mercredi 27 mai 2026

Crise de l'eau en Iran : des décennies de mauvaise gestion menacent désormais des millions de personnes

 Alors que les réservoirs s'assèchent et que les grandes villes sont confrontées à un grave stress hydrique, les dirigeants iraniens continuent de se décharger de leurs responsabilités sur les citoyens au lieu de faire face à des décennies de destruction environnementale et de politiques inefficaces.

La crise de l'eau qui s'aggrave en Iran n'est plus un lointain avertissement environnemental. Elle constitue désormais une menace immédiate pour la santé publique, la sécurité alimentaire, la stabilité économique et la survie de millions d'habitants des plus grandes agglomérations du pays. Pourtant, malgré des années d'alertes croissantes, le pouvoir en place persiste à nier le problème, à le contourner et à exiger des « sacrifices » de la population plutôt que d'entreprendre de véritables réformes structurelles.

De récentes déclarations de responsables des agences météorologiques et de gestion de l'eau iraniennes révèlent l'ampleur de la crise qui frappe actuellement le pays. Les autorités ont mis en garde contre une grave pénurie d'eau à Téhéran, Karaj, Mashhad, Saveh et Arak, tandis que les chiffres officiels montrent qu'un tiers de la capacité des barrages du pays reste vide malgré l'augmentation des précipitations dans certaines régions d'Iran.

La contradiction elle-même est révélatrice.

Bien que les autorités affirment que les précipitations moyennes nationales ont atteint, voire légèrement dépassé, les normes à long terme cette année, leur répartition inégale, les défaillances des infrastructures, la dégradation de l'environnement et une mauvaise gestion chronique ont rendu de vastes régions du pays dangereusement vulnérables. La crise ne se limite plus aux précipitations ; elle est avant tout un problème de gouvernance.

Ahad Vazifeh, directeur du Centre national du climat et de l'Organisation de gestion des crises, a reconnu que les habitants de plusieurs grandes villes pourraient être confrontés à des pénuries d'eau potable s'ils ne réduisent pas drastiquement leur consommation. Selon ses déclarations, Téhéran n'a reçu que 155 millimètres de précipitations durant l'année hydrologique actuelle, bien en deçà de la moyenne provinciale de 250 millimètres.

Plus alarmant encore, Téhéran aurait enregistré un déficit pluviométrique de 38 % cette année, après avoir déjà subi un déficit de près de 50 % lors du cycle hydrologique précédent. Ces pénuries successives exercent une pression énorme sur les réservoirs, les nappes phréatiques et les infrastructures urbaines déjà fragilisées.

Pourtant, les responsables continuent de présenter la crise principalement comme un problème d'habitudes de consommation publique.

Ce récit ignore les principaux facteurs à l'origine de l'effondrement environnemental de l'Iran : des décennies de construction inconsidérée de barrages, une extraction non durable des eaux souterraines, la destruction des zones humides, des politiques agricoles à motivation politique, la corruption au sein des projets de développement contrôlés par l'État et l'absence de planification des ressources à long terme.

Les statistiques officielles du régime révèlent la gravité du déséquilibre. Malgré une augmentation de 72 % des apports d'eau aux barrages durant l'année hydrologique actuelle, environ 33 % de la capacité des réservoirs nationaux demeure inutilisée. Les experts avertissent que l'irrégularité des précipitations et la mauvaise gestion des ressources continuent de compromettre la sécurité hydrique du pays.

Parallèlement, la crise menace désormais directement le secteur agricole et l'approvisionnement alimentaire de l'Iran.

Peyman Alami, président de la Chambre de commerce des agriculteurs, a averti que les coupures d'électricité répétées affectant les puits agricoles pourraient réduire la production agricole de 25 à 30 %. Chaque coupure de courant entraînerait un gaspillage de près d'une heure d'eau d'irrigation, ce qui mettrait encore plus à rude épreuve des réserves d'eau souterraines déjà épuisées.

Cela reflète une autre contradiction structurelle au sein du système d'infrastructures défaillant de l'Iran : une crise énergétique intensifie désormais la crise de l'eau, ce qui à son tour aggrave l'insécurité alimentaire et l'instabilité économique.

Même des responsables de la Société iranienne de gestion des ressources en eau reconnaissent qu'au moins douze provinces continuent de recevoir des précipitations inférieures à la moyenne, malgré l'augmentation des précipitations à l'échelle nationale. Des provinces comme Qom, Semnan, Markazi, Yazd, Ispahan, et même certaines parties de Gilan, restent confrontées à une situation critique.

La répartition temporelle et géographique des précipitations est devenue de plus en plus irrégulière – un phénomène intensifié par le changement climatique, mais considérablement aggravé par une mauvaise planification étatique et une négligence environnementale.

Pourtant, au lieu de présenter une stratégie nationale globale, les responsables du régime se déchargent systématiquement de leur responsabilité sur les citoyens ordinaires.

Ces derniers mois, de hauts responsables du gouvernement iranien ont multiplié les appels à une « économie maximale » d’eau, d’électricité, de gaz et de carburant. Le président du régime, Massoud Pezeshkian, a récemment averti que la crise s’aggraverait si la population ne réduisait pas sa consommation.

Mais inciter les citoyens à consommer moins tout en ignorant les causes structurelles du désastre est devenu une pratique courante dans le modèle de gouvernance de la République islamique. Les difficultés rencontrées par la population ne sont pas perçues comme la preuve d'un échec politique, mais comme un fardeau que la société doit assumer.

De plus en plus de critiques, tant en Iran qu'à l'étranger, affirment que le gouvernement ne dispose d'aucun plan cohérent ni efficace pour faire face à la crise. Au lieu de cela, les autorités continuent de s'appuyer sur des restrictions temporaires, des avertissements publics et des appels à l'aide d'urgence, tout en se soustrayant à toute responsabilité pour des décennies de destruction de l'environnement et de mauvaise gestion des ressources.

La crise de l'eau en Iran représente donc bien plus qu'un simple défi technique ou climatique. Elle est le fruit d'un système politique qui a privilégié les projets idéologiques, les réseaux de corruption et la survie à court terme au détriment d'un développement national durable.

Les conséquences sont désormais visibles partout : diminution des réserves d'eau, effondrement de l'agriculture, migrations forcées, dégradation de l'environnement, insécurité alimentaire et méfiance croissante du public.

Un pays confronté à un stress hydrique chronique ne peut se permettre une gouvernance fondée sur le déni et l'improvisation. Or, c'est précisément la réalité à laquelle sont confrontés aujourd'hui des millions d'Iraniens.

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