant les rangs des dépossédés.
Faillite énergétique et insécurité du régime
Alors que le régime est aux prises avec un déséquilibre énergétique catastrophique, provoquant des coupures de courant généralisées et la combustion toxique de mazout dans les grandes villes, l’anxiété interne de l’élite dirigeante est devenue manifeste. Dans un discours prononcé le 17 février devant les forces de sécurité, le président du régime, Massoud Pezeshkian, a plaidé pour l’utilisation de « nouvelles technologies » afin de prévenir les blessures des officiers, tout en ordonnant que « les anomalies soient étouffées dans l’œuf ».
Cette rhétorique reflète un gouvernement qui ne fait plus confiance à l’endurance de ses soldats face à une population littéralement suffoquée par la pollution et affamée par une mauvaise gestion économique.
Répression dans les écoles et insurrection périphérique
Dans une tentative désespérée d’identifier les manifestants, le régime a étendu son emprise jusque dans les salles de classe. Des informations en provenance de Mashhad et de Karaj indiquent que les forces de sécurité procèdent à des fouilles intrusives des téléphones portables des élèves, voire à des examens physiques pour détecter des blessures par balles, sous couvert de séances de « sensibilisation ».
Parallèlement, dans des villes périphériques comme Mormori, la situation a dégénéré en un effondrement quasi total de l’autorité de l’État. Malgré une coupure totale d’internet et l’utilisation de munitions réelles, des habitants auraient pris d’assaut des postes de sécurité. Ces foyers de tension localisés contraignent le régime à déployer des ressources excessives, alimentant un cycle de rébellion que ni les balles ni les coupures d’internet ne peuvent enrayer.
La « boîte noire » enfin révélée
En raison de la coupure totale d’internet imposée par le régime durant les premières semaines explosives du Nouvel An, des informations cruciales sur l’intensité du soulèvement ne sont divulguées au public que maintenant. Des reportages et des images, censurés pendant plus d’un mois, refont surface, mettant notamment en lumière les événements des 8 et 9 janvier. Ces témoignages tardifs révèlent une phase de violents affrontements urbains :
Sur le boulevard stratégique Vakilabad à Mashhad, des jeunes rebelles ont lancé une offensive tactique, détruisant les véhicules des Unités spéciales et incendiant la Sepah Bank, pilier financier essentiel de l’appareil sécuritaire.
À Kermanshah, des scènes similaires se sont déroulées sur le boulevard Golestan, où des manifestants ont utilisé des armes à feu pour bloquer l’avancée des forces de répression, transformant les rues en zones interdites au régime.
La publication de ces reportages fin février a donné un nouvel élan à ce mouvement, alors que les commémorations du « 40e jour » se trouvent renforcées par les nouvelles preuves de la brutalité du régime et les succès tactiques des jeunes en janvier.
• Manifestations et affrontements à Abdanan ; slogans « A bas Khamenei » à Téhéran, Mashhad et dans d’autres villes
Dans la nuit du lundi 16 au mardi 17 février 2026, les cérémonies commémoratives du 40e jour en hommage aux martyrs du soulèvement, organisées dans plusieurs villes du pays, ont été le théâtre de vives protestations contre le régime clérical.
À Abdanan, les manifestations qui ont débuté lundi soir se sont transformées en affrontements avec les forces de répression durant mardi. Le régime a tenté de réprimer les protestations en coupant l’accès à Internet, en utilisant des gaz lacrymogènes, en envoyant des renforts et en ouvrant le feu. Les jeunes insurgés ont répondu en scandant « A bas Khamenei, maudit soit sur Khomeiny ! ».
À Mashhad, des jeunes et des habitants ont commémoré le 40e jour en l’honneur du martyr Hamid Mahdavi. Malgré la présence des forces de répression et le siège de la mosquée où se déroulait la cérémonie, ils scandaient : « Nous jurons par le sang de nos compagnons, nous tiendrons bon jusqu’au bout » et « Nous n’avons pas offert de martyrs pour faire des compromis, ou pour glorifier le chef meurtrier ».
À Behesht-e Zahra, à Téhéran, une foule immense s’est rassemblée sur la tombe du martyr du soulèvement Sepehr Shakouri, appelé par affection par tout le monde « Sepehr Baba ». Ils ont renouvelé leur serment envers les martyrs en scandant : « Canons, chars, mitrailleuses ne servent plus à rien », « Tant d’années de crimes, à bas le régime du guide suprême ! » et « A bas l’oppresseur ! ».
À Najafabad, des manifestants ont défilé en brandissant de grandes photos des martyrs. Une foule immense a assisté à la cérémonie en hommage au martyr Mehran Heidari Babanazar à Hashtguerd et à la cérémonie commémorative des martyrs à Malekshahi. À Zanjan, la cérémonie commémorative du quarantième jour en l’honneur d’Iliya Ojaghloo s’est transformée en manifestation, marquée par la distribution de sucreries et des chants : « Pour chaque personne tuée, mille se lèvent pour la remplacer. »
À Kermanshah, pour le quarantième jour de Tiam Kianimanesh, à Shahin Shahr pour Mohammad Reza Ghorbani, à Bandar Ganaveh pour Karim Heidari, à Shahriar pour Ali Gholamloo et à Saveh pour Navid Nazemi Maleki, âgé de 17 ans, la population est descendue dans la rue en scandant : « Cette fleur tombée est un don à la patrie. »
À Boukan, les cérémonies en l’honneur de Siavash Shirzad et à Ghoutchan, celle de Yousef Bakhshi, ont été marquées par le discours poignant de la mère du martyr et les chants : « Je tuerai, je tuerai celui qui a tué mon frère. »

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