dimanche 19 avril 2026

Coupure d'Internet en Iran : dévastation économique et contrôle systématique

 Les perturbations prolongées à l'échelle nationale mettent en lumière la stratégie du régime en matière de censure, de répression et d'accès numérique sélectif.

Dans les régimes autoritaires, chaque instrument – ​​de l’idéologie à l’économie en passant par les réseaux de communication – sert de mécanisme de contrôle. En Iran, le régime a poussé cette logique à l’extrême, imposant l’une des coupures d’internet les plus vastes et les plus longues de l’histoire moderne. En coupant l’accès à internet à près de 90 millions de citoyens, les autorités ont cherché non seulement à étouffer la dissidence, mais aussi à renforcer leur emprise sur la société par l’isolement numérique.

L'objectif principal de cette perturbation à grande échelle est clair : entraver la circulation de l'information, censurer les voix publiques et faciliter une surveillance et une répression plus efficaces. Selon les rapports, durant ces coupures, les autorités ont étendu leurs points de contrôle mobiles dans les zones urbaines et rurales, et procédé à de nombreuses arrestations – des mesures bien plus faciles à mettre en œuvre en l'absence de canaux de communication ouverts.

Un rapport publié le 16 avril 2026 par Voice of America citait Sattar Hashemi, ministre iranien des Technologies de l'information et de la communication, qui reconnaissait l'immense impact économique des coupures d'Internet. Il affirmait que les pertes quotidiennes dues à ces interruptions s'élevaient à environ 5 000 milliards de tomans. Sur une période de 48 jours de coupure nationale, ce chiffre atteignait environ 240 000 milliards de tomans, un coup dur pour l'économie aux répercussions dans de nombreux secteurs.

Malgré ces aveux, les autorités persistent à présenter un discours contradictoire. Hashemi a publiquement affirmé que l'accès à Internet libre et de haute qualité est un droit universel et a nié l'existence d'un système d'« Internet à plusieurs vitesses ». Selon les médias proches du pouvoir, les autorités se sont efforcées de garantir la continuité des services numériques et de minimiser les perturbations de la vie quotidienne.

Cependant, les rapports indépendants et les analyses économiques contredisent formellement ces affirmations. Alors que les entreprises liées à l'économie numérique iranienne sont confrontées à des fermetures et à des licenciements massifs, une version contrôlée d'Internet reste accessible aux élites politiques et aux entités proches du régime. Ce « internet à plusieurs vitesses » accorde de fait un accès privilégié à un groupe restreint, tandis que le reste de la population demeure confiné dans un environnement numérique fortement filtré.

Les pertes économiques dépassent largement les estimations officielles. Les membres de la Chambre de commerce iranienne ont évalué les pertes quotidiennes directes dues aux interruptions d'Internet entre 30 et 40 millions de dollars, tandis que les dommages indirects peuvent atteindre 80 millions de dollars par jour. Dans le seul secteur numérique, ces pertes sont décrites comme équivalentes à la destruction quotidienne de plusieurs grands projets d'infrastructure, soulignant ainsi l'ampleur des retards de développement à long terme.

Pour des millions d'Iraniens, les conséquences sont immédiates et directes. Plus de 10 millions de personnes dépendent d'activités en ligne, toutes gravement affectées par les coupures prolongées d'Internet. Selon les estimations des médias réformistes, 48 ​​jours d'interruption d'Internet ont coûté à l'économie environ 1,8 milliard de dollars, soit près de 279 billions de tomans.

Au-delà de la dimension économique, l'ampleur de la censure d'Internet en Iran est sans précédent à l'échelle mondiale. Les analyses indiquent que l'ampleur et la nature intentionnelle de ces coupures sont inédites, même comparées aux zones de conflit. Notamment, lors des grands conflits récents – y compris le conflit russo-ukrainien et la guerre à Gaza – aucun black-out d'Internet national et délibéré d'une telle ampleur n'a été observé.

En fin de compte, ce que les autorités présentent comme une mesure de sécurité se révèle être une stratégie systématique de contrôle et de répression. Or, de telles mesures peuvent avoir des conséquences imprévues. En aggravant les difficultés économiques et en restreignant les libertés fondamentales, ces politiques risquent d'exacerber la frustration populaire et d'aggraver les troubles sociaux.

De la gouvernance à la gestion économique en passant par la communication numérique, la trajectoire actuelle laisse peu de place à l'amélioration. Elle souligne au contraire le sentiment croissant, chez de nombreux Iraniens, qu'un changement significatif pourrait nécessiter une transformation profonde de la structure politique du pays.

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