Les moyens de subsistance ne se mesurent pas uniquement à la comparaison des revenus d'une année sur l'autre. La question centrale est de savoir quelle part des dépenses essentielles un ménage peut couvrir avec son revenu disponible, et quelle part reste pour l'éducation, la santé, les loisirs, l'épargne et d'autres formes de bien-être.
Que disent les chiffres ?
Les dernières données relatives au budget des ménages présentées dans ce rapport concernent l'année 2024 et ont été publiées en septembre 2026. Le revenu annuel moyen d'un ménage urbain s'élevait à environ 3,432 milliards de rials, tandis que ses dépenses annuelles moyennes avoisinaient les 2,693 milliards de rials. Pour les ménages ruraux, le revenu annuel moyen était d'environ 2,014 milliards de rials et les dépenses annuelles moyennes d'environ 1,447 milliard de rials.
À première vue, les revenus dépassent les dépenses. Cet écart nominal, à lui seul, ne témoigne pas d'une amélioration du bien-être et n'implique pas nécessairement un pouvoir d'achat accru. Il est indispensable d'examiner quelle part des revenus est consacrée aux besoins essentiels et s'il reste des ressources pour l'épargne, l'investissement ou pour faire face à un choc économique.
Inégalités dans le panier de dépenses
L'un des indicateurs importants de ce chapitre est le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités de revenus. Le coefficient de Gini national en 2024 était de 0,3532 ; il était de 0,3689 en zone urbaine et de 0,3870 en zone rurale. Cela signifie que, selon les données de cette année-là, les inégalités étaient plus marquées en zone rurale qu'en ville.
Le coefficient de Gini, à lui seul, ne suffit pas à appréhender les disparités réelles entre les ménages. La comparaison des déciles de dépenses offre une vision plus claire. En 2024, les dépenses des 10 % des ménages les plus aisés étaient 13,25 fois supérieures à celles des 10 % des ménages les moins aisés.
Ce ratio ne se limite pas à une simple différence statistique. Il se traduit par des différences de modes de vie, d'accès à la consommation, de qualité des services et de capacité d'épargne et de résilience face aux crises. L'inflation n'affecte pas non plus tout le monde de la même manière. Un ménage dont le patrimoine est principalement investi en capital ou en immobilier peut compenser en partie la dépréciation de la monnaie grâce à la hausse des prix des actifs. Un ménage qui dépend essentiellement de son salaire ou de revenus fixes subit une pression plus forte due à l'augmentation des dépenses courantes.
Le premier et le dixième décile
Un autre constat important concerne l'écart entre les déciles de dépenses. Les données du Centre statistique iranien montrent que les 10 % des ménages aux dépenses les plus faibles représentent une part limitée des dépenses totales des ménages à l'échelle nationale, tandis que la part des 10 % aux dépenses les plus élevées est plusieurs fois supérieure. Ce même ratio de 13,25 illustre l'écart entre ces deux groupes.
La répartition des dépenses diffère également entre les zones urbaines et rurales. Les inégalités ne se limitent pas à l'écart entre les métropoles et les régions défavorisées ; les ressources sont aussi inégalement réparties au sein même de ces contextes.
Alimentation : Plus les revenus sont faibles, plus la part est lourde
La loi d'Engel, en économie du bien-être, stipule que plus les revenus sont faibles, plus la part des ressources consacrée à l'alimentation est importante. En 2024, les dépenses alimentaires annuelles moyennes s'élevaient à environ 637 millions de rials pour les ménages urbains et à 546 millions de rials pour les ménages ruraux. L'importance de ces chiffres réside dans leur part dans le panier de consommation global : l'alimentation représentait environ 23,6 % des dépenses nettes des ménages urbains et environ 37,7 % de celles des ménages ruraux.
Les ménages ruraux consacrent une part plus importante de leurs ressources à l'alimentation et disposent de moins de moyens pour les autres besoins. Un budget plus restreint ne se limite pas à acheter moins de nourriture ; il peut modifier les priorités du ménage dans tous les aspects de sa vie.
Au-delà du pain : logement, transport et le reste de la vie
Les difficultés de subsistance ne se limitent pas à l'alimentation. La partie non alimentaire du panier de dépenses comprend un ensemble de dépenses essentielles et semi-essentielles : logement et énergie, transport, communications, vêtements, soins de santé et loisirs.
D'après les données de l'année 1403 du calendrier iranien, correspondant à mars 2024-mars 2025, les dépenses des ménages urbains en logement, eau, assainissement, combustible et éclairage s'élevaient à environ 209,7 millions de rials. Dans le même tableau, les dépenses de transport et de communication étaient estimées à environ 1,176 milliard de rials.
La classe moyenne au bord du gouffre
Les pressions inflationnistes ne touchent pas uniquement les ménages les plus modestes. Un enseignement important de ces données pour les décideurs politiques réside dans la vulnérabilité des ménages qui, bien que n'appartenant pas a priori aux groupes les plus pauvres, consacrent une part importante de leurs revenus à leurs dépenses courantes.
La classe moyenne ne devrait pas se définir uniquement par un seuil de revenu fixe. Ce qui compte, c'est la proximité d'un ménage avec un point de rupture. Un ménage sans réserves pour absorber un choc peut être extrêmement vulnérable à une crise économique, même s'il ne fait pas actuellement partie des ménages à faibles revenus.
De ce point de vue, les dernières statistiques servent d’avertissement quant à la vulnérabilité croissante d’une partie de la classe moyenne – non pas parce que le rapport à lui seul prouve que cette classe se réduit, mais parce que l’écart entre les revenus et les dépenses essentielles peut rendre certaines parties de la société plus exposées au prochain choc.
Dans ces conditions, un revenu plus élevé n'est pas nécessairement synonyme de bien-être accru. Si la croissance des revenus est inférieure à l'inflation, les ménages doivent toujours faire des choix entre leurs besoins essentiels. C'est là que les moyens de subsistance deviennent un enjeu social et non plus seulement économique.
Les subventions, les aides financières et les politiques de soutien n'ont un effet durable que lorsque l'inflation est maîtrisée et que le pouvoir d'achat des ménages est susceptible d'augmenter. Autrement, la hausse du coût de la vie neutralise une part importante de l'impact des aides publiques. Pour un ménage qui consacre la majeure partie de son revenu mensuel aux dépenses essentielles, il est difficile d'envisager l'épargne, l'investissement ou un meilleur bien-être sans une évolution de la conjoncture économique générale.
La signification de ces chiffres ne saurait se réduire à la simple fluctuation d'un indicateur isolé. Le problème central réside dans la réduction des choix des ménages : le revenu est d'abord consacré aux besoins essentiels, et chaque nouvelle difficulté financière contraint les familles à sacrifier une part supplémentaire de leur qualité de vie. Si cette tendance se poursuit, le problème ne se limitera pas à un simple abattement ; il entraînera une érosion progressive de la capacité d'épargner, d'investir dans l'avenir et de maintenir son niveau de vie.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire