mercredi 8 avril 2026

Le rôle du régime théocratique et des monarchistes dans la crise de 2026 en Iran

 La guerre iranienne de 2026, qui a éclaté le 28 février et s’est conclue par les fragiles accords d’Islamabad début avril, a mis en lumière une dure réalité : les deux principaux prétendants au pouvoir en Iran ne partagent pas une vision commune, mais ils n’hésitent à sacrifier le pays lui-même pour asseoir leur pouvoir.

D’un côté, l’establishment clérical a démontré – une fois de plus – que son seul principe directeur est la survie à tout prix. De l’autre, Reza Pahlavi et son camp monarchiste ont montré que leur accession au pouvoir repose non pas sur la société iranienne, mais sur la force militaire étrangère – même au prix de la destruction totale du pays, y compris ses infrastructures et sa population.

Aucun des deux ne représente un avenir viable. Tous deux sont prêts à voir l’Iran s’embraser pour régner sur ses cendres.

Le régime clérical : survivre à tout prix

La nomination rapide de Mojtaba Khamenei comme Guide suprême après l’assassinat de son père, dès le premier jour de la guerre, confirme ce que la Résistance iranienne avait prédit : le « régime clérical » est mort. En court-circuitant la méritocratie cléricale au profit d’une succession héréditaire, le régime est devenu de fait ce qu’il prétendait renverser en 1979 : une autocratie dynastique.

Sous Mojtaba, le Corps des gardiens de la révolution islamique a consolidé son pouvoir, officialisant un système longtemps dominé par les institutions sécuritaires. Mais la véritable signification de la guerre réside dans la manière dont le régime s’est comporté dans trois domaines cruciaux : la stabilité intérieure, l’influence régionale et le rayonnement international.

Sur le plan intérieur, le régime est sorti considérablement affaibli. La guerre a révélé son incapacité à défendre l’espace aérien national, à protéger les infrastructures et à préserver la population des troubles généralisés. La colère populaire, déjà vive après des années de répression, s’est intensifiée. Non pas parce que les attentes étaient nouvellement déçues, mais parce que le régime a une fois de plus démontré que le bien-être de la population n’entrait pas en ligne de compte dans ses décisions. Sa priorité est restée inchangée : la survie, même au prix de la dévastation nationale.

Au niveau régional, la position de l’Iran s’est fortement détériorée. La tentative d’instrumentaliser le détroit d’Ormuz n’a pas permis d’exercer une influence et a au contraire renforcé la perception, chez les États voisins, que le régime est une source d’instabilité qu’il est impossible de contenir par le dialogue. La guerre a accéléré le mouvement de distanciation et d’endiguement des acteurs régionaux.

Sur le plan international, le régime est sorti du conflit plus isolé qu’auparavant. Son incapacité à transformer l’escalade en concessions, conjuguée à la dégradation visible de ses capacités militaires, a affaibli à la fois la dissuasion et son influence diplomatique. La guerre n’a pas renforcé sa position ; elle l’a affaiblie.

Pourtant, dans ces trois domaines, une tendance est restée constante : aucun de ces coûts n’a modifié le comportement du régime. La contraction économique, les dommages aux infrastructures et les revers stratégiques n’ont pas entraîné de réajustement de sa stratégie. Le système a démontré qu’il est structurellement préparé à absorber les dommages nationaux tant que sa propre survie est assurée.

Le régime est affaibli dans tous les domaines mesurables, même dans sa détermination à perdurer.

Monarchistes : Le pouvoir par la destruction

Si le régime a révélé sa volonté de détruire le pays pour se maintenir au pouvoir, le camp monarchiste a révélé quelque chose d’aussi frappant : sa volonté de voir cette destruction se produire afin de s’emparer du pouvoir.

La position de Reza Pahlavi et de ses partisans s’inscrit dans une tendance de longue date : le recours aux forces étrangères comme principal moteur du changement politique, faisant écho à la dépendance qui a caractérisé les dernières années de la monarchie Pahlavi.

Tout au long du conflit, ce camp a ouvertement accueilli et encouragé les frappes. Plus frappant encore, il est allé plus loin, appelant explicitement à cibler les infrastructures iraniennes comme moyen d’affaiblir le régime. Les déclarations de figures monarchistes influentes, notamment de Saeed Ghasseminejad, homme clé de Reza Pahlavi, révélaient une volonté d’accroître la pression, même au risque d’aggraver l’effondrement économique et social du pays.

C’est là le point crucial : pour ce camp, la destruction des infrastructures n’était pas un effet secondaire, mais une étape nécessaire au changement de régime.

Parallèlement, les affirmations de soutien interne se sont effondrées face à l’analyse. Les promesses de défection de dizaines de milliers de militaires ou de membres des forces de sécurité ne se sont jamais concrétisées. Aucun réseau organisé, des syndicats aux associations étudiantes, ne s’est mobilisé sous l’égide monarchiste.

Le problème dépasse le simple manque d’organisation. Rien ne prouve l’existence, en Iran, d’une base sociale, même informelle, prête à se rallier à ce projet. Le mouvement demeure essentiellement extérieur : visible dans les médias, mais absent sur le terrain. Ce qui a amplifié la notoriété de Reza Pahlavi dans les médias occidentaux et sur les réseaux sociaux n’était pas un véritable élan populaire, mais une propagande mensongère.

Ce fossé est aggravé par des comportements internes qui éloignent encore davantage les alliés potentiels : campagnes de harcèlement, fragmentation et hostilité envers les autres dissidents.

Il en résulte un courant politique en quête de pouvoir, dépourvu des fondements nécessaires à sa pérennité : ni légitimité populaire, ni présence institutionnelle – uniquement une influence extérieure.

Une Logique Partagée : Le Pouvoir avant la Patrie

Malgré leurs discours, les deux camps convergent vers une logique commune : la soif de pouvoir justifie l’acceptation – voire l’encouragement – de la destruction nationale.

Les conséquences sont immédiates. La guerre a dissipé les dernières illusions concernant le camp Pahlavi, révélant un courant politique prêt à voir les infrastructures du pays détruites et sa population poussée à bout dans sa quête du pouvoir. Au lieu d’élargir son audience, ce courant a creusé le fossé de la méfiance et accélérera probablement la prise de distance d’une population qui refuse de se rallier à une figure perçue comme cherchant le trône à tout prix.

Dans ce contexte, la trajectoire devient plus claire : de plus en plus d’Iraniens se tourneront vers des mouvements qui privilégient les intérêts du pays plutôt que l’ambition personnelle – des forces qui n’offrent ni rhétorique ni dépendance à l’égard d’une intervention étrangère, mais une voie crédible et ancrée dans la réalité interne vers un véritable changement de régime.

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