samedi 4 juillet 2026

La crise de l’eau en Iran : échec énergétique et rôle moteur des femmes

 En ce mois de juillet 2026, la crise de l’eau en Iran a largement dépassé le cadre d’un simple défi naturel pour se muer en une catastrophe humanitaire, environnementale et économique majeure qui menace la vie de millions de citoyens.

Tandis que le régime clérical tente depuis des années d’imputer la pénurie au seul changement climatique, les experts internationaux soulignent que 70 à 80 % de la crise actuelle découlent d’une mauvaise gestion structurelle, de la corruption et de politiques non durables. Dans ce contexte, les femmes iraniennes, piliers de l’hygiène et de la gestion domestique, s’imposent comme les premières victimes mais aussi comme les figures de proue des manifestations contre l’incompétence du pouvoir.

Toutefois, les conséquences de ce désastre ne sont pas réparties équitablement entre tous les secteurs de la société. En raison de leur rôle pivot dans l’approvisionnement en eau et les soins apportés aux familles, les femmes sont les premières cibles de la sécheresse galopante. À une époque où des millions d’individus font face à des pénuries sévères, les femmes iraniennes sont contraintes de supporter le poids de l’insécurité sanitaire et sociale provoquée par les politiques misogynes et prédatrices du régime des mollahs.

Dans la première partie de cette étude, nous avions analysé les dimensions du profond déséquilibre des ressources hydriques, l’épuisement catastrophique des barrages et les défis initiaux rencontrés par les citoyennes. Désormais, dans cette seconde partie, nous explorons les impacts dévastateurs de ce désastre sur l’effondrement de l’agriculture, l’élargissement de la fracture sociale, les menaces pesant sur la santé publique et, enfin, le rôle déterminant des femmes aux avant-postes des manifestations populaires contre le régime clérical.

Effondrement de l’agriculture et insécurité alimentaire

La crise de l’eau a directement détruit les moyens de subsistance de millions d’agriculteurs iraniens et mis en péril la sécurité alimentaire du pays.
Selon un article de l’agence de presse Borna, publié le 18 décembre 2024, la sécheresse généralisée de 2025 a réduit la production agricole à zéro dans de nombreuses régions. Cette situation a été particulièrement catastrophique dans des provinces comme le Khouzistan, autrefois surnommé le « grenier de l’Iran ».
Incapables de cultiver leurs terres en raison du manque d’eau, les agriculteurs font face à un endettement massif et à une pauvreté extrême.
La baisse de la production agricole a non seulement provoqué une hausse des prix alimentaires, mais elle a aussi transformé l’Iran en importateur majeur de céréales.

 Aggravation des inégalités et creusement du fossé social

La crise de l’eau a accentué les inégalités sociales en Iran et approfondi le fossé entre les classes. Tandis que les populations des régions défavorisées peinent à accéder à l’eau potable, les proches du régime et les couches privilégiées continuent de vivre dans le confort, bénéficiant de ressources privées telles que des puits profonds ou des approvisionnements en eau à prix élevé.

Cette inégalité est particulièrement visible à Téhéran : les quartiers aisés du nord sont alimentés par des camions-citernes privés, tandis que les zones sud de la capitale subissent de sévères restrictions. Le régime, responsable de ces disparités par ses politiques discriminatoires, n’a pris aucune mesure pour assurer une répartition équitable des ressources. Il a, au contraire, choisi de réduire au silence les voix des plus démunis par la répression. (IranPedia, 2 mai 2025)

Le prix de l’eau a, dans certaines régions d’Iran, doublé voire triplé. Cette hausse a provoqué davantage de pressions psychologiques et économiques sur les ménages qu’elle n’a servi de moyen de dissuasion. Selon le juriste Mohammad Emami-Kourandeh, lorsque la politique de ciblage des subventions a été mise en œuvre, les vecteurs énergétiques, eau, gaz, électricité, et toute source considérée comme énergie, ont été prioritaires. L’objectif était que l’État cesse de subventionner ces services et fasse payer aux citoyens le coût réel de leur fourniture. En contrepartie, les revenus supplémentaires tirés de ces factures devaient être redistribués pour soutenir les catégories vulnérables, à faibles revenus et défavorisées, autrement dit, les mêmes bénéficiaires des subventions.

Cependant, cette politique a engendré une discrimination généralisée et un profond désordre. Aujourd’hui, le nombre de bénéficiaires de subventions, qui devait initialement couvrir environ 50 à 70 millions de personnes, est tombé à moins de 20 millions. En réalité, sous prétexte de « ciblage des subventions » et d’aide aux démunis, le gouvernement a exclu de façon arbitraire plus de 60 à 80 % de la population du droit de recevoir des aides, tout en appliquant désormais des tarifs de marché à l’ensemble des vecteurs énergétiques.

En conséquence, les coûts ont explosé, les recettes de l’État ont considérablement augmenté, et surtout, chaque année, face à un déficit budgétaire, de nouveaux bénéficiaires sont supprimés des listes de subvention sous de fallacieux prétextes.

Chaque année, parallèlement à l’inflation, voire à un rythme plus rapide, le gouvernement augmente à plusieurs reprises les prix de l’eau, de l’électricité, du gaz et des autres sources d’énergie. Au cours de l’année écoulée, l’Organisation de l’eau a réduit la pression de l’eau à un dixième de son niveau normal, privant ainsi la population d’un accès réel à une ressource vitale, pourtant lourdement facturée. (Jahan-e Sanat, 19 juillet 2025)

Menace pour la santé publique et propagation des maladies

Le manque d’eau potable a eu de graves conséquences sur la santé publique et a accru le risque d’épidémies.
Un article d’Euronews, publié le 13 mars 2025 sous le titre « L’hiver rigoureux de l’Iran est terminé : la crise de l’eau frappera-t-elle cet été ? », décrit la situation sanitaire au Khouzistan, où les habitants, faute d’eau saine, ont dû recourir à des sources contaminées. Cela a entraîné une augmentation des cas de diarrhées et d’infections gastro-intestinales.

Dans le nord-ouest, une grande partie de l’ancien lac d’Ourmia s’est transformée en plaine salée. Le sel dégagé peut être transporté sur des milliers de kilomètres, atteignant même le nord-est du pays.
Selon les données disponibles et des études menées il y a plusieurs années par des experts occidentaux, ces particules peuvent provoquer des maladies respiratoires, cardiovasculaires et rénales, ainsi que des troubles du système immunitaire.
L’impact dépasse les provinces d’Azerbaïdjan, du Kurdistan et de Zandjan, affectant également les pays voisins.
Des études de l’Université des sciences médicales de Tabriz confirment que certains de ces effets sur la santé sont déjà observables. (Journal Jahan-e Sanat, 22 juillet 2025)

Eisa Kalantari, ancien chef de l’Organisation de protection de l’environnement, a reconnu l’an dernier :
« En 2015, une série de maladies de la peau et de troubles de la tension artérielle sont apparus chez les citoyens, conséquences directes de l’assèchement du lac. » (Jahan-e Sanat, 22 juillet 2025)

Les femmes à l’avant-garde des protestations populaires

La pénurie d’eau, facteur déclencheur, a exacerbé les tensions sociales en Iran à un niveau sans précédent. Ces manifestations se distinguent par la présence particulièrement active des femmes.
Les grandes mobilisations au Khouzistan, apparues ces dernières années à cause du manque d’eau et de l’assèchement des zones humides, se sont poursuivies à l’été 2025.
Plutôt que de résoudre le problème, le régime a qualifié les manifestants de « fauteurs de troubles » et, par la force militaire, tué ou arrêté des dizaines de personnes. (Euronews, 13 mars 2025)

Des protestations similaires ont eu lieu entre mai et août 2025 dans plusieurs villes iraniennes, notamment à Chahr-e Kord et dans diverses provinces du sud et du centre, avec des slogans tels que :

« De l’eau, de l’électricité, la vie, c’est notre droit incontestable. » (Wikipedia, 11 août 2025)

À Téhéran, les habitants de Nassimchahr sont descendus dans la rue le 21 juillet pour protester contre la coupure totale de l’eau pendant trois jours, en pleine canicule.
Les 23 et 24 juillet, Téhéran et Eslamchahr ont connu des manifestations antigouvernementales en réaction aux coupures d’eau et d’électricité.
Le 23 juillet, dans plusieurs quartiers de la capitale, les habitants ont exprimé leur colère face à la situation catastrophique du pays avec des slogans tels que :

« À bas Khamenei, malédiction à Khomeiny »,
« Toutes ces années de crimes, à bas le régime »,
« À bas le dictateur ».

Le lendemain, à Eslamchahr, le slogan « À bas Khamenei » a résonné en réponse aux pannes répétées d’électricité.
Des protestations similaires ont également été signalées le même jour à Marvdacht et Torbat Jam.

Le vendredi 25 juillet, les habitants de Barzanoun, à Nichapour, ont aussi bloqué la route pour protester contre le manque d’eau.
Les villageois ont déclaré :

« S’il n’y a pas d’eau et que les autorités du régime ne répondent pas, alors la route ne doit pas rester ouverte non plus ! » (Secrétariat du Conseil national de la Résistance iranienne, 25 juillet 2025)

Mot de la fin

La crise que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de déséquilibre hydrique n’est ni soudaine ni le fruit du changement climatique ; elle résulte de l’accumulation de la corruption et des politiques imposées au peuple, intrinsèquement liées à la nature même d’une dictature religieuse.
La crise de l’eau n’est qu’une des innombrables raisons expliquant l’instabilité politique et le manque de légitimité du régime des mollahs.

Kaveh Madani, directeur de l’Institut de l’eau, de l’environnement et de la santé à l’Université des Nations unies, déclare :

« Si nous prêtons attention à notre pays, nous pouvons en observer les signes d’une maladie grave, difficile à soigner, une infection sévère, voire un cancer, touchant différents secteurs.
Un jour, nous ne pouvons pas respirer à cause de la pollution de l’air à Téhéran ; un autre jour, c’est à cause des tempêtes de poussière ; puis vient la situation de l’eau, l’état d’un établissement d’enseignement, le prix du dollar, de l’économie, de la Bourse ou de l’industrie.
Si nous regardons de près, les signes de crise apparaissent dans tous les domaines. Beaucoup de ces problèmes ont des causes communes. Nous devons reconnaître notre échec. » (Etemad, 26 juillet 2025)

Les protestations répétées au Khouzistan, à Ispahan et dans d’autres provinces, déclenchées par les pénuries d’eau, reflètent la colère croissante du peuple face à l’incompétence du régime.
La répression de ces manifestations, qui a entraîné la mort de plusieurs protestataires, n’a fait qu’alimenter la fureur populaire et fragiliser davantage les fondations du pouvoir en place.

Les signes d’un soulèvement national visant à renverser ce régime illégitime apparaissent désormais partout.
Ce qui préoccupe aujourd’hui la communauté internationale et les consciences éveillées, c’est d’aider le peuple iranien dans cette épreuve cruciale.
Reconnaître l’alternative organisée du peuple iranien, qui lutte depuis des décennies pour la liberté, accélérera non seulement la libération du pays de la dictature, mais contribuera aussi à la paix et à la coopération dans le monde libre.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire