Avec l'arrivée de l'été et la hausse des températures dans une grande partie de l'Iran, des millions de citoyens sont à nouveau confrontés à une réalité familière : des coupures de courant prolongées, des pénuries d'eau et une incertitude croissante quant à l'accès aux services publics de base.
Les autorités attribuent cette crise à la baisse des réserves d'eau, à la hausse des températures et à l'augmentation de la consommation d'électricité. Si ces facteurs exercent indéniablement une pression supplémentaire sur les réseaux de distribution d'électricité du pays, ils n'expliquent pas entièrement pourquoi les pénuries sont devenues un phénomène annuel dans l'un des pays les plus riches en énergie de la région.
De plus en plus, la crise est perçue non pas comme la conséquence inévitable des conditions météorologiques, mais comme le produit d'années d'investissements insuffisants, d'infrastructures détériorées et d'une mauvaise gestion chronique.
Des pannes de courant touchent les provinces productrices d'énergie
Des coupures de courant ont déjà été signalées dans de nombreuses provinces, notamment au Khuzestan, à Ilam, au Lorestan, en Azerbaïdjan oriental, à Alborz, à Téhéran et dans plusieurs autres régions.
La situation au Khuzestan est particulièrement frappante. Bien que la province produise environ deux fois plus d'électricité qu'elle n'en consomme et qu'elle soit l'un des principaux centres énergétiques d'Iran, ses habitants ont subi des coupures de courant programmées dès les premiers jours de l'été, lorsque les températures ont dépassé les 50 °C.
Ailleurs, à Ilam, des habitants ont signalé des coupures d'électricité pouvant durer jusqu'à quatre heures, alors que les températures atteignaient environ 46°C.
À Téhéran, les coupures de courant prolongées en journée perturbent le quotidien, notamment pour les habitants des immeubles où les ascenseurs sont hors service. Les personnes âgées, les personnes handicapées et les familles avec de jeunes enfants sont parmi les plus touchées, une panne d'électricité temporaire devenant un véritable problème de mobilité et de sécurité.
La frustration grandit à mesure que les citoyens avertissent que la poursuite des perturbations risque d'alimenter une colère publique plus large, à un moment où les difficultés économiques dominent déjà la vie quotidienne.
Les pénuries d'eau aggravent la crise.
Les pénuries d'électricité ont intensifié un autre problème de longue date : l'accès à l'eau.
Le système de distribution d'eau iranien dépend fortement des stations de pompage électriques. Lorsque l'approvisionnement en électricité devient irrégulier, la distribution d'eau est également perturbée, entraînant des pannes en cascade qui affectent des millions de foyers.
Les habitants de Bumahen ont signalé n'avoir eu accès à l'eau courante que par intermittence la semaine dernière. Des situations similaires ont été observées à Shahriar, où certains quartiers sont restés sans eau pendant trois jours consécutifs. Leurs tentatives répétées d'obtenir de l'aide auprès des autorités locales n'ont abouti qu'à des réponses automatiques et à des numéros de dossier.
À Qods, à l'ouest de Téhéran, des habitants ont décrit des coupures d'eau survenant du milieu de l'après-midi jusqu'au petit matin suivant, privant ainsi des familles de l'un des besoins les plus fondamentaux pendant de longues périodes.
Les communautés d'Ilam ont également subi des interruptions prolongées, certains quartiers restant apparemment sans eau pendant plusieurs jours consécutifs.
Pour les ménages déjà confrontés à des températures estivales extrêmes, la coupure simultanée d'électricité et d'eau a transformé le quotidien en une lutte pour satisfaire même les besoins les plus élémentaires.
Les citoyens remettent en question les explications officielles
Les responsables gouvernementaux continuent de pointer du doigt la diminution des précipitations, la baisse du niveau des réservoirs et l'augmentation de la consommation comme principales causes des pénuries.
Cependant, de nombreux citoyens estiment que ces explications occultent les causes structurelles de la crise. Ils affirment que les autorités n'ont pas su moderniser les infrastructures vieillissantes, augmenter les capacités de production d'électricité, entretenir les réseaux d'eau potable ni investir suffisamment dans la résilience à long terme.
Au lieu de s'attaquer à ces lacunes, les responsables se sont souvent concentrés sur le fait d'inciter les ménages à réduire leur consommation, faisant porter la responsabilité au public tout en évitant de poser des questions plus larges sur des décennies de décisions politiques.
Des factures plus élevées malgré la détérioration des services
Ce qui accroît la frustration du public, c'est le fossé grandissant entre le coût des services publics et la qualité du service.
De nombreux ménages signalent des factures d'électricité et d'eau plus élevées, tout en subissant des coupures de plus en plus fréquentes.
À Ahvaz, les habitants se plaignent de la forte hausse des factures d'eau, malgré des pénuries persistantes. Certaines familles affirment ne plus pouvoir payer ces factures, tandis que d'autres indiquent que les autorités locales ont refusé leurs demandes d'échelonnement des paiements.
Dans tout le sud de l'Iran, les habitants constatent une dégradation générale des services essentiels. Outre les pénuries d'eau et les coupures de courant récurrentes, l'approvisionnement en carburant est devenu de plus en plus difficile dans certaines régions – un paradoxe qui n'échappe pas aux citoyens des provinces jouant un rôle central dans la production énergétique du pays.
Une crise qui se préparait depuis des décennies
Les pénuries récurrentes d'énergie en Iran ne sont pas un phénomène nouveau.
Depuis des années, les coupures de courant programmées affectent les ménages et les industries lors des pics de consommation, tandis que les restrictions d'eau sont devenues de plus en plus fréquentes dans de nombreuses provinces. Ce qui a changé, c'est la fréquence, la durée et l'étendue géographique de ces perturbations.
Les causes sous-jacentes vont bien au-delà des conditions météorologiques saisonnières.
Depuis le début des années 2010, l'Iran peine à réaliser les investissements nécessaires pour développer sa production d'électricité, moderniser ses réseaux de transport et de distribution, réhabiliter ses infrastructures hydrauliques vieillissantes et améliorer la résilience de son système. Des années d'isolement économique, de contraintes financières, de corruption et d'une planification inefficace ont contribué à la dégradation des services publics essentiels.
De ce fait, l'infrastructure du pays fonctionne désormais avec une capacité de réserve limitée, ce qui la rend de plus en plus vulnérable lorsque les températures augmentent en été ou que la demande d'énergie connaît des pics en hiver.
Gérer les pénuries au lieu de les résoudre
Plutôt que de mettre en œuvre des réformes globales, les autorités se sont largement appuyées sur des mesures temporaires pour gérer les déficits récurrents.
Le rationnement de l'électricité, les coupures de courant programmées affectant les consommateurs résidentiels et l'industrie, et les restrictions sur la distribution d'eau sont devenus des méthodes courantes pour déplacer les pénuries d'une saison à l'autre sans s'attaquer à leurs causes profondes.
Cette stratégie peut temporairement réduire la pression sur le réseau électrique national, mais elle ne contribue guère à rétablir la confiance du public ni à améliorer la fiabilité des services essentiels.
Le retour annuel des pannes d'électricité généralisées et des pénuries d'eau indique que la crise des services publics en Iran n'est plus une urgence saisonnière. Elle est devenue un problème structurel, fruit de décennies de sous-investissement et de défaillances de gouvernance.
Tant que ces carences structurelles ne seront pas comblées, la hausse des températures estivales continuera de mettre en évidence non seulement la fragilité des infrastructures iraniennes, mais aussi le fossé croissant entre les besoins fondamentaux des citoyens et la capacité de l'État à y répondre.

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