dimanche 17 mai 2026

Répression ciblée des femmes iraniennes : des arrestations massives aux condamnations à mort

 En Iran, les femmes ont été confrontées à une vague d'arrestations massives et à une répression ciblée, signe d'une intensification planifiée du contrôle dans le contexte de la crise. Cette période a notamment été marquée par des arrestations de masse, le prononcé de lourdes peines et une recrudescence du harcèlement et des pressions exercées sur les familles des prisonniers politiques, des personnes exécutées et de celles tuées lors du soulèvement de janvier 2026.

Ce rapport dresse un tableau de la situation des femmes dans un contexte où les crises politiques et les restrictions de l'information ont encore davantage occulté l'ampleur réelle des violations de leurs droits.

Le régime iranien a une fois de plus exploité le climat de tension et de crise qu'il a imposé au peuple iranien pour intensifier la répression intérieure. Tandis que l'attention du public se concentrait en partie sur les événements régionaux et la guerre, les services de sécurité ont systématiquement étendu leur contrôle et leur répression à l'intérieur du pays.

Des témoignages de terrain font état d'une vague d'arrestations quotidiennes, touchant notamment des femmes et des jeunes filles. Ces arrestations sont souvent effectuées sous de vagues prétextes de sécurité et sans procédure judiciaire transparente. Dans de nombreux cas, ces femmes et ces filles sont arrêtées en même temps que leur mari ou d'autres membres de leur famille.

Ces arrestations s'inscrivent dans une politique délibérée visant à créer la peur et l'intimidation et à empêcher la formation d'un soulèvement.

Le 19 avril 2026, Ahmadreza Radan, commandant en chef des Forces de sécurité d'État, annonça lors d'une interview télévisée l'arrestation de 1 800 personnes. Parmi elles, 700 furent interpellées pour leur activité sur les réseaux sociaux. (Agence de presse Fars, 19 avril 2026, agence de presse officielle iranienne) Il ne précisa pas la période de ces arrestations, mais on suppose qu'elles eurent lieu soit depuis le début de la guerre, soit après le soulèvement de janvier.

Le système judiciaire iranien justifie généralement ces arrestations par des accusations telles que la collaboration avec l'ennemi, le moharebeh (inimitié envers Dieu, un crime passible de la peine de mort) ou la propagande contre le régime, les présentant comme des affaires de sécurité nationale. En raison des coupures généralisées d'internet ou des restrictions sévères et du contrôle strict de la circulation de l'information, les chiffres exacts des arrestations ne sont pas disponibles ; cependant, les estimations indiquent l'arrestation et l'emprisonnement de nombreuses femmes et filles.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a exhorté les forces gouvernementales à maintenir leur présence dans les rues, déclarant : « Ne lâchez pas ce point névralgique. » (Agence de presse Tasnim, 30 mars 2026, un média proche du Corps des gardiens de la révolution islamique). Les médias proches des institutions sécuritaires ont également souligné l'importance d'une présence policière continue dans les rues pour contrôler les manifestations.

Parallèlement, le Conseil national de la Résistance iranienne a annoncé dans un communiqué que plus de 50 000 personnes avaient été arrêtées lors des manifestations nationales qui se sont déroulées du 28 décembre 2025 au 14 janvier 2026. Parmi elles figurent un nombre important de femmes, de jeunes et d’étudiants, dont beaucoup ont été victimes de disparition forcée et sont actuellement soumis à la torture. Ils font face à des procès inéquitables et risquent la peine de mort. À ce jour, neuf manifestants arrêtés lors du soulèvement de Dey (janvier) ont été exécutés.

Auparavant, Masoumeh Ebtekar, ancienne vice-présidente du régime iranien chargée des affaires féminines et familiales, avait indiqué dans une note que 77 % des personnes arrêtées lors des manifestations nationales de janvier avaient moins de 30 ans, dont 17 % étaient des écoliers et 6 % des étudiants. (Journal Etemad, 15 avril 2026, journal d'État)

L’exécution comme outil d’intimidation ; les femmes condamnées à mort

La peine de mort demeure l'un des principaux instruments du régime pour instaurer la terreur et empêcher l'expansion des mouvements de protestation sociale. Entre le 19 mars et le 25 avril 2026, huit membres politiques de l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI/MEK), principale force d'opposition, et neuf jeunes manifestants arrêtés lors du soulèvement de janvier ont été exécutés.

Parmi elles, des dizaines de manifestantes ont été condamnées à mort ou font face à des accusations graves qui pourraient entraîner leur exécution.

Mahboubeh Shabani, 33 ans, originaire de Mashhad, est détenu à la prison de Vakilabad pour moharebeh. Ce chef d'accusation, passible de la peine de mort, fait suite à son aide pour le transport de manifestants blessés vers des centres médicaux lors du soulèvement de janvier.

Fatemeh Abbasi, 34 ans, mère d'une jeune fille de 13 ans, arrêtée avec son père lors des manifestations nationales de janvier, a récemment été transférée au quartier des femmes de la prison d'Evin après des semaines de torture et d'interrogatoires visant à lui extorquer des aveux. Fatemeh a été condamnée à 25 ans de prison, et son père, condamné à mort, a été exécuté il y a deux jours.

Les familles sont privées de la possibilité d'organiser des cérémonies de deuil et de commémoration.

Ces mesures témoignent d'une volonté systématique d'empêcher la formation de tout mouvement réclamant justice et de toute solidarité sociale autour des victimes. Un tel comportement viole non seulement les droits fondamentaux des familles, mais impose également une pression émotionnelle et psychologique considérable aux femmes survivantes, en particulier aux mères.

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