La crise économique dévastatrice et l'inflation galopante qui frappent l'Iran ne sont ni le fruit du hasard, ni la simple conséquence des tensions militaires régionales. Elles résultent directement d'une stratégie politique systématique visant à préserver le pouvoir en détruisant les moyens de subsistance de la population. Si l'appareil de propagande du régime s'efforce sans cesse d'imputer l'effondrement de la monnaie nationale à des facteurs externes et à des conflits étrangers, même les économistes iraniens reconnaissent de plus en plus que les racines de cette catastrophe résident dans les politiques et la structure même du pouvoir mis en place par le régime.
Depuis des années, la dictature religieuse au pouvoir en Iran instrumentalise les crises internationales qu'elle provoque pour justifier la mise en œuvre de mesures économiques parmi les plus répressives. Dans ce contexte, l'économiste du régime, Hussein Ragfar, a rejeté les affirmations du gouvernement selon lesquelles la récente inflation était principalement due à la guerre et aux affrontements militaires.
Selon Ragfar, les effets économiques de la guerre ne sont pas immédiats car les infrastructures et les entrepôts endommagés conservent des réserves, et l'inflation actuelle résulte davantage d'anticipations psychologiques et de perturbations temporaires que des destructions directes liées au conflit. Ses propos constituent un aveu implicite que le régime a délibérément accentué les pressions inflationnistes en exploitant les craintes liées à la guerre afin de faire peser le fardeau de ses déficits budgétaires chroniques et de ses échecs financiers sur la population.
La thérapie de choc comme outil de pillage économique
Pour financer ses ambitions militaires, son appareil idéologique et son dispositif sécuritaire, le régime iranien a de plus en plus recours à des politiques communément qualifiées de « thérapie de choc » dans la littérature économique. Plutôt que de soutenir les citoyens une fois les tensions militaires apaisées, l’État a accéléré des politiques qui ont directement transféré les difficultés économiques sur la société.
Ragfar a qualifié ces mesures de parmi les méthodes les plus injustes et destructrices de gestion de la population, avertissant que de telles politiques avaient engendré à maintes reprises de graves crises politiques et sociales dans tout le pays. Il a souligné que l'instabilité qui en résultait avait accentué les revendications populaires en faveur d'un changement politique et social.
La manifestation la plus visible de cette stratégie fut la hausse soudaine des prix du carburant et l'appréciation brutale des taux de change après la fin des affrontements militaires. En quête désespérée de liquidités, le gouvernement a fait grimper la valeur du dollar par une manipulation délibérée du marché.
Ragfar a notamment évoqué la hausse des prix de l'essence et de l'énergie après la guerre, suivie d'une flambée des prix de la monnaie qui a alimenté l'inflation et le mécontentement social. Il a établi un lien direct entre ces événements et les manifestations et troubles sociaux qui ont suivi.
Il a par ailleurs révélé l'ampleur de la manipulation monétaire en soulignant que le dollar s'échangeait autour de 92 000 tomans au début du conflit de douze jours et qu'il était tombé à environ 83 000 tomans le quatrième jour. Pourtant, par la suite, le taux de change a plus que doublé. De telles fluctuations spectaculaires et politiquement orchestrées laissent fortement penser à une intervention étatique plutôt qu'à une simple dynamique de marché.
Le comportement du régime démontre comment il tire profit directement de l'effondrement du rial. D'une part, les autorités maintiennent la société dans un climat de peur et d'incertitude en évoquant constamment la guerre et l'instabilité. D'autre part, elles prennent en otage les moyens de subsistance des ouvriers, des professeurs, des retraités et des salariés par le biais de l'inflation et des retards de paiement.
Ragfar a également critiqué ce qu'il a qualifié de refus éthique du gouvernement de verser les salaires des professeurs d'université sous prétexte de manque de ressources financières. Il a décrit ces mesures comme des exemples classiques de thérapie de choc économique : des politiques qui susciteraient une forte résistance en temps normal, mais qui deviennent plus faciles à imposer lorsque la société est perturbée par la guerre, une crise ou un traumatisme collectif.
L'effondrement historique du rial iranien
Le régime iranien est devenu l'un des exemples les plus extrêmes de destruction monétaire nationale de l'histoire moderne. L'effondrement du rial n'est pas simplement la conséquence inévitable des sanctions ; il apparaît de plus en plus comme un mécanisme délibéré visant à dissimuler une insolvabilité structurelle et à financer les déficits publics.
Ragfar a déclaré ouvertement que la fixation des taux de change restait entièrement sous le contrôle du gouvernement et a affirmé qu'aucune administration précédente n'avait imposé de chocs monétaires d'une telle ampleur au pays. Il a souligné que l'administration avait hérité d'un taux de change d'environ 48 000 tomans pour un dollar, alors que ce taux avoisine désormais les 190 000 tomans.
Un effondrement aussi rapide de la valeur de la monnaie représente une érosion dévastatrice du pouvoir d'achat pour les Iraniens ordinaires. La dévaluation du rial s'est traduite par une flambée des prix alimentaires, un effondrement de l'épargne, la disparition de la stabilité de la classe moyenne et une aggravation de la pauvreté dans tout le pays.
Ce niveau de dévaluation délibérée constitue une véritable attaque économique contre la société. L'inflation n'est plus seulement une condition économique, mais un instrument politique servant à transférer les richesses vers le haut, tout en contraignant la population à supporter le coût des échecs du régime.
La désintégration sociale comme prix à payer pour la survie du régime
Les conséquences de ces politiques dépassent largement le cadre des indicateurs économiques et des statistiques financières. La manière dont le régime finance ses déficits et maintient sa structure idéologique et sécuritaire contribue activement à la destruction du tissu social iranien.
L’expansion de l’extrême pauvreté, la destruction de la classe moyenne, la hausse des traumatismes psychologiques et le désespoir social croissant sont autant de conséquences directes de politiques conçues pour privilégier la survie du régime au détriment du bien-être public.
Ragfar a établi un lien entre l'effondrement durable de la monnaie nationale et des crises sociales plus vastes, notamment la montée de la prostitution, des suicides, de la dépression et les migrations massives. Il a soutenu que les gouvernements successifs avaient systématiquement eu recours à la dévaluation monétaire comme moyen le plus simple de compenser les déficits budgétaires, malgré ses conséquences humaines catastrophiques.
Il a finalement reconnu que la responsabilité de ces crises structurelles incombe au système politique dans son ensemble et que l'administration actuelle poursuit la même trajectoire destructrice que les gouvernements précédents.
La destruction économique comme stratégie de survie politique
La réalité en Iran aujourd'hui est de plus en plus difficile à occulter : la dictature religieuse au pouvoir a fait de la destruction des moyens de subsistance de la population une stratégie de survie délibérée. En instrumentalisant l'inflation, en manipulant le marché des changes et en appliquant des politiques de choc, le régime cherche à repousser son propre effondrement politique tout en en faisant peser le coût sur la société.
Les manifestations et les soulèvements qui ont éclaté ces dernières années démontrent qu'une part croissante de la population iranienne prend conscience des véritables causes de l'inflation, de la pauvreté et de l'effondrement économique. Les tentatives d'imputer ces problèmes aux tensions de politique étrangère ou aux conflits extérieurs servent avant tout de prétexte politique pour masquer des défaillances structurelles profondément ancrées au sein même du régime.
Face à la dégradation continue de la situation économique, le débat central en Iran ne porte plus seulement sur la réforme de la politique économique. Il s'agit de plus en plus de savoir si la structure politique responsable de la reproduction systématique de la corruption, de l'inflation et de l'appauvrissement peut survivre.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire