En Iran, des millions de travailleurs voient chaque mois une partie de leurs salaires, déjà insuffisants, déduite pour l'assurance et la couverture médicale. Pourtant, aujourd'hui, nombre d'entre eux se retrouvent abandonnés à leur sort lorsqu'ils tombent malades, errant entre pharmacies et centres de soins sans avoir accès aux services de santé les plus élémentaires.
La crise croissante liée à l'éligibilité aux soins au sein de l'Organisation iranienne de la sécurité sociale est devenue l'un des problèmes les plus graves auxquels sont confrontés les travailleurs et les citoyens assurés du pays. Cette crise ne résulte pas d'un défaut de paiement des cotisations par les travailleurs, mais plutôt de lois contradictoires, de dysfonctionnements bureaucratiques, de lenteurs administratives et d'une infrastructure numérique défaillante, autant de facteurs qui, en fin de compte, pénalisent les plus vulnérables.
Selon le journal d'État Tose'e Irani , l'article 39 de la loi iranienne sur la sécurité sociale accorde aux employeurs un délai de 30 jours pour soumettre les listes d'assurés du mois précédent sans pénalité. Or, le système de santé de la sécurité sociale ne reconnaît l'éligibilité aux soins d'un travailleur que pendant 45 jours après le dernier versement enregistré. Cette incohérence juridique plonge des milliers de travailleurs dans un vide administratif, précisément au moment où ils ont besoin de soins médicaux urgents.
Cette contradiction révèle une réalité brutale au sein du système de travail iranien : les travailleurs continuent de payer le prix de retards et de défaillances qui sont totalement indépendants de leur volonté.
Ehsan Sohrabi, militant syndical et ancien membre du Comité technique de protection du ministère du Travail, a récemment déclaré que les travailleurs constituent « le groupe le plus rigoureux financièrement au sein du système de sécurité sociale ». Sept pour cent du salaire de chaque travailleur sont automatiquement déduits chaque mois pour les cotisations d'assurance, tandis que les travailleurs eux-mêmes n'ont aucun pouvoir sur le retard éventuel des employeurs dans le versement des cotisations officielles.
Pourtant, malgré cela, les travailleurs sont les premiers à être sanctionnés lorsque l'admissibilité au traitement est suspendue.
Les conséquences sont encore plus graves pour les patients atteints de maladies chroniques. Ces dernières semaines, de nombreux patients diabétiques se rendant en pharmacie ou en centre de soins se seraient vu notifier la suspension de leur couverture d'assurance, les empêchant ainsi de recevoir leurs médicaments.
Pour un travailleur dépendant de l'insuline, de médicaments pour le cœur ou de services médicaux d'urgence, même une interruption temporaire de sa couverture d'assurance peut constituer une menace directe pour sa survie.
La cruauté de cette situation réside dans le fait que, juridiquement parlant, les employeurs peuvent encore respecter leurs délais de paiement officiels alors que les travailleurs se voient déjà refuser des soins.
Les militants syndicaux estiment que le délai d'éligibilité aux soins devrait être porté à au moins 60 jours afin de respecter les délais légaux imposés aux employeurs. Faute de quoi, les travailleurs sont contraints de payer de leur santé, voire de leur vie, les conséquences des dysfonctionnements bureaucratiques et des retards des employeurs.
Mais la crise va bien au-delà des conflits de délais légaux.
Les pannes répétées du système de sécurité sociale en ligne iranien sont devenues un véritable cauchemar quotidien pour les travailleurs. Partout dans le pays, les patients qui se rendent dans les pharmacies ou les cliniques entendent de plus en plus souvent la même phrase : « Le système est hors service. »
En cas de panne du système électronique, les ordonnances numériques ne peuvent être traitées. Les travailleurs sont alors contraints soit de payer le prix fort pour les médicaments — souvent impossible dans le contexte de l'effondrement de l'économie iranienne —, soit de quitter leur domicile sans se faire soigner.
Pour de nombreux travailleurs iraniens qui peinent déjà à subvenir à leurs besoins essentiels en nourriture et en logement, même de brèves interruptions des services médicaux peuvent plonger les familles encore plus profondément dans la catastrophe.
Les travailleurs décrivent de plus en plus le système comme fondamentalement déséquilibré. Les autorités de la sécurité sociale restent extrêmement strictes quant au recouvrement des cotisations d'assurance, pourtant, le moindre dysfonctionnement administratif entraîne immédiatement la suspension des services médicaux.
De nombreux sont ceux qui pensent aujourd'hui que le système de santé iranien ne fonctionne plus comme une protection sociale pour les travailleurs, mais plutôt comme un mécanisme de pression supplémentaire contre la classe ouvrière du pays.
La crise devient encore plus douloureuse pour les travailleurs qui approchent de l'âge de la retraite.
Selon les procédures actuelles, une fois l'admissibilité à la retraite confirmée, les travailleurs sont tenus de quitter leur emploi immédiatement. Cependant, l'établissement des décisions définitives concernant la retraite peut prendre des mois. Durant cette période administrative, de nombreux retraités se retrouvent de fait privés d'accès aux services de santé.
Cela se produit précisément à un stade de la vie où les soins médicaux deviennent plus essentiels que jamais.
Des militants syndicaux signalent que le délai entre la cessation d'emploi et l'obtention de la pension définitive peut atteindre quatre mois. Pendant ces quatre mois, les travailleurs âgés se retrouvent souvent sans revenu stable, sans sécurité d'emploi et sans accès aux soins médicaux, pris au piège d'interminables files d'attente administratives.
Ce qui se déroule aujourd'hui au sein du système de sécurité sociale de l'establishment clérical au pouvoir n'est pas simplement un dysfonctionnement administratif ou une négligence technique. C'est le reflet d'une structure plus vaste qui ne cesse de faire peser le fardeau des crises, de la corruption et de l'inefficacité sur les travailleurs et les plus démunis.
Il en résulte un système dans lequel ceux qui ont passé des décennies à payer des primes d'assurance se voient désormais refuser l'un des droits humains les plus fondamentaux en cas de maladie et de vieillesse : l'accès aux soins médicaux.
Dans l’Iran d’aujourd’hui, même le système de santé est devenu un autre domaine où les citoyens ordinaires subissent les conséquences d’une défaillance systémique.

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