jeudi 16 avril 2026

L’Iran face à une crise économique qui s’aggrave : dégâts de guerre, coupures d’Internet et inflation galopante

 L’Iran est confronté à une crise économique et sociale qui s’intensifie rapidement, conséquence des destructions liées à la guerre, des coupures d’Internet prolongées et de la flambée du coût de la vie, selon des déclarations officielles, des reportages des médias d’État et des évaluations internationales publiés ces derniers jours.

Des responsables gouvernementaux et des observateurs économiques avertissent que la combinaison de pressions militaires extérieures et de décisions politiques internes exerce une pression sans précédent sur les infrastructures, l’économie et la population du pays, ce qui soulève des inquiétudes quant à sa stabilité à long terme.

Les perturbations d’Internet fragilisent l’économie et l’emploi

De hauts responsables ont reconnu que les coupures d’Internet répétées causent d’importants dommages économiques. D’après des déclarations publiées en avril 2026, les coupures d’Internet ont fortement augmenté, passant de 12 jours par mois en début d’année à 22 jours en mars, perturbant ainsi les activités commerciales et les sources de revenus.

Un vice-ministre des Communications a indiqué que ces interruptions persistantes ont entraîné de « graves répercussions » sur plus de 60 % du chiffre d’affaires des entreprises dépendantes des services Internet internationaux (avril 2026, rapport officiel). Ce même responsable a averti que les difficultés financières commençaient à affecter la capacité des entreprises à verser les salaires de leurs employés.

Des représentants du monde des affaires ont fourni des précisions sur l’ampleur des pertes. Afshin Kolahi, président d’une commission des entreprises, a déclaré le 14 avril 2026 que les pertes directes dues aux coupures d’Internet s’élevaient à « 30 à 40 millions de dollars par jour », ajoutant qu’en incluant les effets indirects, ce chiffre atteignait « entre 70 et 80 millions de dollars ».

Ces perturbations continues ont touché non seulement les grandes entreprises, mais aussi les PME et les travailleurs indépendants, dont beaucoup dépendent des plateformes numériques pour leurs revenus.

Dégâts de guerre affectant des secteurs industriels clés

Parallèlement, la base industrielle iranienne, et notamment son secteur pétrochimique, a subi de lourds dommages suite aux récentes frappes militaires.

Le 16 avril 2026, la Compagnie nationale de pétrochimie a annoncé la suspension de toutes ses exportations de produits pétrochimiques jusqu’à nouvel ordre, invoquant la nécessité de « stabiliser le marché intérieur et d’éviter les pénuries de matières premières ». Cette décision fait suite aux attaques contre les principaux centres de production d’Assaluyeh et de Mahshahr, qui représentent à eux deux la majeure partie de la production pétrochimique iranienne.

Selon les estimations du secteur, une part importante de la capacité de production de ces régions a été perturbée en raison des dommages causés aux installations et aux infrastructures de soutien, telles que les centrales électriques et les réseaux de distribution d’électricité. Les délais de reconstruction restent incertains, même si certaines estimations suggèrent que les réparations pourraient prendre des mois dans certaines zones et des années dans d’autres.

Avant le conflit, les exportations pétrochimiques généraient entre 13 et 15 milliards de dollars par an, faisant de ce secteur l’une des principales sources de devises étrangères de l’Iran après le pétrole. Avec une production réduite et des exportations à l’arrêt, le gouvernement risque désormais de voir ses recettes diminuer, voire de devoir dépendre des importations si la reprise est retardée.

Hausse des prix et baisse du niveau de vie

Les pressions économiques intérieures s’intensifient également, en particulier pour les ménages ordinaires.

En avril 2026, le média d’État Didban Iran a rapporté que les prix de la viande avaient atteint des niveaux sans précédent, l’agneau et le bœuf se vendant entre 1,6 et 1,9 million de tomans le kilogramme. Le rapport soulignait que le salaire minimum ne permettait plus que de couvrir une partie des dépenses alimentaires de base, illustrant ainsi une forte baisse du pouvoir d’achat.

La situation s’est aggravée ces derniers mois, certains rapports indiquant qu’avant même le conflit actuel, il était conseillé aux consommateurs de remplacer la viande par des alternatives moins chères. La hausse continue des prix a encore réduit l’accès aux produits de première nécessité pour de nombreuses familles.

Les habitants décrivent une précarité financière croissante, certains étant contraints de réduire leurs dépenses essentielles ou de reporter leurs achats. Des rapports indiquent également que certaines personnes n’ont plus les moyens de se loger et sont retournées vivre chez des proches.

La situation devient de plus en plus évidente.

Le 13 avril 2026, la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a déclaré que les premières estimations chiffraient les dommages liés à la guerre à environ 270 milliards de dollars, un chiffre susceptible d’augmenter à mesure que les évaluations se poursuivent. Parallèlement, le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance économique pour l’Iran, anticipant désormais une contraction de 6 % en 2026, soit l’une des plus fortes baisses projetées ces dernières années.

Les autorités ont également reconnu l’effet cumulatif des politiques intérieures. Outre les pertes liées à la guerre, le coût économique quotidien des coupures d’internet continue de peser lourdement sur la production nationale, aggravant encore la récession.

La société montre des signes de tension

Si certains signes de reprise d’activité normale se font sentir dans les grandes villes, dont Téhéran, les témoignages des habitants indiquent que les tensions sous-jacentes restent vives.

Les rapports décrivent une réalité contrastée : la circulation et l’activité commerciale ont partiellement repris, mais les difficultés économiques, l’incertitude et le stress psychologique persistent. Les perturbations d’Internet continuent de perturber le quotidien, tandis que la hausse du coût de la vie a contraint nombre d’habitants à adopter un mode de vie axé sur la survie.

Les habitants font également état d’une anxiété et d’une fatigue accrues, certains évoquant un sentiment d’épuisement émotionnel après des mois d’instabilité. La coexistence d’une activité urbaine visible et de profondes tensions sociales reflète les défis plus vastes auxquels le pays est confronté.

Une crise convergente à l’évolution incertaine

L’ensemble des événements récents révèle une crise multidimensionnelle qui affecte l’économie et la société iraniennes.

Les dégâts de guerre, les perturbations industrielles, les restrictions numériques et la hausse du coût de la vie s’alimentent mutuellement, créant des pressions qui dépassent le cadre d’un seul secteur. Compte tenu de l’ampleur, de la simultanéité et de la persistance de ces crises, le constat est de plus en plus clair : l’Iran s’enfonce dans une instabilité croissante. Face à la détérioration de la situation économique et à l’inefficacité persistante des réponses de l’État, l’éventualité d’une escalade des troubles sociaux et des tensions internes n’est plus une simple hypothèse, mais une certitude dans les mois à venir.

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