Étudiants, retraités et commerçants défient la répression
Le samedi 7 février, des étudiants de l’Université des sciences médicales de Shiraz se sont rassemblés pour protester contre le maintien en détention du personnel médical arrêté lors du soulèvement de janvier. Le rassemblement a mis en lumière la solidarité entre étudiants et professionnels, les manifestants exigeant la libération immédiate de leurs collègues.
Parallèlement, la crise économique continue de pousser la classe ouvrière iranienne dans la rue. Le dimanche 8 février, des retraités de Shush, Karkheh et Haft Tappeh se sont rassemblés devant l’administration de la sécurité sociale à Shush. Leurs revendications étaient criantes et désespérées ; les manifestants ont déclaré aux agences de presse spécialisées dans le travail qu’avec l’inflation actuelle, leurs pensions « ne couvrent même pas la moitié d’un mois de dépenses courantes ». Ils ont exigé l’application intégrale de l’article 96 relatif aux ajustements des pensions et la mise en œuvre de la gratuité des soins de santé, affirmant que les retraités ne devraient pas avoir à débourser « un seul rial » pour se soigner.
À Téhéran, un drame au marché Jannat a déclenché une manifestation émouvante de commerçants qui ont perdu leurs moyens de subsistance dans un incendie suspect. Réunis devant les lieux de l’intervention de la société d’organisation municipale, les commerçants ont crié : « Notre centre d’activité, fruit de plusieurs années de travail, est parti en fumée en 20 minutes !» À l’approche du Nouvel An persan, les manifestants ont dénoncé la négligence du régime. Un commerçant s’est écrié : « Payez au moins une partie des dégâts ! Nos enfants n’ont pas de pain ce soir et nous ne pouvons pas payer notre loyer. »
Le régime reconnaît la puissance de la résistance organisée
Dans un aveu significatif de sa vulnérabilité, le ministère du Renseignement de la province d’Azerbaïdjan oriental a publié un communiqué le 6 février concernant le soulèvement de janvier. Le ministère a affirmé avoir identifié et neutralisé une cellule de sept membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) à Tabriz.
Contrairement aux versions précédentes qui présentaient les manifestations de janvier comme sporadiques et mineures, le communiqué des services de renseignement a reconnu avoir identifié plusieurs centaines d’agents de terrain impliqués dans les troubles à travers la province. De plus, le régime a annoncé la saisie de 220 armes illégales dans la ville frontalière de Jolfa. Ces aveux soulignent l’inquiétude croissante du régime face au fait que les manifestations ne sont pas de simples débordements spontanés, mais qu’elles sont de plus en plus organisées et potentiellement armées.
« Un feu sous les cendres »
La persistance de ces manifestations a semé la panique au sein de la hiérarchie du régime. Les médias d’État mettent désormais en garde les responsables contre un « feu sous les cendres ». Le journal Arman-e Emrooz alertait le 8 février sur le fait que le système se trouvait à un tournant décisif. L’article critiquait l’approche du gouvernement, fondée sur des « palliatifs politiques » – offrant des solutions temporaires plutôt que des remèdes – et soulignait que le fait d’ignorer les causes profondes du soulèvement de janvier entraînerait une résurgence des crises, aux conséquences sociales et sécuritaires encore plus graves.
Cette crainte était partagée par Ahmad Khatami, membre de l’Assemblée des experts. Lors du sermon de la prière du vendredi à Téhéran, le 6 février, Khatami exprimait sa terreur face à l’isolement du régime dans le cyberespace. Qualifiant le rejet du régime par le public en ligne de « coup d’État larvé », il appelait désespérément la jeunesse du Hezbollah à s’engager dans le « djihad de l’explication » pour contrer la vague de sentiments anti-régime. Son appel révèle que les mollahs ont perdu la guerre de l’information et perçoivent Internet – et les informations qu’il véhicule – comme une menace existentielle.
Alors que le régime continue d’ignorer les besoins fondamentaux de la population tout en renforçant les mesures de sécurité, les événements du début février laissent penser que le soulèvement de janvier n’était pas une conclusion, mais un prélude à une confrontation de plus grande ampleur.

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