mardi 28 avril 2026

Née derrière les barreaux : l’enfance de Tasnim volée à la prison d’Evine en Iran

 Tasnim, une enfant de deux ans née derrière les barreaux, à l’intérieur de la prison d’Evine, n’a jamais connu la liberté—son père a été exécuté, et sa mère attend maintenant le même sort.

Avant que ses yeux ne puissent s’habituer aux couleurs du monde, Tasnim a appris à voir des murs. Des murs froids, gris, qui ont défini les frontières de son enfance. Elle n’a jamais couru dans un parc, jamais senti le vent sur sa peau, jamais su ce que signifie être libre. Son monde est un quartier confiné à l’intérieur de la prison d’Evin—où son père n’est plus, et où sa mère pourrait lui être enlevée à tout moment.

Une enfance qui a commencé dans une cellule de prison

Dans l’une des pièces du quartier des femmes de la prison d’Evine, où l’air est chargé de l’odeur de désinfectant et de solitude, une petite fille de deux ans fait de petits pas sur des carreaux froids. Elle s’appelle Tasnim—un nom qui évoque l’eau pure et rafraîchissante du paradis—et pourtant sa vie n’a connu que sécheresse, peur et enfermement.

Tasnim est née dans la prison d’Evine. Sa mère, Nasimeh Eslam-Zehi, une prisonnière politique baloutche, l’a mise au monde à l’intérieur de ces cellules étroites. Dès son tout premier souffle, le bruit des portes en fer qui se ferment est devenu une partie de son monde. Elle n’a jamais vu l’extérieur—pas de ciel bleu infini, pas d’arbres qui se balancent dans le vent, pas d’enfants riant librement dans les rues. Ses premiers souvenirs sont remplis de l’odeur du désinfectant de prison, des pas des gardiens et des visages fatigués des codétenues de sa mère.

Un père vu seulement à travers un écran

Le père de Tasnim, Arsalan Sheikhi, a été exécuté en janvier de cette année. Elle ne le connaît qu’à travers un écran de télévision. Lorsque son image apparaît, ses grands yeux innocents s’illuminent, et elle dit doucement : « Monsieur… » Elle ne sait pas qu’il ne reviendra jamais. Elle ne sait pas que la chaleur d’une étreinte paternelle lui a été retirée pour toujours. Pour elle, la paternité n’est qu’une ombre vacillante sur un écran.

Sa mère vit désormais dans la prison d’Evine, sous le poids d’une condamnation à mort. Chaque matin, elle se réveille avec la pensée insupportable qu’un jour elle pourrait tenir sa fille pour la dernière fois. Il n’existe pas de douleur plus profonde pour une mère que de savoir que son enfant grandit dans le lieu même qui leur a tout pris—la liberté, la sécurité et l’avenir qu’elles avaient imaginé.

Une enfance volée qui ne peut être rendue

L’une des codétenues de Nasimeh, Varisheh Moradi, a décrit cette réalité dans une note déchirante :

« Il est difficile de partager une cellule avec un enfant dont la part du monde, avant même qu’elle n’ouvre les yeux, était faite de murs, de verrous et d’isolement… Difficile de la voir avoir deux ans et compter les gardiens au lieu de souffler des bougies… Difficile de la voir regarder l’image de son père à la télévision et simplement dire “Monsieur”, inconsciente de la mort. Qui répond de cette enfance volée ? »

Tasnim ne comprend pas encore le sens du mot « liberté ». Pour elle, « maison » est une pièce exiguë remplie de lits en métal et du bruit des femmes qui pleurent toute la nuit. Au lieu de jouets, elle a grandi entourée de barreaux de fer. Au lieu d’histoires du soir, elle s’endort au son d’histoires réelles de douleur et de séparation.

Cette enfant de deux ans représente une vérité brutale : dans certains systèmes, même les plus innocents sont privés des expériences humaines les plus fondamentales—la liberté, le jeu, la nature et la sécurité. Tasnim n’a commis aucun crime, et pourtant toute son enfance a été prise en otage. Elle mérite de courir, de rire, de cueillir des fleurs et de tenir ses deux parents sans l’ombre d’un adieu permanent.

Chaque fois que Tasnim agrippe les barreaux de la prison d’Evine, avec ses petites mains et regarde dehors, elle interpelle silencieusement la conscience du monde. N’y a-t-il vraiment aucune voix pour cet enfant ? Aucun cœur ému par une telle injustice ?

Tasnim est comme l’eau pure du paradis, piégée dans un désert de murs. Un jour, peut-être, ces murs tomberont, et elle verra enfin le ciel sans barreaux—non pas comme un rêve, mais comme quelque chose de réel sous ses petits yeux en quête. Jusqu’à ce moment-là, son nom reste une blessure silencieuse sur notre conscience collective—un rappel que parfois, les plus innocents sont contraints de porter les fardeaux les plus lourds pour des choix qu’ils n’ont jamais faits.

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