mardi 10 février 2026

La répression en Iran s’intensifie après les événements de janvier, tandis que le régime clérical célèbre sa survie

 Après le soulèvement de janvier et la répression qui a suivi, les dirigeants cléricaux iraniens intensifient leur double stratégie habituelle : multiplier les arrestations et les pressions judiciaires à l’intérieur du pays, tout en incitant à des manifestations publiques massives de loyauté pour asseoir leur contrôle. Des déclarations et confirmations récentes, relayées par des plateformes officielles et proches de l’État, montrent que les hautes autorités présentent le pays comme étant sous une menace coordonnée, exigent des poursuites judiciaires plus rapides et élargissent le dispositif de sécurité aux figures dites réformistes — des mesures qui témoignent d’une inquiétude persistante face à une reprise des troubles.

Parallèlement, les rapports économiques officiels font état de tensions persistantes. L’indice principal de la Bourse de Téhéran a enregistré de fortes baisses ces derniers jours, renforçant les inquiétudes de la population quant à l’instabilité et à l’incertitude politique, alors que l’État durcit son contrôle interne.

L’appel de Khamenei à la mobilisation citoyenne comme test de « loyauté »

Dans un message télévisé diffusé avant les rassemblements annuels commémorant le 11 février, le guide suprême du régime, Ali Khamenei, a exhorté la population à « décevoir l’ennemi », soulignant que « la nation se révèle » à travers les manifestations et décrivant l’événement comme un symbole d’unité et de détermination. Sur son site web officiel, le message présente la participation comme une forme de puissance nationale ancrée dans « la volonté et la fermeté des nations », et non comme un simple enjeu militaire.

La tentative désespérée de Khamenei est de présenter le rassemblement annuel comme un substitut au capital social que l’État a progressivement épuisé. En pratique, ce message vise à mobiliser l’appareil dépendant du régime – forces de sécurité, fonctionnaires et personnes dont les moyens de subsistance dépendent des salaires du secteur public, ainsi que leurs familles – afin de donner l’illusion d’un soutien populaire, tandis que les autorités tentent de reprendre le contrôle après les troubles de masse.

Le pouvoir judiciaire annonce une ligne plus dure et des peines plus rapides.

La chaîne de télévision d’État IRIB News a rapporté les propos du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, qui a exhorté à ce que les « affaires d’émeutiers » soient jugées « plus rapidement », évoquant une « lourde responsabilité » face à ceux qu’il accuse d’agir « dans le sens de l’ennemi ». Dans le même reportage, Ejei a utilisé l’expression « l’épée de la justice », plaidant pour une approche plus sévère lorsque les autorités le jugent nécessaire.

L’agence IRNA a également relayé l’appel d’Ejei à empêcher toute action de la part de « ceux qui ont l’intention de perturber la sécurité du pays », insistant sur la coordination avec les services de sécurité et de renseignement – une formulation officielle qui présente la situation post-janvier comme une urgence sécuritaire persistante plutôt que comme un épisode clos.

Cette escalade des menaces et cette procédure de condamnation accélérée – présentée comme « l’épée de la justice » – relèvent moins de la confiance que de l’anxiété : une campagne d’intimidation destinée à compenser l’érosion de l’autorité et à rassurer une base pro-régime inquiète, lui prouvant que l’État a toujours la volonté et la capacité d’écraser la dissidence.

La vague d’arrestations touche même les initiés

Parallèlement à la répression de rue, les médias d’État ont confirmé les détentions de personnalités dites réformistes. L’agence Tasnim News a rapporté des arrestations et des convocations concernant plusieurs militants, décrivant l’affaire en termes de sécurité et attribuant les actions aux services « de sécurité et judiciaires ».

Des reportages supplémentaires diffusés par les médias d’État iraniens – citant des confirmations liées à la sécurité – ont décrit les accusations portées contre les détenus en termes généraux, notamment celles de « atteinte à la cohésion nationale », de « coordination avec la propagande ennemie » et de création de « mécanismes secrets de renversement ».

Parallèlement, les débats au sein de l’establishment politique se sont radicalisés. Plusieurs médias iraniens ont publié des vidéos et des articles montrant le député Mehdi Koochakzadeh exigeant des mesures contre le site web Jamaran pour un titre qu’il jugeait susceptible de « plonger le pays dans le chaos », et appelant directement le pouvoir judiciaire à intervenir – illustrant ainsi une suspicion interne accrue et une propension à instrumentaliser la sécurité, même pour les querelles médiatiques internes à l’élite, dans le contexte post-soulèvement.

Un système toujours en mode crise

Les rapports économiques officiels témoignent également d’une fragilité persistante. L’agence IRNA a rapporté une forte baisse quotidienne de l’indice principal de la Bourse de Téhéran (de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de points), signe que la confiance des marchés reste faible dans un contexte de tensions et d’incertitudes politiques.

Alors que le régime s’apprête à commémorer le 11 février pour revendiquer sa « survie », il est également confronté à son péril le plus aigu depuis des décennies : une économie en ruine, une répression à son comble, une classe politique fracturée et des dizaines de milliers de familles endeuillées qui se joignent à la masse de la contestation. Dans ce contexte, la propagande visant à fabriquer l’unité paraît de plus en plus déconnectée de la réalité. alors même que les dirigeants persistent dans leur stratégie de répression préventive — en renforçant le contrôle, en accélérant les sanctions et en surveillant les débats internes — au lieu de s’attaquer aux causes profondes du soulèvement.

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