Malgré les efforts acharnés du régime iranien pour asseoir son contrôle par de graves coupures d’internet et une répression violente, le soulèvement national se poursuit en février 2026. Dimanche 1er février, la contestation a de nouveau éclaté sur les campus universitaires, les étudiants lançant un boycott coordonné des examens de fin de semestre. Cette résistance interne coïncide avec de nouvelles révélations concernant le coût humain effarant de la répression et une campagne internationale de plus en plus intense visant à demander des comptes aux dirigeants du régime.
« Sièges vides pour les martyrs » : Les universités défient la normalité
Le dimanche 1er février 2026, les étudiants des principales villes, dont Téhéran, Tabriz, Mashhad et Ahvaz, ont refusé de passer leurs examens. Selon le bulletin Amirkabir, ce boycott visait à protester contre les violences policières et les arrestations d’étudiants.
À la faculté de médecine de l’université de Téhéran, la protestation a pris une forme particulièrement poignante. Dans une salle d’examen où les étudiants refusaient de composer, une chaise est restée vide. Sur celle-ci, une photo d’Aida Heidari, étudiante en médecine tuée par les forces de sécurité lors du soulèvement, était recouverte d’un tissu noir.
Simultanément, les étudiants des facultés de médecine de Tabriz, Mashhad et Ahvaz ont organisé des rassemblements sur leurs campus au lieu de se rendre aux examens. Leurs revendications étaient précises : l’arrêt immédiat des massacres de civils perpétrés avec l’aval de l’État et la libération inconditionnelle des étudiants enlevés. Ces actions montrent que l’université, bastion historique du changement politique en Iran, reste paralysée par la dissidence malgré les tentatives du gouvernement pour imposer un retour à la normale.
Les responsables du régime admettent leur fragilité : « Nous ne serions pas là aujourd’hui. »
Alors que les étudiants se mobilisaient, l’ampleur de la violence du régime apparaissait de plus en plus clairement. Lundi 2 février, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a publié les noms de 810 martyrs supplémentaires du soulèvement national, à la suite d’un processus de vérification rigoureux.
Cette dernière publication porte à 2 257 le nombre total d’identités vérifiées publiées par l’OMPI. La répartition démographique de cette nouvelle liste révèle le caractère aveugle des violences : elle comprend 69 femmes et 52 enfants et adolescents âgés de 10 à 17 ans.
La répartition géographique des victimes indique que la répression a été la plus sévère dans les grands centres urbains. Téhéran compte 610 décès confirmés, suivie d’Ispahan (310), du Khorasan Razavi (201) et d’Alborz (170). L’OMPI a précisé que, bien que 152 mineurs aient été confirmés morts à ce jour, le nombre réel est probablement bien plus élevé, les vérifications se poursuivant.
La persistance du soulèvement semble avoir ébranlé les plus hautes sphères du pouvoir clérical. Dans un discours prononcé lundi 2 février sur la tombe du fondateur du régime, Rouhollah Khomeiny, le chef du pouvoir judiciaire, Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, a fait une rare reconnaissance de la vulnérabilité du système.
Les responsables du régime admettent leur fragilité : « Nous ne serions pas là aujourd’hui. »
Eje’i a qualifié le soulèvement de « coup d’État » et a reconnu la gravité de la menace qu’il représentait pour la survie du régime. « Si la main de Dieu n’était pas intervenue… et si [les manifestations] n’avaient pas été neutralisées, nous pourrions alors comprendre s’il s’agissait d’un coup d’État ou non », a déclaré Eje’i. Il a conclu par un aveu sans détour : « Si leurs prédictions s’étaient réalisées, nous n’en serions pas là aujourd’hui. »
Cette rhétorique coïncide avec les vives réactions du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) suite à sa récente désignation comme organisation terroriste par l’Union européenne. Les médias d’État ont qualifié la décision de l’UE d’entrave à la « coopération constructive », tout en s’en prenant aux pays européens qui, selon eux, abritent des groupes d’opposition.
Isolement international et rapports d’atrocités
Sur le plan international, le régime fait face à des mesures punitives de plus en plus sévères. Le 2 février, le Royaume-Uni a annoncé un ensemble de sanctions d’envergure visant dix personnes et les Forces de police islamiques (FARAJA) pour violations des droits humains.
La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a désigné des responsables de haut rang, dont Eskandar Momeni, ministre de l’Intérieur du régime, et plusieurs chefs de police provinciaux. Parmi les personnes sanctionnées figurent Mohammad Reza Hashemifar, chef de la police du Lorestan, et Yadollah Bouali, commandant des Gardiens de la révolution dans la province de Fars, tous deux accusés d’avoir participé à des violences meurtrières contre des manifestants. Le train de sanctions comprend également le gel des avoirs des juges de Rasht qui ont prononcé des condamnations à mort contre des militants.
Parallèlement, les médias internationaux documentent les brutalités commises sur le terrain. Un article du Sun a décrit en détail les « atrocités des escadrons de la mort », citant des témoins qui ont décrit comment les forces de sécurité utilisaient des mitrailleuses DShK de calibre 50 – des armes généralement utilisées en temps de guerre – contre des civils non armés dans les rues de la ville. Le rapport a mis en lumière les tentatives du régime de dissimuler des corps dans des fosses communes et l’exécution de médecins ayant soigné les blessés.
Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a qualifié la répression de « crime grave contre l’humanité », soulignant que la communauté internationale est confrontée à un « test décisif » quant à sa réaction face à un régime coupable de génocide.
Alors que le soulèvement se poursuit, le contraste entre le discours du régime sur son contrôle et la réalité sur le terrain s’accentue. Face au refus des étudiants de participer au système universitaire et à l’augmentation constante du nombre de morts, le « coup d’État » redouté par Eje’i apparaît comme un rejet national et persistant de la dictature elle-même.
Source : CNRI

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