En Iran, la pauvreté et la malnutrition ne sont plus des fléaux circonscrits aux quartiers défavorisés, aux chômeurs, aux ouvriers ou aux populations rurales. Sous l’effet des politiques dévastatrices de la dictature, enseignants et infirmiers sombrent dans l’extrême pauvreté, tandis que médecins et ingénieurs peinent eux-mêmes à joindre les deux bouts, tenaillés par l’angoisse quotidienne des dépenses élémentaires.
L’explosion des coûts du logement, des soins, de l’éducation et des denrées alimentaires touche désormais de plein fouet la classe laborieuse, les retraités, les ruraux, les femmes chefs de famille et les pluriactifs, précipitant une grande partie de la classe moyenne dans la précarité.
Dans cette crise, les femmes, frappées par une discrimination de genre institutionnalisée par la loi, et les enfants demeurent les plus vulnérables. Le développement physique et intellectuel des plus jeunes se retrouve sacrifié face à la vacuité des tables, tandis que les mères assument la charge d’emplois précaires et mal rémunérés, tout en portant le fardeau non rémunéré du soin de leur famille.
L’aveu officiel d’une malnutrition généralisée
Les preuves de ce désastre apparaissent jusque dans les rapports officiels et proches du pouvoir. Le 3 août 2026, l’agence Mehr, citant le vice-ministre des Affaires sociales et économiques du ministère du Travail, rapportait que plus de 262 000 enfants âgés de cinq à 59 mois souffraient de malnutrition. Le site Donya-e Eghtesad révélait également le 9 juillet 2026 que plus de 180 000 enfants de moins de cinq ans étaient malnutris.
Ces statistiques ne recensent que les personnes identifiées par les programmes publics. Des millions d’enfants vivant dans les banlieues défavorisées, les zones rurales ou dépourvus de papiers d’identité n’entrent jamais dans les programmes de dépistage du régime. Néanmoins, ces données partielles suffisent à démontrer que la malnutrition infantile n’a plus rien d’un signal d’alarme marginal.
L’extension du programme de chèques-alimentaires électroniques [1] témoigne de la même réalité. Le 18 août 2026, Iran Online indiquait que le nombre de personnes éligibles aux chèques-alimentaires était passé de près de 72,5 millions à 87,5 millions d’individus. Ce chiffre prouve que le besoin d’aide pour couvrir les dépenses alimentaires de base ne concerne plus une minorité pauvre, mais frappe désormais la quasi-totalité de la population.
Ces aveux traduisent l’abîme qui se creuse entre les revenus des ménages et le simple coût de la survie. En pratique, ces mesures ne représentent que de menues aumônes en rials distribuées au public, financées sur fond de détournements massifs en devises des richesses nationales par divers moyens.
Flambée des prix, privations et banalisation de la faim
Le 23 septembre 2026, le journal Arman-e Emrooz classait l’Iran au 90e rang sur 167 pays en matière d’indice de sécurité alimentaire.
Le 22 septembre 2026, Tose’e Irani rapportait que l’inflation annuelle sur les produits alimentaires et les boissons avait atteint 127,5 % en août. Le coût de la collation d’un écolier absorbe à lui seul environ 24 % du salaire mensuel d’un ouvrier.
Le 5 juin 2026, le site Tabnak décrivait le dénuement grandissant des foyers face à la hausse vertigineuse du prix des produits de première nécessité, s’appuyant sur les chiffres de l’institut statistique officiel. En un seul mois, le prix des œufs a grimpé de 45,2 %, le poulet de 25 %, l’huile végétale solide de 16,7 % et l’huile de cuisson liquide de 15,5 %. Le même rapport évaluait l’inflation annuelle à 431,3 % pour l’huile solide, 342,9 % pour les œufs et 287,4 % pour le poulet.
Pour de nombreux foyers, bannir la viande, le poulet, les fruits et les produits laitiers du régime alimentaire est devenu une réalité quotidienne.
Une enquête publiée par Fararu le 14 septembre 2026, citant Tose’e Irani, livrait des témoignages poignants issus des quartiers populaires de Mokhtari, Shush et Darvazeh Ghar. Les habitants achètent le pain à crédit, font la queue pour récupérer des morceaux de poulet jetés ou constatent la baisse des ventes de produits laitiers, les commerçants n’ayant plus les moyens d’accorder des crédits aux clients. Ce ne sont pas là les signes d’une société au bord d’une famine classique, mais les signes d’une faim devenue ordinaire dans un pays où la nourriture est disponible sur le marché, tout en restant inabordable pour des millions de personnes.
Le 10 septembre 2026, le journal Siyasat-e Rooz publiait un reportage intitulé « Téhéran : où même avoir un travail ne garantit plus d’échapper à la pauvreté ». L’article évaluait le seuil de pauvreté national à environ 32 millions de tomans et celui de Téhéran à 62,5 millions de tomans, face à un salaire minimum pour un ouvrier marié fixé aux alentours de 24 millions de tomans.
Dans des rapports sociaux publiés en 2025 et 2026, l’agence ILNA soulignait également l’écart abyssal entre les salaires et le coût des dépenses de subsistance. L’estimation du panier de subsistance d’un foyer s’élevait à 71,3 millions de tomans en mai 2026, avant de bondir à 90 millions de tomans en août de la même année.
Dans de telles conditions, avoir un emploi ne signifie plus échapper à la pauvreté. De nombreux ménages comptent sur un second emploi, des heures supplémentaires, l’emprunt ou la vente de leurs biens. D’autres réduisent leurs dépenses de nourriture, de santé et d’éducation simplement pour arriver à la fin du mois.
En septembre 2026, le journal proche du pouvoir Siyasat-e Rooz écrivait que la question n’était pas seulement une affaire de salaires, mais de pouvoir d’achat de millions de foyers. Si le salaire minimum des travailleurs a connu une hausse de 60 % en 2026, l’inflation annuelle en août s’établissait à environ 89 %, tandis que l’inflation pour l’alimentation et les boissons dépassait 127 %.
Pour une femme chef de famille, au chômage ou dépendant du travail informel, le défi dépasse largement les chiffres sur le papier. Chaque jour, elle doit faire face au prix de la viande, du poulet, du riz, des produits laitiers, du loyer, des médicaments, des transports et de la scolarité de ses enfants, luttant pour répondre aux besoins les plus élémentaires de sa famille.
Femmes et enfants : victimes de la pauvreté
Dans cette crise, les femmes sont à la fois victimes de la pauvreté et les piliers invisibles de la survie de la famille. Dans un rapport intitulé « Le taux de participation économique des femmes est de seulement 13,4 % », Farhikhtegan Online révélait que le taux de chômage des femmes s’élevait à environ 15 %, soit près du double de celui des hommes, et que 64 % de l’emploi féminin en 2025 était concentré dans le secteur des services.
Le 27 août 2026, Eghtesad24 publiait un reportage sur les travailleuses saisonnières de Saqqez et Bukan, montrant comment des femmes sont contraintes d’accepter des emplois difficiles et précaires, sans soutien adéquat, pour compenser le manque de revenus du foyer. Ces emplois sont suivis d’une deuxième journée de travail non rémunérée à la maison.
Les données du Centre de données d’ONU Femmes pour l’Iran, actualisées en 2025, indiquent également que les femmes et les jeunes filles âgées de 15 ans et plus consacrent 22,5 % de leur temps au travail domestique et de soin non rémunéré, contre seulement 4,5 % pour les hommes.
Pour les femmes, la pauvreté signifie donc bien plus qu’une baisse de revenus. Elle signifie l’épuisement physique, l’exclusion de l’emploi stable, la dépendance économique, la charge du soin de la famille, une angoisse permanente pour l’avenir de leurs enfants et des souffrances qui restent invisibles dans les statistiques officielles.
Pour les enfants, la pauvreté d’aujourd’hui peut devenir la privation de demain. La malnutrition dès les premières années de la vie peut entraîner des lésions cérébrales, des incapacités et la perpétuation d’une pauvreté intergénérationnelle.
Un rapport publié par Hamvatan le 2 septembre 2026 soulignait le lien entre les difficultés financières et la scolarisation, citant des rapports nationaux qui évaluaient le nombre d’enfants non scolarisés à 919 855. Lorsque les familles sont contraintes de choisir entre le loyer, le pain, les médicaments, les vêtements d’école et les coûts cachés de l’éducation, les enfants perdent bien plus qu’un repas. Ils perdent aussi leurs perspectives d’avenir. Les filles sont particulièrement vulnérables parce que les lois régissant l’Iran les définissent comme dépendantes des hommes dans presque tous les domaines, les plaçant parmi les personnes les plus exposées au risque d’être privées d’éducation.
La part du régime dans le budget et la table de la population
Alors que les réserves alimentaires des foyers continuent de réduire, la question centrale concerne les priorités du gouvernement. Au lieu de créer des emplois et de réduire l’écart entre les revenus et le coût de la vie, le régime se réfugie dans des programmes de chèques-alimentaires et de paniers repas gratuits, tout en orientant les ressources du pays vers des programmes balistiques et nucléaires, l’extension de son influence régionale et le soutien à des forces par procuration.
Au sein de la structure budgétaire, les institutions militaires et sécuritaires reçoivent systématiquement une part importante des ressources publiques, tandis que les salaires, les retraites, les chèques-alimentaires, l’éducation, la santé et le soutien aux femmes et aux enfants restent à la traîne de l’inflation. C’est là que le budget du pouvoir s’accroît à mesure que le budget consacré à la vie de la population se réduit. Les missiles et les projets sécuritaires progressent, tandis que le lait, les œufs, le pain, la viande, les médicaments et les fournitures scolaires s’éloignent un peu plus de la portée de millions de familles.
Il apparaît dès lors évident que la pauvreté et la faim en Iran aujourd’hui ne sont pas des catastrophes naturelles, mais les conséquences d’une série de choix politiques, économiques et budgétaires délibérés. Tant que les ressources du pays seront orientées vers les démonstrations de force, la répression, les programmes nucléaires et balistiques et les réseaux régionaux plutôt que vers le bien-être de sa population, aucun programme de chèques-alimentaires ne pourra restaurer la sécurité alimentaire.
Le droit à l’alimentation, le droit des enfants de grandir et de se développer, le droit des femmes et des hommes de vivre dans la dignité, ainsi que le droit de vivre à l’abri de la pauvreté sont des droits fondamentaux. Dans un pays riche comme l’Iran, garantir ces droits constitue une responsabilité gouvernementale de base et l’une des conditions les plus fondamentales de la légitimité politique.
Aucun gouvernement illégitime ne durera éternellement. La date d’expiration de la dictature religieuse, issue du Moyen Âge et projetée dans l’ère des communications, était déjà dépassée lorsqu’elle a pris le pouvoir. Pourtant, les femmes et les jeunes courageux d’Iran, dont la bravoure et la détermination s’incarnent dans les Unités de résistance et les forces rebelles du soulèvement, font l’admiration des gens du monde entier. Ils tourneront bientôt cette page de l’histoire.
Légende
[1] Chèques-alimentaires électroniques : Crédit d’achat mensuel destiné à couvrir une partie des besoins alimentaires essentiels d’un foyer. Dans le cadre du programme actuel, une somme de 1 million de tomans par personne et par mois est allouée. Ce crédit peut être utilisé pour acheter des articles tels que le riz, l’huile de cuisson, le poulet, la viande rouge, les œufs, le lait, le yaourt, le fromage, les légumineuses, les pâtes, le sucre et, lors de certaines phases, des fruits et légumes. Aux prix actuels du marché, par exemple, un chèque-alimentaire de 1 million de tomans permet seulement d’acheter environ 55 œufs. Rien de plus.

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