mardi 12 mai 2026

Les boucliers contre le black-out internet en Iran entraînent une recrudescence des exécutions secrètes

 Alors que le silence numérique s'intensifie en Iran, des rapports révèlent une escalade parallèle des exécutions clandestines, des intimidations envers les familles et de la répression systématique menée à huis clos.

Un nouveau rapport publié par le quotidien britannique The Guardian apporte un éclairage nouveau sur l'escalade des exécutions secrètes et de la répression interne menée par le régime iranien, qui se déroule en parallèle de l'une des coupures d'internet les plus longues et les plus graves qu'ait connues le pays ces dernières années. S'appuyant sur des témoignages d'organisations de défense des droits humains et de sources proches des familles de prisonniers, le rapport décrit un système où les exécutions sont de plus en plus souvent perpétrées dans le plus grand secret, souvent sans préavis aux proches et sous haute sécurité.

Selon le rapport, au moins 24 prisonniers ont été exécutés en Iran depuis mars. Plusieurs d'entre eux auraient été arrêtés pour des accusations telles que « atteinte à la sécurité nationale », « espionnage » ou liens présumés avec des manifestations anti-régime. Les organisations de défense des droits humains citées dans l'enquête affirment que le rythme des exécutions clandestines s'est intensifié ces derniers mois, tandis que les autorités s'efforcent simultanément de dissimuler les informations relatives à ces affaires et d'empêcher tout examen public.

Les organisations de défense des droits humains signalent que, dans de nombreux cas, les familles n'ont été informées des exécutions qu'après leur exécution. Dans certains cas, les autorités sécuritaires auraient refusé de restituer les corps des condamnés à mort à leurs proches, une pratique qui a suscité l'indignation et exacerbé les craintes des familles concernées.

Le rapport met également en lumière les intimidations systématiques dont sont victimes les familles des détenus. Selon des sources citées par le journal, les services de sécurité ont averti à plusieurs reprises les familles de ne pas s'exprimer publiquement, de contacter des journalistes ou de diffuser des informations sur les conditions de détention. Les familles auraient été menacées d'arrestation, de surveillance ou de poursuites judiciaires abusives si elles tentaient de rendre la situation publique. Sous de telles pressions, beaucoup ont gardé le silence par crainte de représailles.

Des sources de défense des droits humains ont également indiqué que plusieurs prisonniers avaient subi de graves tortures physiques et psychologiques avant d'être condamnés à mort. Ces sévices auraient eu pour but d'extorquer des aveux forcés, utilisés ensuite comme preuves principales devant les tribunaux. Les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis longtemps le fait que de nombreux procès politiques et sécuritaires en Iran ne respectent même pas les normes juridiques internationales les plus élémentaires, les accusés étant privés d'une représentation équitable et de procédures judiciaires transparentes.

La poursuite de ces exécutions secrètes survient alors que l'Iran enregistre l'un des taux d'exécution les plus élevés de son histoire moderne. Selon les chiffres cités dans le rapport, au moins 1 600 exécutions ont été recensées pour la seule année 2025. Les défenseurs des droits humains qualifient ce nombre d'inédit et préviennent que le chiffre réel pourrait être encore plus élevé en raison du manque de transparence qui entoure de nombreuses affaires.

Bien que de nombreuses exécutions soient officiellement classées comme liées à la drogue ou au meurtre, les organisations de défense des droits humains insistent sur le fait qu'un nombre important d'entre elles revêtent une dimension politique ou sécuritaire. Les critiques affirment que le régime iranien recourt de plus en plus à la peine capitale comme outil d'intimidation visant à réprimer la dissidence et à instiller la peur au sein de la société.

Coupures d'Internet et répression cachée

Un autre point essentiel du rapport concerne la coupure prolongée d'Internet en Iran. De larges pans de la population subissent de graves perturbations de la connectivité depuis plus de deux mois, ce qui limite considérablement la communication avec le monde extérieur et entrave la diffusion d'informations concernant les arrestations, les manifestations et les exécutions.

Selon des sources locales, de nombreux Iraniens n'ont accès aux canaux de communication internationaux que par le biais de connexions VPN instables et de réseaux proxy limités. Ces restrictions ont considérablement retardé la publication d'informations concernant les prisonniers politiques et les détenus pour raisons de sécurité, isolant davantage les familles et les militants qui tentent de documenter les exactions.

Les organisations de défense des droits humains alertent sur le fait que les autorités iraniennes exploitent les tensions régionales et le contexte de guerre pour intensifier la répression intérieure. Selon ces organisations, les coupures d'internet et les restrictions de communication sont devenues des outils essentiels pour dissimuler les exécutions secrètes et étouffer les réactions de l'opinion publique face aux violences d'État.

Alors que les familles des détenus vivent des jours, voire des semaines, dans l'incertitude la plus totale quant au sort de leurs proches, la réaction internationale demeure limitée. De nombreux militants affirment que Téhéran a profité pendant des années de l'inaction internationale et d'une pression diplomatique timide, ce qui a permis la poursuite d'une répression systématique en toute impunité.

Aujourd'hui, le recours aux exécutions secrètes et au black-out numérique semble de plus en plus ancré dans la stratégie à long terme du régime pour contrôler la société. Les principales victimes demeurent les citoyens et les familles ordinaires, privés non seulement de justice, mais aussi du droit fondamental de savoir ce qui est arrivé à leurs proches.

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