Pour le régime iranien, la guerre n’est pas simplement une éventualité — c’est un instrument stratégique. Son importance est si centrale que même les enfants sont attirés dans son orbite, transformés en enfants soldats, des outils servant des objectifs politiques et idéologiques plus larges. Il ne s’agit pas d’un développement récent mais d’une partie d’un cycle continu qui a commencé pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980 et qui persiste aujourd’hui sous des formes plus sophistiquées.
De l’époque des enfants soldats aux campagnes modernes de propagande, le régime a constamment utilisé des adolescents pour légitimer un ordre social militarisé. Même les enfants tués dans les conflits ne sont pas épargnés ; leurs morts sont réutilisées dans des récits qui renforcent l’idéologie du régime. Dans ce système, l’enfant n’est pas seulement une victime de la guerre mais aussi un instrument au sein de celle-ci.
Durant les années 1980, l’une des pratiques les plus notoires fut la distribution de « clés du paradis » en plastique aux enfants soldats — des symboles promettant une récompense spirituelle en échange du sacrifice. Beaucoup de ces enfants furent envoyés dans des champs de mines avec un entraînement minimal, utilisés en pratique pour ouvrir des passages aux forces avançantes. Aujourd’hui, bien que les méthodes aient changé, la logique sous-jacente reste la même. Les adolescents sont désormais encouragés à participer à des rôles de sécurité urbaine, y compris aux points de contrôle dans les rues, les maintenant intégrés dans la structure sécuritaire du régime.
Cette continuité est également visible dans la production culturelle. Alors que les effets des récentes frappes de guerre persistent encore à travers les villes iraniennes, l’Institut national iranien de développement des jeux — affilié à la Fondation iranienne des jeux vidéo et informatiques — a lancé son premier « game jam » de l’année sous le thème « Enfant et guerre ». Les développeurs ont été invités à représenter l’expérience de la guerre et de l’enfance à travers les jeux vidéo.
Cette initiative n’est pas un événement isolé ; c’est le dernier maillon d’une longue chaîne d’efforts visant à transformer les enfants en matière première servant à légitimer la guerre. Là où les décennies précédentes reposaient sur la mobilisation physique et l’endoctrinement symbolique, l’approche actuelle intègre les médias numériques, ciblant les jeunes générations à travers des récits immersifs.
Un examen plus attentif du modèle de gouvernance du régime révèle la nature systématique de cette stratégie. Dès les premières années suivant la révolution de 1979, les enfants furent intégrés aux récits de l’État et aux efforts de mobilisation. Pendant la guerre Iran-Irak, cela atteignit sa forme la plus explicite. Les écoles devinrent des extensions du champ de bataille. Les élèves recevaient des tirelires en plastique en forme de grenade à main et étaient encouragés à les remplir d’argent pour l’effort de guerre. Le symbolisme était délibéré : le régime cherchait à lier l’enfance elle-même aux instruments de violence.
Les élèves étaient également obligés d’écrire des lettres aux soldats du front, intégrant dès le plus jeune âge une participation émotionnelle à la guerre. Le concept du martyre fut institutionnalisé dans le système éducatif et reçut un rôle central dans le façonnement des jeunes esprits.
La figure la plus emblématique de ce modèle fut Hossein Fahmideh, un garçon de 13 ans qui, en 1980 à Khorramshahr, aurait fait exploser des grenades sous un char irakien. Ruhollah Khomeini le décrivit comme un « dirigeant », et son image fut affichée dans les écoles à travers tout le pays. Dans son sillage, des milliers d’adolescents volontaires furent envoyés dans des champs de mines, leurs corps utilisés pour ouvrir des passages aux soldats adultes. L’histoire de Fahmideh devint moins un récit historique qu’un récit construit visant à normaliser et glorifier l’utilisation des enfants dans la guerre.
Au-delà du champ de bataille, des adolescents furent également intégrés dans les structures de sécurité intérieure. Ils participaient à des patrouilles, tenaient des points de contrôle et apparaissaient de manière visible lors d’événements politiques publics tels que les prières du vendredi. Le régime projetait constamment l’image d’un front révolutionnaire uni dans lequel les enfants étaient visiblement inclus.
Quatre décennies plus tard, ce schéma continue. Durant le conflit le plus récent, des adolescents furent de nouveau déployés à des points de contrôle urbains, certains devenant des cibles de frappes de drones. En même temps, un autre processus se déroule : des enfants victimes de guerre sont transformés en symboles au sein de la machine narrative du régime.
Le 28 février 2026, au début du conflit renouvelé, l’école Shajareh Tayyebeh à Minab fut frappée par un missile, tuant plusieurs élèves. Cette tragédie exige responsabilité et justice. Pourtant, la réponse du régime a suivi un chemin familier — non pas la transparence, mais la glorification.
Des fresques représentant les visages des enfants de Minab ont été dévoilées, et le site a été transformé en « centre culturel » accueillant des ateliers idéologiques pour enfants. Le ministre de l’Éducation a annoncé des projets visant à inclure l’histoire de Minab dans les manuels scolaires. Pendant ce temps, un haut commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique a proposé de transformer l’école en mémorial permanent le long des circuits touristiques de guerre organisés par l’État.
Maintenant, avec le « game jam » « Enfant et guerre », le récit de Minab est destiné à atteindre un autre public : les joueurs de jeux vidéo. L’enfant mort est transformé en personnage numérique, garantissant que le cycle de représentation — et d’exploitation — se poursuive.
Ce qui émerge est un schéma d’adaptation sans changement. La logique des années 1980 reste intacte, mais les outils ont évolué. Là où autrefois les affiches et les rituels scolaires mobilisaient une génération, aujourd’hui les plateformes numériques et les jeux vidéo étendent cette portée à de nouveaux domaines.
La trajectoire allant des tirelires en forme de grenade au développement de jeux sur le thème de la guerre n’est pas simplement une histoire de changement technologique — elle reflète une continuité dans la manière dont l’enfance elle-même est utilisée. Pendant plus de quatre décennies, les enfants iraniens ont rarement été traités comme des enfants au sens plein du terme. Au lieu de cela, ils ont été systématiquement transformés en instruments servant à légitimer la violence et à entretenir le conflit.
Dans ce système, même le droit le plus fondamental — le droit à une enfance libre de militarisation et d’exploitation — est refusé. Le résultat est une structure qui ne mène pas seulement la guerre à l’extérieur, mais l’inscrit dans le tissu même de la croissance et de l’enfance.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire