Le 24 février, le réseau d’information officiel iranien a diffusé les propos de Kazem Gharibabadi, vice-ministre des Affaires étrangères chargé des affaires internationales, prononcés devant le Conseil des droits humains des Nations unies. Il a ouvert son discours par une affirmation générale :
« La République islamique d’Iran est un pays responsable et comptable dans le domaine des droits humains. »
D’un ton diplomatique, cette déclaration se voulait une défense officielle du bilan de Téhéran. Pourtant, dans son contenu, elle apparaît moins comme le reflet des réalités de terrain que comme un récit politique soigneusement construit. Pour de nombreux Iraniens et observateurs internationaux, cette affirmation contraste fortement avec la mémoire historique et la documentation abondante des abus systémiques.
Un bilan de condamnations répétées
Au cours des 44 dernières années, le régime iranien a été condamné à 76 reprises par la Commission des droits de l’homme des Nations unies et ses organes successeurs pour « violations graves des droits humains fondamentaux ». Un tel volume de résolutions n’est ni ponctuel ni anecdotique ; il témoigne d’un schéma d’abus persistant et structurel.
Tout aussi significatif est le refus constant du régime de répondre de manière substantielle ou de mettre en œuvre les recommandations contenues dans ces résolutions. L’absence de mécanismes de responsabilité, de transparence ou de recours judiciaires a renforcé la perception selon laquelle la rhétorique de « responsabilité » reste détachée des pratiques institutionnelles. En pratique, le non-respect a servi de confirmation tacite des violations mêmes dénoncées dans ces condamnations.
Réécriture du récit de la guerre Iran-Irak
Dans une autre partie de son discours, Gharibabadi a déclaré que plus de 830 000 personnes avaient été tuées au cours de ce qu’il a qualifié de « guerre imposée de huit ans ». Il faisait référence à la guerre Iran-Irak.
Cependant, les archives historiques indiquent qu’à partir de mai 1982 — après que les forces iraniennes eurent repris une grande partie de leur territoire occupé — la décision de prolonger la guerre revint à Rouhollah Khomeini. Son objectif déclaré de poursuivre le combat « jusqu’à la libération de Qods (Jérusalem) » transforma le conflit, d’une campagne défensive, en une stratégie prolongée et expansionniste.
À partir de ce moment, la responsabilité du coût humain continu incomba directement aux dirigeants de Téhéran. Présenter l’ensemble du conflit de huit ans comme purement « imposé » occulte la décision politique de prolonger les hostilités bien au-delà du moment où une issue négociée était possible. Le tribut humain payé par les civils iraniens et irakiens fut, en grande partie, le résultat de ce choix.
Le soulèvement de janvier 2026 et les contradictions officielles
Gharibabadi a également abordé le soulèvement de janvier 2026, mais son récit n’incluait aucune reconnaissance de la responsabilité de l’État dans les violences. Il a plutôt attribué celles-ci à ce qu’il a appelé des « émeutiers » et des « terroristes », reprenant un narratif officiel bien connu qui requalifie les manifestants en instigateurs du chaos.
Il a déclaré :
« Les troubles causés par des émeutiers et des terroristes ont conduit au martyre de 2 427 personnes innocentes et de gardiens de l’ordre et de la sécurité sur un total de 3 117 décès dans ces événements. »
Or, cette statistique officielle soulève des questions fondamentales. Si 3 117 personnes sont mortes et que 2 427 sont classées comme « personnes innocentes et défenseurs de la sécurité », qui est alors responsable des 690 décès restants ? Même selon les propres chiffres du régime, une part significative des victimes demeure inexpliquée.
Ce schéma est conforme à celui observé lors de précédents épisodes de contestation : modification du récit, transfert de la responsabilité sur les manifestants et évitement d’enquêtes transparentes. Les victimes sont requalifiées en coupables, et la responsabilité systémique est remplacée par une inversion rhétorique.
Un modèle structurel de répression
Ce qui ressort tant du discours à l’ONU que de décennies d’expérience intérieure est un modèle comportemental durable : répression, déni et manipulation du récit face à la dissidence publique. Chaque fois que des protestations ont éclaté à travers l’Iran, la réaction de l’État a reposé principalement sur la coercition, suivie par le contrôle de l’information et la révision du récit historique.
Cette approche a approfondi le fossé entre la société et l’appareil dirigeant. L’accumulation de griefs non résolus — politiques, sociaux et économiques — a transformé la question de la responsabilité en matière de droits humains, d’un simple sujet diplomatique, en une revendication nationale centrale.
Les droits humains comme impératif national
Les 47 dernières années fournissent de nombreuses preuves que les appels à un changement systémique en Iran sont indissociables des exigences de justice. Pour de nombreux Iraniens, la quête de responsabilité n’est pas seulement un objectif politique, mais une nécessité morale et historique.
L’insistance sur la réparation pour les victimes de la violence officielle, de la guerre Iran-Irak au soulèvement de janvier 2026, reflète une conviction plus large : qu’aucune stabilité durable ni légitimité ne peuvent exister sans transparence ni responsabilité.
Alors que Téhéran continue de se présenter sur la scène internationale comme « responsable », le poids de l’histoire documentée suggère le contraire. Tant qu’un changement de régime n’interviendra pas, la revendication d’une véritable responsabilité en matière de droits humains en Iran restera insatisfaite.

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