lundi 6 juillet 2026

La reconduction d'Ejei témoigne de l'engagement du régime envers la répression judiciaire

 La décision de maintenir Gholamhossein Mohseni Ejei à la tête du pouvoir judiciaire souligne la dépendance du nouveau pouvoir envers les responsables de la sécurité, les exécutions de masse et les poursuites à motivation politique.

La reconduction de Gholamhossein Mohseni Ejei à la tête du pouvoir judiciaire iranien est bien plus qu'une simple décision administrative. Il s'agit d'une prise de position politique quant à l'orientation du régime de Mojtaba Khamenei et d'une indication claire que le pouvoir judiciaire restera un instrument de répression plutôt que de justice.

En prolongeant le mandat de cinq ans d'Ejei, le régime a choisi la continuité plutôt que la réforme, renforçant un système judiciaire qui fonctionne depuis longtemps en étroite coordination avec les services de renseignement et l'appareil sécuritaire.

Une carrière fondée sur la sécurité, et non sur la justice

Peu de responsables incarnent mieux la fusion du renseignement, du contrôle politique et de l'autorité judiciaire que Mohseni Ejei.

Dès les premières années qui ont suivi la révolution de 1979, il a occupé des postes influents au sein du Parquet révolutionnaire, du ministère du Renseignement, du Bureau du procureur général et, finalement, du pouvoir judiciaire lui-même. Tout au long de sa carrière, Ejei a été moins associé à la réforme du système judiciaire qu'à des poursuites judiciaires politiquement sensibles, à des aveux extorqués et à la répression de la dissidence.

Son ascension fut étroitement liée à certaines des purges internes les plus importantes du régime. Dans les années 1980, il joua un rôle dans l'enquête visant Mehdi Hashemi, une affaire largement considérée comme déterminante pour éliminer l'influence politique de l'ayatollah Hossein Ali Montazeri, autrefois pressenti comme successeur de Rouhollah Khomeini.

Cette trajectoire a fait d'Ejei non seulement un administrateur judiciaire, mais aussi une figure de sécurité de confiance dont la fonction principale a été de protéger le pouvoir en place.

Bilan des sanctions internationales et des droits de l'homme

Le bilan d'Ejei a également suscité une condamnation internationale soutenue.

Suite à la répression des manifestations nationales de 2009, les États-Unis et l'Union européenne lui ont imposé des sanctions pour violation des droits de l'homme, invoquant son rôle dans de graves abus, notamment des poursuites arbitraires, des procès inéquitables et des peines sévères infligées à des militants et manifestants politiques.

Sa réputation est devenue synonyme d'un système judiciaire qui privilégie systématiquement la loyauté politique au détriment du respect des procédures légales.

Le système judiciaire sous Ejei : des exécutions plutôt que des réformes

Lorsque Ejei est devenu chef du pouvoir judiciaire en 2021, le régime a promu des slogans tels que « transformation judiciaire », « lutte contre la corruption » et « protection des droits du public ».

La réalité s'est avérée tout autre.

Au lieu d'une plus grande indépendance judiciaire, les tribunaux sont devenus un instrument encore plus efficace de l'appareil sécuritaire du régime, notamment après le soulèvement national de 2022. Les manifestants, les journalistes, les avocats, les militants de la société civile et les membres des minorités ethniques et religieuses ont été de plus en plus souvent confrontés à de lourdes peines de prison, à des poursuites à motivation politique et à la peine de mort.

L'augmentation spectaculaire du nombre d'exécutions est devenue la caractéristique principale du mandat d'Ejei.

Les organisations de défense des droits humains ont recensé un nombre record d'exécutions ces dernières années. Selon Amnesty International, plus de 1 000 exécutions ont eu lieu en 2025, soit le chiffre annuel le plus élevé enregistré par l'organisation depuis au moins 15 ans. Amnesty a conclu que le régime avait de plus en plus recours à la peine capitale pour faire taire la dissidence suite aux manifestations « Femme, Vie, Liberté ».

Parallèlement, d'autres organisations de défense des droits humains ont recensé au moins 1 639 exécutions en 2025, soit le chiffre annuel le plus élevé depuis le début de leur suivi. Elles ont indiqué que plus de 90 % des exécutions n'avaient jamais été annoncées officiellement et que nombre d'entre elles étaient fondées sur des accusations à motivation politique telles que « l'inimitié envers Dieu » et la « corruption sur terre ».

Ces chiffres illustrent un système judiciaire qui fonctionne non pas comme une institution indépendante, mais comme un mécanisme d'intimidation politique.

Un système judiciaire aligné sur l'État sécuritaire

Le rôle du pouvoir judiciaire est devenu encore plus important suite à la confrontation militaire entre Israël et les États-Unis.

Des organisations de défense des droits humains ont averti que le régime avait profité du climat de guerre pour intensifier les arrestations, accélérer les procès à motivation politique et accroître le nombre d'exécutions sous prétexte de sécurité nationale.

Au lieu de modérer la réponse de l'État pendant une période de fortes tensions, le pouvoir judiciaire a étendu son rôle dans la répression des opposants présumés, renforçant ainsi sa position comme l'un des principaux instruments de contrôle interne du régime.

Pourquoi Mojtaba Khamenei a choisi la continuité

Avant la reconduction d'Ejei dans ses fonctions, des spéculations laissaient entendre que le nouveau dirigeant suprême pourrait le remplacer pour affirmer son autorité sur l'appareil d'État.

Mojtaba Khamenei a, quant à lui, opté pour la continuité.

Cette décision laisse penser que, du moins durant la première phase de son mandat, la stabilité au sein des services de sécurité prime sur toute volonté de réforme institutionnelle. Ejei bénéficie de plusieurs décennies d'expérience, de relations étroites avec le ministère du Renseignement et les Gardiens de la révolution, et d'une propension avérée à instrumentaliser les institutions judiciaires à des fins politiques.

Son maintien en poste témoigne de la confiance accordée à un initié de confiance, capable de maintenir la coordination entre les institutions coercitives du régime.

Un message pour l'avenir de l'Iran

La reconduction d'Ejei dans ses fonctions comporte plusieurs implications importantes.

Premièrement, cela indique qu'une véritable réforme judiciaire reste hors des priorités du régime. Deuxièmement, cela démontre que Mojtaba Khamenei entend consolider son autorité en s'appuyant sur des responsables de la sécurité en poste depuis longtemps plutôt que de faire émerger une nouvelle génération de dirigeants. Enfin, cela confirme que le pouvoir judiciaire continuera de jouer un rôle central dans la gestion de la dissidence politique par la criminalisation, l'intimidation et des peines sévères.

Pour les journalistes, les avocats, les militants politiques, les familles des victimes et les citoyens ordinaires en quête de justice, le message est sans équivoque.

Le régime iranien a une fois de plus confié l'une de ses institutions les plus puissantes à une figure dont la carrière est marquée par les persécutions politiques, une justice instrumentalisée par des considérations sécuritaires et l'intensification de la répression d'État. Au lieu de garantir les droits des citoyens, le pouvoir judiciaire, sous la direction de Mohseni Ejei, est appelé à demeurer l'un des piliers les plus solides de la survie du régime.

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