jeudi 30 avril 2026

Journée internationale des travailleurs en Iran : une journée de protestation, pas de célébration

 Pour les travailleurs iraniens, la Fête du Travail symbolise l'aggravation des inégalités, l'exploitation systémique et l'absence de droits fondamentaux du travail.

La Journée internationale des travailleurs est-elle un moment de dignité et de reconnaissance pour les travailleurs en Iran ? Les travailleurs iraniens célèbrent-ils cette journée mondiale avec un sentiment d’unité et de fierté nationale ?

Les faits, notamment au cours des quarante dernières années, révèlent une réalité tout autre. Pour les travailleurs iraniens, la Journée internationale des travailleurs est devenue une rare occasion d'exprimer leur colère accumulée face à l'exploitation systémique, de protester contre la hausse du coût de la vie et de revendiquer leurs droits fondamentaux.

Loin d'être une fête, cette journée rappelle l'une des plus profondes inégalités sociales de l'histoire moderne de l'Iran. Dans un système où les ressources économiques – du capital industriel aux richesses naturelles – sont de fait monopolisées par les autorités religieuses au pouvoir, les travailleurs et de larges pans de la société demeurent exclus de tout accès réel à la richesse nationale.

Pour une grande partie de la population active iranienne, chaque jour est désormais synonyme de pressions économiques croissantes. L'inflation continue d'éroder le pouvoir d'achat, tandis que la pauvreté s'étend et s'aggrave. Ouvriers, salariés, enseignants et femmes chefs de famille sont confrontés à une lutte acharnée pour la survie. Le cercle vicieux de l'économie est devenu une force suffocante, sans perspective d'amélioration. Il est à noter qu'après près de cinquante ans, les travailleurs iraniens ne disposent toujours pas de syndicats indépendants ni de groupes représentatifs capables de défendre leurs intérêts.

Le contexte macroéconomique souligne la gravité de la crise. En avril 2026, le rial iranien s'était déprécié à environ 1,85 million de tomans pour un dollar américain. Cet effondrement monétaire brutal a engendré une crise du coût de la vie sans précédent. Les travailleurs sont de plus en plus contraints de consacrer une part importante de leur temps à faire la queue pour obtenir des produits de première nécessité – pain, médicaments et biens essentiels – alors que leur salaire mensuel ne couvre même pas la moitié de leurs dépenses. Selon les estimations, le coût mensuel d'un panier de produits de base pour un ménage s'élève à environ 40 à 45 millions de tomans, tandis que le salaire minimum se maintient autour de 15 millions de tomans.

La situation est encore plus grave pour les travailleurs journaliers, dont les revenus sont structurellement insuffisants pour couvrir leurs besoins essentiels. Cet écart croissant entre revenus et dépenses a enraciné l'insécurité économique au sein de la population active.

Il est important de noter que les revendications des travailleurs iraniens sont restées globalement inchangées depuis des décennies, signe d'une stagnation systémique. Ces revendications portent sur les droits fondamentaux : l'abolition du travail des enfants, l'accès à l'éducation gratuite, le respect des normes de sécurité au travail et l'abrogation des lois discriminatoires visant les femmes et les travailleurs migrants. La persistance de ces revendications essentielles souligne l'ampleur du manque de réformes structurelles.

Dans ce contexte de crise plus large, les travailleuses subissent une exploitation accrue. Elles sont généralement considérées comme la main-d'œuvre la moins bien rémunérée, souvent employées dans des conditions précaires et non réglementées. Dans des secteurs comme les briqueteries, les femmes représentent une part importante de la main-d'œuvre et travaillent dans des conditions physiquement éprouvantes et dangereuses, avec une protection juridique et des avantages sociaux minimes. Les inégalités salariales et de droits du travail fondées sur le genre accentuent encore leur vulnérabilité.

Les distorsions du marché du travail se sont également aggravées ces dernières années. La hausse du chômage chez les travailleurs iraniens, conjuguée au recours à une main-d'œuvre étrangère moins bien rémunérée, a contribué à une instabilité socio-économique plus générale, notamment en termes de pénurie de logements et d'augmentation des pressions migratoires. Parallèlement, certains secteurs industriels sont confrontés à des perturbations paradoxales, avec des pénuries de main-d'œuvre signalées dans certaines régions suite à des changements dans la composition de la main-d'œuvre.

Au-delà des difficultés économiques, la sécurité au travail demeure une préoccupation majeure. Rien que l'an dernier, des centaines de travailleurs ont perdu la vie dans des accidents du travail, dont beaucoup ne sont pas signalés en raison d'un manque de transparence institutionnelle et d'une opacité systémique. L'absence de réglementation efficace continue de mettre la vie des travailleurs en danger.

Dans le même temps, la contestation sociale s'est considérablement intensifiée. L'un des principaux moteurs des protestations est l'opposition à la privatisation des entreprises publiques, largement perçue comme un moyen de transférer les biens publics à des acteurs proches du régime. En réponse, les autorités ont souvent eu recours à la répression : baisses de salaires, détentions de travailleurs et sanctions pénales pour étouffer la dissidence. Malgré ces mesures, l'ampleur et la persistance des manifestations, des grèves et des rassemblements ouvriers témoignent d'un mouvement de résistance soutenu et croissant.

En définitive, l'évolution du mouvement ouvrier iranien montre que les solutions axées uniquement sur le travail sont insuffisantes. La nature structurelle de la crise lie directement les droits des travailleurs aux libertés politiques et civiles plus larges. Dans ce contexte, la lutte pour des salaires équitables, des conditions de travail sûres et la justice sociale est indissociable de la revendication plus générale de responsabilité, de respect des droits humains et de la fin du régime autoritaire.

La Journée internationale des travailleurs en Iran n'est donc pas perçue comme une célébration, mais comme le reflet poignant de crises systémiques non résolues – économiques, sociales et politiques.

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