jeudi 5 février 2026

Résistance organisée et armée : le cauchemar inavoué du régime iranien

 La panique croissante du régime face à la jeunesse, aux armes et à la résistance organisée

Alors que l’attrait pour une confrontation directe avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (les pasdarans) s’intensifie, la panique s’est propagée tant parmi les cercles internes du régime que chez ses fidèles périphériques. La perspective de jeunes Iraniens se tournant vers les armes, ainsi que l’expansion de cellules de résistance organisée, a profondément ébranlé l’establishment au pouvoir. Ce qui semblait autrefois impensable est désormais ouvertement évoqué — parfois même par les héritiers du régime eux-mêmes.

Le 31 janvier, Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur du régime, s’est tenu sur la tombe de son père et a évoqué une lettre écrite par Akbar Hachemi Rafsandjani à Rouhollah Khomeini durant la période d’exil de ce dernier à Najaf. Il a cité l’analyse de Rafsandjani expliquant pourquoi l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) attirait des soutiens, affirmant que leur attrait provenait du fait qu’ils avaient pris les armes — avant d’ajouter que Khomeini s’était opposé dès le départ à la lutte armée contre le régime du Shah, par crainte de ses conséquences.

Que Hassan Khomeini ait ou non mesuré la portée de ses propos, il s’agit là d’un aveu historique majeur. Enfouies dans cette remarque en apparence défensive se trouvent plusieurs vérités explosives.

Premièrement, cette déclaration place le système actuel du velayat-e faqih — et Ali Khamenei personnellement — exactement là où se trouvait le Shah dans les derniers jours de la monarchie : à un moment où la jeunesse n’est plus réformable, où elle est attirée par le renversement du régime, et où le changement de régime devient une possibilité concrète plutôt qu’un simple slogan.

Deuxièmement, elle confirme une réalité politique fondamentale que le régime tente depuis longtemps d’étouffer : lorsque la répression et la censure atteignent leur paroxysme, les sociétés se radicalisent. Lorsque toutes les voies pacifiques sont fermées, les peuples en viennent à conclure que la dignité, la sécurité et la stabilité ne peuvent être obtenues sans le recours à la force. La résistance organisée et armée ne naît pas uniquement de l’idéologie — elle est le produit d’une asphyxie systématique.

Mais le cauchemar qui hante le régime dépasse de loin un simple discours du petit-fils de Khomeini. La véritable terreur réside dans la possibilité d’une population armée affrontant les pasdarans — les mêmes forces qui ont abattu des civils non armés dans les rues, ville après ville. Cette peur s’est clairement manifestée lors de la même cérémonie, lorsque le président du régime, Massoud Pezeshkian, a tenté d’élargir l’argumentaire.

Il a insisté sur le fait que « la voie de l’Imam était la voie du peuple », affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un chemin de guerre ou d’effusion de sang, et rappelant que Khomeini aurait ordonné d’offrir des fleurs aux forces armées parce que « ce sont aussi des gens du peuple ».

Ce que Pezeshkian n’a pas — et ne pouvait pas — expliquer, c’est pourquoi, si cette voie rejetait réellement le sang versé, le régime a consumé près d’un million de vies dans une guerre antinationale ; pourquoi les années 1980 ont été marquées par des exécutions de masse systématiques ; pourquoi les prisonniers politiques ont été massacrés en 1988 ; pourquoi Kahrizak a eu lieu ; pourquoi novembre 2019 a eu lieu ; pourquoi les soulèvements de janvier 2026 ont eu lieu — et pourquoi Kahrizak s’est reproduit.

Ces omissions ne sont pas accidentelles. Elles constituent les lignes de fracture du récit du régime.

Pezeshkian a ensuite touché au cœur de son angoisse, lançant un plaidoyer presque désespéré :

« Dans les manifestations sociales ordinaires, les gens ne prennent pas les armes, ils ne tuent pas les forces de sécurité, ils ne brûlent pas les ambulances ou les marchés. »

Mais en prononçant ces mots, il a involontairement livré l’aveu le plus clair du régime.

Si les gens ne prennent pas les armes lors de « manifestations ordinaires », alors ce qui se déroule aujourd’hui en Iran n’a plus rien d’ordinaire. Ce n’est plus un cycle de protestation. C’est un soulèvement. Une rupture. Une éruption qui ne peut être ni apaisée par le discours, ni requalifiée à des fins cosmétiques, ni réprimée jusqu’au silence.

Ce que le régime craint le plus, ce ne sont ni les slogans ni les grèves — mais le moment irréversible où une société conclut qu’elle n’a plus rien à perdre. De leurs propres mots, ce moment est arrivé.

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