dimanche 5 juillet 2026

La génération oubliée d'Iran : pourquoi des millions de personnes âgées paient le prix de décennies de mauvaise gouvernance

 Face à la convergence de la pauvreté, du handicap et de soins de santé inadéquats, la population vieillissante iranienne est confrontée à un avenir de plus en plus incertain, moins façonné par l'évolution démographique que par des décennies de priorités politiques ayant négligé la protection sociale.

On juge souvent une société à la manière dont elle traite les plus vulnérables. À cet égard, l'Iran d'aujourd'hui offre un tableau préoccupant.

Pour des millions d'Iraniens âgés, la retraite n'est plus synonyme de sécurité après une vie de labeur. Elle marque au contraire le début d'une lutte quotidienne pour se soigner, se nourrir, se loger et accéder aux soins de santé de base. Vieillir en Iran est devenu de plus en plus synonyme de pauvreté, de maladies chroniques et d'isolement social.

Le vieillissement rapide de la population du pays est souvent évoqué comme un défi démographique. Pourtant, la démographie à elle seule n'explique pas pourquoi tant de personnes âgées vivent dans la précarité. Le problème de fond réside dans des décennies de gouvernance qui ont systématiquement privilégié les intérêts politiques et idéologiques au détriment du bien-être des citoyens.

La pauvreté est devenue une réalité déterminante pour de nombreux Iraniens âgés.

Les rapports récents dressent un tableau de plus en plus alarmant.

D'après les médias iraniens, citant des experts du vieillissement, la vieillesse en Iran est de plus en plus souvent associée à la pauvreté, à la solitude, au handicap et à un accès réduit aux services de soutien. Nombre de personnes âgées souffrent de plusieurs maladies chroniques, tout en faisant face à une diminution de leurs ressources financières et à un affaiblissement de leurs réseaux de soutien social.

Les chiffres eux-mêmes sont frappants.

L'Organisation nationale iranienne de protection sociale indique que plus de 264 000 personnes âgées handicapées sont actuellement prises en charge. Les projections démographiques montrent par ailleurs que d'ici 2050, près d'un tiers de la population iranienne pourrait avoir plus de 60 ans, ce qui transformerait profondément le paysage socio-économique du pays.

Le vieillissement de la population n'est pas en soi une crise. De nombreux pays développés ont une population âgée tout en maintenant un niveau de vie élevé pour leurs aînés.

La crise iranienne découle d'autre chose : une préparation insuffisante combinée à des défaillances structurelles de longue date.

La retraite ne garantit plus la sécurité économique

Les difficultés financières sont devenues l'une des caractéristiques déterminantes de la vieillesse en Iran.

Selon des sources nationales, environ un tiers des personnes âgées en Iran vivent désormais sous le seuil de pauvreté absolue.

Dans le même temps, les coûts des médicaments, des traitements médicaux, des services de réadaptation et des soins de longue durée continuent d'augmenter plus rapidement que de nombreuses pensions.

Pour d'innombrables retraités, les revenus fixes sont devenus de plus en plus insuffisants pour couvrir même les dépenses essentielles.

Cette érosion du pouvoir d'achat reflète une tendance plus large qui a touché presque tous les segments de la société iranienne, mais les citoyens âgés sont particulièrement vulnérables car leur capacité à compléter leurs revenus est souvent limitée, voire inexistante.

Le système de santé peine à répondre aux besoins d'une population vieillissante.

L'insécurité économique n'est qu'une dimension du problème.

L'Iran est également confronté à des pénuries croissantes dans le domaine des soins gériatriques.

Des experts médicaux ont mis en garde contre le nombre insuffisant de spécialistes en gériatrie, l'inadéquation des services de soins de longue durée et le manque d'établissements spécialisés capables de traiter les patients âgés atteints de pathologies complexes.

De ce fait, les familles assument de plus en plus de responsabilités qui, dans de nombreux pays, sont prises en charge par des systèmes de santé et de services sociaux professionnels.

Ce fardeau pèse particulièrement lourd sur les enfants d'âge moyen qui doivent concilier emploi et prise en charge de leurs parents vieillissants dans un contexte économique qui se détériore.

Les conséquences vont au-delà des soins de santé, affectant la participation au marché du travail, les finances des ménages et le bien-être social général.

La guerre a révélé les faiblesses existantes plutôt que de les créer.

La guerre récente a encore intensifié ces pressions.

Les personnes âgées vivant dans les zones touchées ont souvent subi des interruptions dans leurs soins médicaux, des pénuries de médicaments essentiels, des dommages à leurs habitations et un accès réduit aux établissements de santé.

Il serait toutefois trompeur de considérer ce conflit comme l'origine de la crise actuelle.

La guerre n'a pas créé l'infrastructure sociale défaillante de l'Iran ; elle a mis en lumière des faiblesses qui s'étaient accumulées au fil des années.

Un système de protection sociale résilient doit être capable de soutenir les populations vulnérables lors de situations d'urgence nationale.

L'expérience de nombreux Iraniens âgés a démontré à quel point ce système est devenu fragile.

Un défi démographique que les autorités ne peuvent plus ignorer

Les experts en démographie avertissent de plus en plus que le vieillissement de la population deviendra l'un des principaux défis politiques à long terme de l'Iran.

L'augmentation du nombre de retraités exercera une pression supplémentaire sur les fonds de pension, les services de santé et les établissements de soins de longue durée.

Sans réformes substantielles, ces pressions risquent de s'intensifier à mesure que l'espérance de vie augmente tandis que les taux de natalité continuent de baisser.

La question n'est pas de savoir si l'Iran deviendra une société vieillissante.

C'est déjà le cas.

La véritable question est de savoir si ses institutions sont capables de s'adapter avant que les tendances démographiques ne dépassent les ressources disponibles.

Le problème n'est pas un manque de richesse.

Les responsables gouvernementaux évoquent fréquemment les contraintes financières lorsqu'ils parlent des pensions, des soins de santé ou des dépenses sociales.

Pourtant, l'Iran n'est pas un pays pauvre en ressources.

Elle possède certaines des plus importantes réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel, ainsi que d'importantes richesses minières et un potentiel économique substantiel.

L'expérience du pays lors des précédentes périodes de fortes recettes pétrolières est instructive. L'augmentation des revenus de l'État n'a pas entraîné d'amélioration durable du niveau de vie des retraités ni de renforcement significatif du filet de sécurité sociale.

Au contraire, les crises économiques récurrentes ont continué d'éroder le pouvoir d'achat des retraités.

Cela suggère que le problème central n'est pas simplement la disponibilité des ressources, mais leur répartition.

La gouvernance détermine les priorités sociales

La situation des personnes âgées en Iran reflète des choix plus larges en matière de gouvernance.

Lorsque les dépenses publiques privilégient systématiquement les institutions de sécurité, les projets idéologiques et les ambitions régionales au détriment de la santé, des retraites et de la protection sociale, les conséquences finissent par se faire sentir dans la vie quotidienne.

Les personnes âgées sont parmi les premières à ressentir ces conséquences car elles dépendent davantage du bon fonctionnement des institutions publiques que les jeunes générations.

Avec le vieillissement continu de la population iranienne, la manière dont le pays traite ses personnes âgées deviendra un indicateur de plus en plus important de l'efficacité de son gouvernement.

Sans plus de transparence, de responsabilisation et de politiques plaçant le bien-être des citoyens au cœur des priorités nationales, l'évolution démographique ne fera qu'aggraver les inégalités existantes.

Pour des millions d'Iraniens âgés, le défi n'est plus de se préparer à la vieillesse, mais de la traverser avec dignité.

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