La crise énergétique iranienne, qui s'aggrave, inflige des dommages sans précédent au secteur industriel du pays. De nouvelles statistiques gouvernementales révèlent que les pertes de production ont atteint des niveaux alarmants. Face aux coupures de courant tournantes qui se poursuivent à travers le pays, les industriels alertent sur le déclin de la production, la hausse du chômage et la pression croissante sur une économie déjà fragilisée par l'inflation et une mauvaise gestion chronique.
Ces dernières estimations soulignent comment des années de mauvaise planification, de sous-investissement et de politiques énergétiques inadaptées ont transformé les pénuries d'électricité, autrefois un simple désagrément saisonnier, en l'un des plus graves échecs économiques du régime.
Les pertes industrielles atteignent des niveaux records.
Ezzatollah Zarei, porte-parole du ministère de l'Industrie, des Mines et du Commerce, a annoncé que les pertes de revenus industriels dues aux coupures de courant sont passées d'environ 300 000 milliards de tomans en 2024 à près de 400 000 milliards de tomans en 2025.
Selon des propos rapportés par l'agence ILNA, la crise énergétique a touché les secteurs manufacturiers de manière inégale, les industries dépendant d'une production continue étant les plus durement touchées. Les installations telles que les aciéries, les usines pétrochimiques, les cimenteries et autres industries lourdes ne peuvent pas simplement redémarrer leur production après des coupures de courant inattendues sans encourir des coûts opérationnels et financiers considérables.
Zarei a reconnu que les usines situées dans les zones industrielles subissent actuellement en moyenne deux jours de coupures d'électricité par semaine, ce qui perturbe les calendriers de production et réduit la production dans de nombreux secteurs.
Il a souligné la nécessité de mesures spéciales pour garantir l'approvisionnement en électricité de ces industries, faisant valoir qu'une production ininterrompue est essentielle au maintien de la stabilité du marché et à la prévention des pénuries de biens essentiels.
Les coupures de courant menacent l'emploi et la croissance économique.
Les avertissements concernant les conséquences économiques plus larges se font de plus en plus pressants.
Le quotidien Ettelaat a qualifié les coupures d'électricité dans les installations industrielles d'« antiproductives », arguant que le fardeau de la crise énergétique ne devrait pas reposer presque exclusivement sur les fabricants. Il a plutôt appelé à une répartition plus équitable des restrictions d'électricité entre les consommateurs résidentiels, commerciaux, de services et industriels.
Le journal a averti que la poursuite des perturbations de la production industrielle pourrait accroître considérablement le chômage tout en fragilisant davantage l'économie iranienne, déjà précaire.
Mohammad Masoud Samiei-Nejad, vice-ministre de l'Industrie et directeur de l'IMIDRO, a également critiqué les politiques énergétiques actuelles, soulignant que les industries iraniennes paient l'électricité environ 15 fois plus cher que les particuliers.
Il a averti que contraindre les entreprises industrielles à financer et construire leurs propres centrales électriques impose un fardeau financier supplémentaire aux fabricants, ce qui nuit à la capacité de production, à l'emploi et à la compétitivité internationale.
Les défaillances structurelles à l'origine de la crise
Des experts en énergie affirment que les pénuries d'électricité ne sont pas simplement dues à une hausse de la demande estivale, mais reflètent des années de défaillances structurelles des politiques publiques.
Mahmoud Hakimi, membre de la Commission du marché de l'électricité et des échanges d'énergie du Syndicat de l'industrie électrique iranienne, a identifié la tarification étatique, les tarifs d'électricité irréalistes et la faiblesse des incitations à l'investissement comme les principales causes de la crise.
Selon M. Hakimi, les plans de développement prévoyaient l'ajout d'environ 5 000 mégawatts de nouvelles capacités de production chaque année, mais ces objectifs n'ont jamais été atteints.
Il a également critiqué la politique d'allocation des combustibles du régime, soulignant que de nombreuses centrales électriques vieillissantes, dont le rendement n'atteint que 30 % environ, continuent de recevoir du gaz naturel subventionné au lieu d'être modernisées ou remplacées par des installations à cycle combiné plus performantes.
M. Hakimi a par ailleurs pointé du doigt le minage illégal de cryptomonnaies, alimenté par une électricité fortement subventionnée, comme un autre facteur aggravant les pénuries d'approvisionnement. La rentabilité de ces opérations de minage illicites, a-t-il déclaré, encourage les opérateurs à poursuivre leurs activités malgré le risque de poursuites judiciaires.
Surtout, il a averti que les délestages tournants ne résolvent pas le problème de fond : ils ne font que redistribuer les pénuries d’électricité entre les consommateurs.
Une crise qui touche toute la société
L’impact de la crise de l’électricité dépasse largement le cadre des usines.
Des coupures d’électricité et d’eau fréquentes et souvent imprévues, en pleine canicule, perturbent le quotidien de millions d’Iraniens. Les entreprises peinent à planifier leurs activités, les PME subissent des pertes de revenus, les hôpitaux et les services publics sont mis à rude épreuve, et les ménages doivent faire face à des interruptions prolongées lors des épisodes de températures extrêmes.
L’incertitude engendrée par ces délestages imprévisibles est devenue un frein supplémentaire à l’activité économique, décourageant les investissements et augmentant les coûts de production dans l’ensemble de l’économie.
Le prix de plusieurs années de mauvaise gestion
La forte hausse des pertes industrielles ne se limite pas à des pénuries d’approvisionnement temporaires ; elle illustre les conséquences cumulatives d’années d’investissements insuffisants, de planification inefficace et de politiques économiques inadaptées.
À mesure que les pénuries d’électricité s’intensifient, les industriels sont confrontés à une baisse de leur production, à une augmentation de leurs coûts d’exploitation et à une érosion de leur compétitivité. Dans le même temps, les travailleurs sont confrontés à des risques croissants de licenciement, tandis que les consommateurs en supportent finalement le fardeau par le biais de prix plus élevés et d'une disponibilité réduite des biens.

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