Ingénierie de la terreur dans le contexte de l’apartheid de genre
Les récents mouvements de protestation, en particulier le soulèvement de 2026, ont visé le talon d’Achille de la structure du pouvoir : le rôle pionnier et dirigeant des femmes en Iran. En réponse à ce choc fondamental, les appareils sécuritaires et judiciaires ont lancé une vague élargie de suppression systématique des femmes en Iran en intensifiant et en accélérant, d’une manière sans précédent, les outils répressifs déjà existants.
Cette stratégie agressive possède une structure à plusieurs niveaux. D’un côté, les tribunaux révolutionnaires cherchent à exercer des représailles politiques et à étouffer la voix de la société en prononçant des condamnations à mort contre des femmes militantes et manifestantes. De l’autre, la machine des exécutions dans le secteur des crimes de droit commun cible des femmes victimes de fléaux sociaux : des épouses mariées enfants et victimes de violences conjugales ayant agi en état de légitime défense en tuant leur mari, jusqu’aux femmes démunies et plongées dans la pauvreté qui, sous l’influence de réseaux de contrebande liés à des institutions puissantes, finissent condamnées à mort dans des affaires de stupéfiants.
Par ces deux bras parallèles, le régime a doté l’intimidation publique des mécanismes judiciaires les plus sévères.
Aujourd’hui, le premier front de résistance face à cette offensive se trouve dans les quartiers féminins des prisons, où la résistance des femmes nourrit les campagnes anti-exécutions les plus influentes. Dans cet article, nous analysons les dimensions flagrantes de la suppression systématique des femmes en Iran à travers plusieurs axes :
- la menace d’exécution des condamnations à mort visant des femmes politiques et protestataires ;
- l’augmentation des statistiques d’exécutions de femmes condamnées pour des délits ordinaires en 2026 ;
- la situation critique des prisonnières politiques sous pression ;
- l’intensification des mesures destinées à briser la campagne « Les mardis contre les exécutions » ;
- et enfin, l’escalade ciblée de la machine répressive contre les dissidentes religieuses, notamment les femmes bahaïes.
L’offensive judiciaire des tribunaux révolutionnaires : des femmes sous l’ombre des condamnations à mort
L’appareil sécuritaire et judiciaire de la République islamique utilise une série de condamnations à mort prononcées avant le soulèvement, ainsi que les dossiers des personnes arrêtées après le soulèvement de 2026, comme outil d’intimidation publique destiné à briser la volonté des femmes qui ont été à l’avant-garde des transformations sociales.
L’examen documenté des affaires en cours révèle que le pouvoir judiciaire, s’appuyant sur des accusations vagues telles que « rébellion armée » et « inimitié envers Dieu » devant les tribunaux révolutionnaires, utilise concrètement la peine de mort comme instrument de répression et de représailles politiques contre les femmes militantes et manifestantes, aussi bien dans l’exécution d’anciennes condamnations que dans le prononcé de nouvelles peines.
À la tête de ce processus organisé se trouvent des juges tels qu’Iman Afshari (président de la 26e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran) et Abolghassem Salavati (président de la 15e chambre), principaux acteurs de cette machine judiciaire d’exécution.
La condamnation à mort prononcée en avril 2026 contre Maryam Hadavand, fondée sur des aveux forcés obtenus sous la torture et sans la présence d’un avocat choisi librement, ainsi que la peine infligée à Zahra Shahbaz Tabari, citoyenne de 67 ans, lors d’un procès de dix minutes tenu par visioconférence en son absence (présidé par le juge Ahmad Darvish Goftar le 25 octobre 2025), constituent parmi les exemples les plus flagrants de terreur judiciaire.
Le régime est même allé jusqu’à assimiler l’aide civile et médicale apportée aux manifestants blessés — comme le fait pour Mahboubeh Shabani d’avoir aidé des protestataires blessés à moto à Mashhad — au crime de Moharebeh (« guerre contre Dieu »), afin de maximiser l’intimidation publique.

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