jeudi 7 mai 2026

Derrière la coupure d'Internet : le marché noir du régime iranien

 Les restrictions sévères imposées ces derniers mois aux communications, sous prétexte de guerre et de préoccupations sécuritaires, ont profondément modifié la structure économique et sociale de l'accès au cyberespace. La transformation de l'accès à Internet, d'un droit public en un privilège de classe, a engendré corruption, recherche de rentes et destruction de l'économie numérique du pays.

L’émergence de l’apartheid numérique et le concept de « pro d’Internet »

Plus de 69 jours après le blocage des artères vitales de la communication, un phénomène connu sous le nom d’« Internet Pro » a émergé. Au lieu de résoudre les problèmes d’infrastructure, cette nouvelle structure a de fait instauré une forme d’apartheid numérique à travers le pays. Il ne s’agit plus d’un simple filtrage. L’accès à Internet, qui devrait être un outil de développement, se vend désormais au marché noir à des prix exorbitants. Cette tendance illustre la transformation des services publics en privilèges réservés aux groupes riches et influents.

La distribution de la bande passante basée sur la location a laissé les universitaires et les intellectuels en difficulté derrière les vastes barrières de filtrage du régime.

Si la restriction d'accès est justifiée par des préoccupations de sécurité, alors l'accès différencié selon l'appartenance à une classe sociale revient en réalité à vendre la sécurité à certains candidats. Dès lors, comment le paiement de 600 millions de rials (environ 315 dollars) peut-il soi-disant éliminer les risques de sécurité pour une personne fortunée, alors que l'accès à Internet pour un étudiant ou un journaliste est toujours considéré comme une menace et reste bloqué ? Et ce, alors que le salaire mensuel d'un travailleur moyen atteint à peine 130 dollars. La fracture engendrée par cette discrimination pourrait bien devenir la plus grande menace pour la stabilité et la sécurité à long terme de la société.

Économie souterraine et crise du marché technologique

Parallèlement à cette fermeture prolongée, une économie souterraine corrompue s'est développée, s'attaquant directement aux moyens de subsistance et aux finances des citoyens. Les outils permettant de contourner les restrictions, autrefois peu coûteux, sont désormais vendus par lots pour un prix allant de 100 à 120 millions de rials (environ 53 à 63 dollars). Selon certaines sources, des citoyens dépensent jusqu'à 600 millions de rials par mois pour se procurer ces outils.

L'absence de contrôle sur ce marché a ouvert la voie à une exploitation accrue des utilisateurs. La situation sur le marché du matériel informatique et des téléphones mobiles est devenue catastrophique, les témoignages de terrain la qualifiant de véritable pillage. Le système de distribution actuel a pleinement facilité les abus commis par des intermédiaires ayant accès à des réseaux sans restriction.

Le régime iranien parle de soutenir les entreprises, mais il ignore totalement un principe économique fondamental. Même si le vendeur a accès à Internet, aucune transaction en ligne n'est possible tant que le client reste bloqué derrière des barrières de filtrage. Selon les statistiques officielles, environ 2 000 entreprises numériques ne pourront survivre qu'un à deux mois de plus dans ces conditions. La chute brutale des ventes sur les plateformes, de l'ordre de 40 à 70 %, a provoqué une onde de choc silencieuse dans l'économie numérique déjà fragile du pays, avec des conséquences potentiellement irréversibles.

Le déni institutionnel de responsabilité et l'avenir incertain d'Internet

Reza Olfat Nasab, président de l'Union des entreprises virtuelles, a déclaré le 3 mai qu'aucune autorité n'est spécifiquement chargée de la gestion d'Internet en Iran. Il a souligné qu'il n'est toujours pas clair avec quelle institution les acteurs économiques devraient négocier pour résoudre leurs problèmes. Selon lui, de nombreuses entreprises ont subi des baisses de chiffre d'affaires de 40 à 50 %, tandis que certaines ont complètement cessé leurs activités. Les réductions d'effectifs pouvant atteindre 60 % dans ces entreprises témoignent de l'ampleur de la crise du chômage qui touche les secteurs qualifiés de la société. Le mécontentement face aux politiques discriminatoires est à son comble parmi tous les acteurs de ce secteur.

Ehsan Chitsaz, vice-ministre des Communications du régime iranien, a annoncé le 2 mai que les décisions concernant ce réseau étaient prises en dehors du ministère. Parallèlement, Mohammad Hafez Hokmi, conseiller du ministre, a fait état de violations généralisées dans la mise en œuvre du programme dit d'accès spécial. Il estime que des irrégularités et des malversations ont eu lieu durant le processus, entraînant la création d'un marché noir de la revente de quotas d'accès. Ces déclarations interviennent après la révélation que des accès internet destinés aux entreprises avaient été vendus illégalement à des particuliers.

Le ministère des Communications affirme n'avoir ni conçu ces restrictions ni autorisé les programmes d'accès sélectif. Selon les autorités, les autorisations initiales visaient uniquement à garantir la continuité des services des entreprises en période de crise et à prévenir toute interruption. Cependant, des articles publiés par des sites web spécialisés en technologie indiquent que le dispositif a donné lieu à un marché noir pour la revente de quotas internet destinés aux entreprises.

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