Lorsque les autorités du régime iranien ont coupé l'accès international à Internet le 28 février 2026, suite au ciblage du complexe d'Ali Khamenei et au déclenchement de la guerre, l'objectif semblait clair : isoler la population, contrôler la circulation de l'information et empêcher l'indignation publique de prendre de l'ampleur.
Le régime a peut-être supposé qu'une coupure prolongée d'internet, conjuguée aux distractions liées à la guerre, reléguerait au second plan le souvenir de la répression sanglante de janvier. Il s'est probablement aussi appuyé sur son vaste appareil de propagande, bâti au fil des décennies et financé par des ressources considérables, pour influencer l'opinion publique durant la crise.
Près de trois mois plus tard, ce calcul semble avoir échoué.
Malgré le filtrage persistant des contenus en ligne et le rétablissement limité de l'accès international à Internet, les plateformes de médias sociaux en langue persane ont été inondées de témoignages, d'images et de récits personnels de survivants, de familles de victimes et d'Iraniens restés dans le pays. Leur message est remarquablement unanime : la vie est désormais scindée en deux périodes : avant janvier et après janvier.
Le retour des voix étouffées
Depuis le rétablissement progressif des connexions internationales le 26 juin, après près de trois mois d'isolement quasi total, les utilisateurs se sont de plus en plus tournés vers des plateformes telles que X et Instagram pour partager des histoires restées cachées pendant la panne.
Des images inédites montrant d'importants rassemblements publics dans les rues et sur les places de plusieurs villes ont fait leur apparition en ligne. D'autres internautes ont publié des photos et des vidéos de personnes tuées ou blessées lors de la répression, dont beaucoup n'avaient jamais été diffusées publiquement.
Dans le même temps, de nouveaux noms de victimes ont commencé à apparaître, laissant penser que le bilan humain complet de ces violences n'est peut-être pas encore totalement connu.
Pour de nombreuses familles, la réouverture des canaux de communication a été la première occasion de rendre publiquement hommage à leurs proches dont la mort était restée largement invisible au monde extérieur.
La mémoire comme forme de résistance
Les familles des victimes ont publié des vidéos de cérémonies commémoratives, de rassemblements privés et de moments de recueillement au cimetière en hommage aux personnes décédées. Des témoins présents lors des violences ont partagé des récits détaillés de ce qu'ils ont vu dans les rues, les hôpitaux et les centres de détention.
Nombre de ces témoignages révèlent un thème commun : l’impact psychologique du mois de janvier ne s’est pas atténué malgré des mois de guerre, de censure et de troubles politiques.
La guerre elle-même n'a pas réussi à effacer le traumatisme de la répression. Pour d'innombrables Iraniens, le mois de janvier demeure l'événement fondateur qui a profondément modifié leur perception du régime et de leur avenir.
Les publications sur les réseaux sociaux expriment régulièrement la conviction que le pays ne peut plus revenir à sa situation antérieure. Les utilisateurs décrivent une profonde transformation de la conscience collective et une conviction grandissante que la coexistence avec le système politique actuel est devenue impossible.
Les familles refusent que les victimes soient oubliées
Parmi les contenus les plus partagés figurent des vidéos personnelles publiées par des familles qui n'avaient pas pu les diffuser pendant la coupure d'Internet.
Ces enregistrements montrent des victimes fêtant des anniversaires, assistant à des mariages, passant du temps avec leurs proches, travaillant, riant et participant à des moments ordinaires de la vie. Accompagnées de leurs chansons préférées ou de musique locale, ces vidéos rappellent avec force que derrière chaque statistique se cachait un être humain avec des rêves, des relations et un avenir brutalement interrompu.
D'autres familles ont partagé des images des célébrations de Norouz, des commémorations d'anniversaires et des rassemblements commémoratifs organisés sur les tombes de leurs proches au cours des trois derniers mois. Ces moments, restés invisibles en raison de la coupure des communications, émergent désormais un à un.
Ensemble, ils constituent des archives collectives du souvenir qui contestent les tentatives officielles d'effacer ou de minimiser les événements de janvier.
Les critiques à l'encontre de Reza Pahlavi se multiplient sur les réseaux sociaux
L'un des développements les plus notables accompagnant le retour de l'activité en ligne a été la critique manifeste adressée à Reza Pahlavi et au mouvement monarchiste.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes l'ont accusé de poursuivre des ambitions personnelles et dynastiques plutôt que de représenter les aspirations du peuple iranien. Ses détracteurs affirment qu'il semble considérer l'intervention militaire étrangère et les pressions extérieures comme un moyen d'accéder au pouvoir politique et de restaurer une monarchie que les Iraniens ont renversée il y a près de cinquante ans.
De nombreux internautes ont décrit Reza Pahlavi comme un opportuniste politique, l'accusant de tenter de tirer profit des crises nationales, à l'instar de Rouhollah Khomeini qui avait exploité le soulèvement révolutionnaire de 1979. Ces critiques ont fait valoir que la société iranienne ne souhaite pas troquer une forme de pouvoir autoritaire contre une autre et rejette à la fois la dictature cléricale et tout retour à un gouvernement héréditaire.
Les discussions sur les réseaux sociaux ont également porté sur les affirmations répétées de Pahlavi et de ses partisans concernant de prétendues défections au sein du régime. De nombreux internautes ont ouvertement raillé les allégations selon lesquelles des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité auraient rejoint sa cause et provoqueraient bientôt la chute du gouvernement. Les critiques ont qualifié ces déclarations de promesses exagérées, déconnectées de la réalité.
Les limites de la censure
Le black-out internet imposé par le régime a ralenti la circulation de l'information, mais n'a pas effacé les souvenirs. Le retour des communications en ligne a démontré que les traumatismes, le deuil et la colère politique ne peuvent être indéfiniment étouffés par des restrictions technologiques.
Ce qui émerge aujourd'hui des réseaux sociaux n'est pas simplement un recueil d'histoires personnelles. Il s'agit d'un récit plus large sur une société qui peine encore à se remettre de l'un des épisodes les plus traumatisants de l'histoire récente de l'Iran.
Les images, les témoignages et les hommages qui circulent actuellement en ligne indiquent que la répression de janvier demeure un événement marquant pour de nombreux Iraniens. Malgré la guerre, la censure et des mois de silence imposé, les souvenirs sont restés vivaces.
Pour d'innombrables citoyens, les événements de janvier n'étaient pas simplement un nouveau chapitre de l'histoire tumultueuse du pays. Ils ont marqué une rupture entre le passé et l'avenir, un moment qui a fondamentalement changé la façon dont beaucoup perçoivent le régime, l'opposition et la lutte pour l'avenir de l'Iran.

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