Le cycle incessant de tensions militaires et d'aventurisme stratégique du régime iranien a une fois de plus plongé le pays dans l'instabilité économique, avec des conséquences concrètes et inégalement réparties. La dernière vague de conflit, conjuguée à une coupure d'internet prolongée de 60 jours, a gravement fragilisé une infrastructure économique déjà précaire. Il en résulte non seulement des pressions récessives, mais aussi l'émergence d'un chômage massif, qui touche de manière disproportionnée les femmes du marché du travail.
Les statistiques officielles, souvent utilisées pour projeter une image de stabilité, révèlent en réalité une détérioration structurelle plus profonde. L'effondrement du commerce en ligne – qui constituait auparavant un tremplin essentiel pour les femmes dans l'activité économique – conjugué à un contexte macroéconomique hostile et incertain, a contraint de nombreuses femmes actives à quitter le marché du travail. Il ne s'agit pas d'une contraction temporaire, mais d'une exclusion systémique.
Les données du Centre statistique iranien pour l'hiver 2025 illustrent cette évolution avec une clarté alarmante. Si le taux de chômage global s'établit à 7,6 % et le taux d'activité à 39,7 %, ces chiffres masquent une dynamique cruciale : la substitution des travailleurs masculins aux travailleurs féminins. Malgré une augmentation de 825 000 personnes âgées de 15 ans et plus, le taux d'activité n'a pas suivi la même progression ; il a même diminué.
Plus révélateur encore est le pic de la population inactive, qui a augmenté d'environ 810 000 personnes sur la même période. Ce phénomène a fait chuter le taux d'activité de 40,1 % en 2024 à 39,7 % en 2025. Une lecture superficielle pourrait interpréter la légère baisse du chômage (de 0,2 point de pourcentage) comme un signe positif. Cependant, les économistes du travail reconnaissent dans ce phénomène un cas classique d'« effet de découragement des travailleurs », où des individus quittent définitivement le marché du travail après avoir échoué à trouver un emploi. Dans ce cas, la baisse du chômage n'est pas un signe de reprise, mais d'une stagnation croissante.
On ne saurait surestimer le rôle des chocs externes dans l'accélération de cette tendance. L'hiver 2025 a débuté par une volatilité monétaire et une instabilité politique qui ont directement fragilisé les moyens de subsistance, notamment ceux des femmes travaillant dans les petites entreprises et le secteur informel. La coupure d'Internet pendant 60 jours s'est avérée particulièrement dévastatrice, paralysant de fait les activités numériques qui constituaient une plateforme économique essentielle pour nombre d'entre elles. Les conséquences immédiates étaient prévisibles : effondrement des ventes, réduction de la clientèle et, finalement, fermetures massives de petites entreprises.
Face à la difficulté des entreprises à absorber la hausse des coûts, des réductions d'effectifs ont été mises en place, touchant en premier lieu les femmes. L'escalade militaire qui a suivi, alimentée par les politiques nucléaires et régionales, a encore compliqué l'activité économique. Les dommages causés aux infrastructures et aux installations de production ont engendré des effets en cascade, fragilisant la sécurité de l'emploi dans tous les secteurs. Dans ce contexte, les pratiques d'embauche ont de plus en plus favorisé les hommes, renforçant ainsi les préjugés sexistes préexistants. Les femmes, notamment celles occupant des emplois informels, ont été licenciées sans indemnités ou contraintes de se retirer complètement du marché du travail.
L'impact différencié de cette crise selon le genre est frappant. Alors que le chômage masculin a légèrement diminué pour s'établir à 6,2 %, le chômage féminin a bondi à 15 % à l'échelle nationale, soit près du double du taux global. L'écart d'activité s'est encore creusé : le taux d'activité masculin n'a reculé que de 0,1 point de pourcentage, tandis que le taux d'activité féminin a chuté de manière significative de 0,9 point, pour atteindre seulement 12,2 %.
Ces chiffres révèlent bien plus qu'une simple volatilité conjoncturelle : ils témoignent d'un biais structurel qui s'accentue en période de crise. En temps de crise, les femmes sont systématiquement exclues du marché du travail à un rythme plus rapide. Les déclarations officielles confirment cette réalité : près d'un tiers des nouvelles demandes d'assurance chômage enregistrées au cours des 40 derniers jours ont été déposées par des femmes. Cette tendance est particulièrement dévastatrice pour les femmes chefs de famille, dont beaucoup dépendent exclusivement de leurs revenus pour survivre.
La crise est encore plus aiguë chez les jeunes femmes et les diplômés universitaires. En avril 2026, le taux de chômage des 15-24 ans s'élevait à 21,2 %, mais ce chiffre grimpait en flèche pour atteindre 34,9 % chez les jeunes femmes, contre 18,3 % chez les jeunes hommes. Parallèlement, le taux d'emploi global des femmes restait faible, à seulement 10,4 %, soit environ 3,46 millions de femmes actives à l'échelle nationale.
Il ne s'agit pas simplement d'un déséquilibre du marché du travail, mais d'une sous-utilisation massive du capital humain. À l'hiver 2025, les diplômés universitaires représentaient 36,6 % de la population totale des chômeurs, avec une concentration nettement plus élevée chez les femmes et les citadins. Ce décalage entre les diplômés et l'insertion professionnelle révèle un dysfonctionnement plus profond, exacerbé par les distorsions économiques engendrées par la guerre.
Des rapports récents reconnaissent que « le nombre de sorties du marché du travail a été relativement élevé », établissant un lien direct entre cette tendance et les périodes successives de tensions militaires et leurs conséquences économiques. Pour les femmes seules, les travailleuses indépendantes et les femmes chefs de famille, les conséquences sont graves : accès réduit aux revenus, hausse du coût de la vie et précarité croissante quant à la satisfaction des besoins essentiels.
La forte hausse du chômage féminin n'est pas un phénomène isolé : elle résulte directement de l'instabilité politique conjuguée à une mauvaise gestion économique. La baisse marquée du taux d'activité des femmes et la hausse disproportionnée de leur taux de chômage doivent être perçues comme un signal d'alarme structurel. En première ligne de cette crise se trouvent les femmes, qui non seulement subissent une exclusion systémique, mais supportent également un fardeau accru pour leur survie économique.
Ce qui se déroule aujourd'hui en Iran n'est pas simplement un ralentissement du marché du travail. Il s'agit d'une contraction économique genrée, qui risque d'entraîner des conséquences sociales à long terme si elle n'est pas prise en compte.

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