Ces dernières années, l'inflation chronique et l'effondrement de la valeur de la monnaie nationale ont entraîné une flambée des prix de l'immobilier, des automobiles et des biens durables. Ces hausses de prix ont permis à des millions de personnes de devenir propriétaires de biens valant des milliards de rials. Pourtant, une grande partie de ces mêmes personnes se retrouvent confrontées à des difficultés financières lorsqu'il s'agit de subvenir à leurs besoins essentiels, de faire réparer leur voiture, d'entretenir leur logement, voire même de se procurer des biens de première nécessité.
Les économistes qualifient cette situation de montée en puissance des « milliardaires pauvres », une expression qui illustre la contradiction flagrante de l'économie iranienne actuelle : une société où la valeur apparente des biens a augmenté tandis que le pouvoir d'achat réel s'est effondré. Amir Hossein Khaleghi, économiste, déclarait le 14 mai au média d'État Fararu : « Nous sommes confrontés à une forme de pauvreté qui ne se mesure pas uniquement par les indicateurs de revenus ou de patrimoine. Un phénomène qui se révèle progressivement est l'émergence de milliardaires pauvres – des personnes qui semblent posséder des voitures ou des maisons, mais qui n'ont pas les moyens d'en assurer l'entretien, les réparations et les dépenses courantes. »
La flambée des prix de l'immobilier est l'un des principaux facteurs expliquant l'émergence de cette classe de milliardaires pauvres. Aujourd'hui, même un petit appartement à Téhéran vaut des dizaines de milliards de rials. Pourtant, nombre de propriétaires de ces logements disposent de revenus qui ne couvrent même pas leurs dépenses courantes.
On observe la même situation sur le marché automobile. Des voitures qui, il y a encore quelques années, figuraient parmi les moins chères du marché affichent désormais des prix se chiffrant en milliards de rials. Pourtant, leurs propriétaires peinent à payer l'assurance, les réparations, voire même le remplacement des pièces d'usure.
La crise économique a également touché les appareils électroménagers et les biens de consommation. De nombreuses familles n'ont plus les moyens de remplacer leurs appareils usés. La réparation d'un réfrigérateur, d'un lave-linge ou d'un climatiseur représente désormais une dépense importante pour une partie de la population.
Les experts affirment que le phénomène des milliardaires pauvres est la conséquence directe de l'inflation structurelle et de politiques économiques inefficaces. Dans ces conditions, l'augmentation de la valeur nominale des actifs non seulement ne génère pas de prospérité, mais exerce également une pression psychologique et économique accrue sur les individus.
L'érosion de la classe moyenne sous la pression de la crise
Alors que la pauvreté s'étend, la classe moyenne iranienne se réduit comme peau de chagrin. Ce groupe social, qui jouait autrefois un rôle important dans les activités culturelles, sociales et économiques, consacre désormais une part importante de ses revenus à sa seule survie.
De nombreux enseignants, ingénieurs, employés de bureau, médecins et autres professionnels, considérés il y a encore quelques années comme appartenant à la classe moyenne, sont aujourd'hui accablés par le coût du logement, de l'alimentation, des soins de santé et des transports. Le coût de la vie a tellement augmenté qu'une grande partie de la population n'a plus les moyens de participer aux activités culturelles et sociales.
Les économistes avertissent que la disparition de la classe moyenne expose toute société à de profondes crises politiques et sociales. Cette classe joue généralement un rôle d'équilibre et de réforme. Cependant, les pressions économiques l'ont rapprochée des classes populaires.
Parallèlement, de nombreux analystes évoquent l'émergence d'un état de suspension sociale en Iran – une situation créée par le régime dans laquelle la population n'a ni espoir en l'avenir ni perspective claire de changement.
L'impasse économique du régime
Les experts attribuent les racines de la crise actuelle à des décennies de corruption structurelle, de mauvaise gestion, de politiques inefficaces et de dépenses publiques excessives. L'inflation chronique, l'effondrement de la valeur de la monnaie nationale, les sanctions et les crises politiques ont plongé l'économie iranienne dans une situation où même les détenteurs de biens se sentent appauvris.
À ces problèmes s'ajoutent l'incertitude et les crises régionales qui ont plongé l'économie dans une profonde récession. De nombreuses entreprises demeurent dans l'incertitude et les consommateurs ont cessé leurs achats non essentiels.
Il convient de souligner qu'une structure qui, pendant des décennies, a dilapidé les ressources du pays dans la corruption, la répression et des projets politiques a conduit la société à un point où même la possession de biens ne garantit plus une vie de qualité. Dans ces conditions, des millions de citoyens peinent à subvenir à leurs besoins essentiels.
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