Le manque d'investissement contraint les entreprises à réduire leur capacité de production, puis à licencier du personnel, et enfin à fermer leurs portes. Les rapports publiés ces derniers mois illustrent clairement cette spirale infernale.
Les investissements se sont arrêtés, le chômage a commencé.
D'après les données publiées, la formation brute de capital fixe a chuté de 4,3 % entre mars et septembre 2025. Ce recul se traduit par un arrêt des nouveaux projets, une dégradation du parc de machines, un ralentissement du secteur de la construction et une destruction de capacités de travail. Les investissements dans les machines, qui étaient en croissance, ont également reculé de 2,5 %, tandis que les investissements dans la construction sont eux aussi passés en territoire négatif.
Cette tendance a directement affecté le marché du travail. À l'été 2025, le nombre de personnes employées dans le pays a diminué d'environ 171 000, tandis que la population inactive a augmenté de plus d'un million. Cela signifie qu'une large partie de la population n'a plus d'espoir de trouver un emploi et s'est retirée du cycle économique.
L'effondrement des investissements dans l'économie iranienne ne résulte pas uniquement des sanctions ou de la guerre. La crise est plus profonde que ces explications simplistes. Au fil des ans, la structure économique contrôlée par le régime iranien, par le biais d'une corruption systémique, d'une économie de rente, de la répression du véritable secteur privé et de l'instabilité politique, a anéanti toute motivation à investir. Le capital se développe dans un environnement où règnent la sécurité juridique, la stabilité économique et la prévisibilité – des éléments qui ont depuis longtemps disparu de l'économie iranienne.
Les rapports concernant les industries du pays indiquent qu'environ 80 % des unités de production ont subi une baisse d'activité. De nombreuses usines ont procédé à des licenciements en raison de pénuries de matières premières, de perturbations des exportations, de coupures d'énergie et de crises de liquidités. Cette situation ne se limite pas à l'industrie ; l'agriculture a également été touchée par l'effondrement du secteur.
Dans le secteur agricole, les producteurs qui cultivaient depuis des années des produits destinés à l'exportation sont aujourd'hui confrontés à l'effondrement des prix et à la fermeture des marchés étrangers. Les agriculteurs qui considéraient autrefois la production comme rentable préfèrent désormais louer leurs terres. Lorsque les revenus locatifs dépassent les revenus de la production, l'économie productive n'est plus en mesure de survivre.
Une économie usée, en proie à l'inflation et à l'incertitude
L'effondrement des investissements est impossible sans inflation chronique. En Iran, l'inflation dépassant les 60 % a non seulement anéanti le pouvoir d'achat de la population, mais a également rendu impossible toute planification économique. Un investisseur ne se lance dans la production que lorsqu'il est capable d'anticiper les coûts, les taux de change et les marchés futurs.
Cette situation engendre une spéculation croissante et un affaiblissement de la production. Au lieu d'être investis dans les usines et l'industrie, les capitaux se dirigent vers les marchés des changes, l'or, l'immobilier et les activités de courtage. Dans ce contexte, les véritables producteurs deviennent les victimes des politiques de recherche de rente et d'inflation du régime iranien.
La crise énergétique est également devenue l'un des principaux facteurs de la destruction des investissements. De graves déséquilibres entre l'approvisionnement en électricité et en gaz ont contraint de nombreuses usines à fonctionner à mi-capacité, voire à fermer temporairement. Comment un producteur confronté quotidiennement à des coupures de courant et à des restrictions de gaz peut-il envisager de développer son activité ?
Dans le même temps, le réseau bancaire a de fait cessé de jouer son rôle de moteur de développement. Bien que le volume des prêts bancaires ait augmenté, la majeure partie de ces ressources sert à rembourser les dettes antérieures ou à couvrir les dépenses courantes. Les banques ne sont plus des moteurs d'investissement ; elles sont devenues de simples mécanismes destinés à prévenir la faillite des entreprises endettées.
Par ailleurs, la forte réduction des dépenses de développement montre que le régime iranien a même perdu la capacité d'investir dans le secteur public. La part du budget consacrée au développement est tombée à environ 4,6 %, un chiffre qui témoigne de la paralysie des projets d'infrastructure et de développement. Sans investissement dans les infrastructures, le secteur privé n'a lui non plus aucune perspective de croissance.
L'effondrement des moyens de subsistance dans une économie de recherche de rente
La conséquence ultime de l'effondrement des investissements est la destruction des moyens de subsistance des ménages. Le chômage généralisé, la baisse des revenus réels et une inflation galopante ont rapidement réduit la classe moyenne et transformé la pauvreté en un phénomène répandu.
Il s'agit du même cycle que les économistes décrivent comme une récession généralisée — une situation dans laquelle la crise se propage d'un secteur à l'ensemble de la société.
Le Centre de recherche du Majlis (Parlement) a également reconnu que la croissance économique avait fortement chuté avant même la récente guerre. Les coupures d'Internet, la crise énergétique, l'incertitude politique et les problèmes de financement ont entraîné une récession dans les secteurs des services et de l'agriculture. Ce constat révèle que les racines de la crise économique iranienne ne résident pas uniquement dans les tensions extérieures, mais dans une structure politique et économique dégradée, incapable d'assurer la stabilité et le développement.
Au fil des ans, le régime iranien a détruit les fondements du développement économique en réprimant les institutions indépendantes, en développant une économie de rente et en privilégiant les objectifs politiques et sécuritaires.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire