La récente convergence de la guerre et de la diplomatie a marqué la fin d'un chapitre important de la crise politique iranienne. Une période d'incertitude, suspendue entre confrontation militaire et négociations, est révolue. L'avenir révélera les calculs des puissances régionales, des acteurs internationaux et des courants politiques iraniens concurrents.
Une conclusion se dessine déjà.
De même que la guerre a bouleversé la dynamique politique et sociale en Iran, les développements diplomatiques qui en découleront pourraient avoir des conséquences tout aussi importantes. Leurs implications dépassent le cadre du pouvoir en place et touchent les aspirations futures de millions d'Iraniens en quête de liberté, de démocratie et de souveraineté nationale.
L’effondrement de l’illusion de la libération par la guerre
Parmi les grands perdants politiques de cette période figurent ceux qui considéraient la guerre comme un moyen de changement de régime.
Pendant des mois, certaines voix ont propagé l'idée que la liberté pourrait être instaurée en Iran par une intervention militaire étrangère. Cet argument a été particulièrement bien accueilli par les cercles monarchistes proches de Reza Pahlavi, dont beaucoup encourageaient ouvertement une confrontation militaire qui, selon eux, leur permettrait de retrouver une influence politique.
Le postulat de départ était erroné dès le départ.
L'Iran n'est pas une nation qui attend un salut étranger. Depuis plus d'un siècle, des générations d'Iraniens luttent pour un gouvernement constitutionnel, les libertés politiques et l'indépendance face à la tyrannie intérieure et à la domination étrangère. La lutte contre la dictature est profondément enracinée dans la société iranienne et ne saurait être déléguée à des gouvernements étrangers, à des campagnes militaires ou à des calculs géopolitiques.
Les événements récents ont mis en évidence cette réalité.
Au lieu d'engendrer une transformation démocratique, la guerre a apporté des souffrances supplémentaires aux Iraniens ordinaires tout en laissant intactes les structures fondamentales de la répression.
Le régime a exploité la crise
Alors que l'attention internationale se concentrait sur les développements militaires et les négociations diplomatiques, le régime iranien continuait de mettre en œuvre l'une de ses plus anciennes stratégies de survie : la répression.
Durant le conflit et ses suites, les autorités ont intensifié les exécutions et la répression contre les prisonniers politiques, les dissidents et les militants. Le régime a cherché à exploiter la crise pour éliminer ses opposants et intimider la société, à un moment où l'attention internationale était détournée.
La réaction discrète d'une grande partie de la communauté internationale s'est également révélée tout aussi révélatrice.
Malgré les vives inquiétudes suscitées par l'escalade militaire, les violations des droits humains perpétrées par le régime ont été largement ignorées. Une fois de plus, le schéma qui caractérise depuis des décennies la politique occidentale à l'égard de Téhéran s'est manifesté : les considérations stratégiques priment souvent sur les droits et les aspirations du peuple iranien.
Cette approche a résisté à plusieurs gouvernements successifs et à de nombreuses crises internationales. Qu’elle soit présentée comme une démarche d’engagement, de diplomatie ou de stabilité régionale, le résultat a souvent été le même : une réticence à s’attaquer à la répression intérieure du régime.
Ni la guerre ni l'apaisement
Les enseignements de ces derniers mois remettent en question deux approches inefficaces qui ont longtemps dominé les discussions sur l'Iran.
La première est l'illusion que l'intervention militaire étrangère peut instaurer la démocratie. La seconde est la conviction que des compromis et des concessions peuvent modérer un régime dont la survie repose sur la répression et l'agression régionale.
Les deux stratégies ont échoué à maintes reprises.
Dans une récente déclaration, Maryam Rajavi a souligné que toute évolution susceptible de mettre fin à la guerre et d'alléger les souffrances du peuple iranien devait être saluée. Parallèlement, elle a affirmé que le soutien à la poursuite du conflit provenait principalement de deux camps dont l'avenir politique repose sur la crise et la confrontation : la théocratie au pouvoir et les partisans de la restauration de la monarchie.
Elle a également réitéré une évaluation de longue date du comportement du régime : les conflits extérieurs ont souvent servi de bouclier protecteur contre les troubles intérieurs, tandis qu'une paix véritable et une désescalade créent les conditions qui exposent les faiblesses internes du régime.
Que l'on soit d'accord ou non avec tous les aspects de cette analyse, les événements récents ont renforcé une conclusion plus générale : ni les bombes ni les négociations ne peuvent se substituer à la lutte organisée d'un peuple qui aspire à un changement démocratique.
Le véritable agent du changement
La fin de cette phase de conflit a renforcé une leçon historique que de nombreux Iraniens ont apprise à maintes reprises au cours du siècle dernier.
Le sort de l'Iran se décidera finalement à l'intérieur même du pays.
Ni les capitaux étrangers ni les alliances militaires ne détermineront l'avenir démocratique du pays. Un changement durable exige une force sociale capable de s'opposer à la dictature, de mobiliser le soutien populaire et de proposer une alternative démocratique.
Cette réalité est devenue encore plus pertinente à mesure que le régime fait face à des pressions internes croissantes.
L'instabilité au sommet de l'État, l'escalade des rivalités internes, la détérioration de la situation économique et le mécontentement populaire continuent d'aggraver les vulnérabilités du régime. Les tensions internes, temporairement occultées par la guerre, risquent de ressurgir avec une intensité accrue.
Pour le peuple iranien, ces développements créent à la fois des opportunités et des défis.
La voie à suivre : ni Shah ni Mollah
L'horizon politique qui se dessine après la guerre laisse présager une reprise des troubles sociaux, des manifestations publiques et des revendications de changement démocratique.
Les aspirations qui ont alimenté les soulèvements précédents n'ont pas disparu. Les difficultés économiques, la répression politique, la corruption et la revendication des libertés fondamentales demeurent des préoccupations majeures pour des millions d'Iraniens.
Dans ce contexte, la tâche la plus importante est l'élargissement d'un front démocratique qui rejette toutes les formes de dictature.
Le choix qui se présente à l'Iran ne se situe pas entre deux modèles autoritaires concurrents. Il ne s'agit pas de choisir entre théocratie et monarchie. Il s'agit de choisir entre l'autodétermination démocratique et le retour de systèmes qui nient la souveraineté du peuple.
L’expérience de la guerre, de la diplomatie et de décennies de manœuvres internationales a démontré une vérité simple : aucune puissance étrangère ne peut libérer l’Iran, et aucune dictature ne peut se transformer en démocratie.
L'avenir appartient à ceux qui sont prêts à construire une république démocratique par la résistance organisée, l'engagement civique et la solidarité nationale.
La solution à la crise iranienne ne réside ni dans la restauration du passé ni dans la préservation du présent. Elle réside dans la détermination du peuple iranien à forger son propre avenir, un avenir affranchi du règne du Shah et de celui du mollah.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire