samedi 27 juin 2026

Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture : Pourquoi mettre fin à la torture en Iran exige un changement politique

 En cette Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture, le cas de l'Iran illustre comment la torture fonctionne non pas comme une aberration, mais comme un instrument institutionnel du pouvoir autoritaire – et pourquoi la responsabilisation demeure essentielle pour y mettre fin.

Le 26 juin marque la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture , instituée par l'Assemblée générale des Nations Unies pour commémorer l'entrée en vigueur de la Convention contre la torture en 1987. Cette journée vise non seulement à condamner la torture, mais aussi à renforcer l'engagement international à l'éradiquer, à rétablir la dignité des survivants et à traduire les auteurs de ces actes en justice.

La torture figure parmi les violations les plus graves des droits humains. Elle vise non seulement à infliger des souffrances physiques, mais aussi à anéantir la dignité humaine, l'identité et la capacité de résistance. De tout temps, les régimes autoritaires ont eu recours à la torture comme instrument politique pour étouffer la dissidence, intimider la société et se maintenir au pouvoir. L'Iran, sous le système du Velayat-e Faqih, en est l'un des exemples contemporains les plus flagrants.

La torture comme mécanisme de gouvernance

En Iran, la torture n'a jamais été un abus isolé commis par des fonctionnaires incontrôlés. Au contraire, des décennies de témoignages documentés, d'enquêtes sur les droits humains et de récits de survivants mettent en lumière une pratique systématique ancrée au sein des institutions sécuritaires et judiciaires du pays.

Les personnes détenues pour des raisons politiques rapportent fréquemment que les violences commencent immédiatement après leur arrestation. Les premiers passages à tabac servent souvent d'intimidation psychologique avant le début d'interrogatoires plus longs dans les centres de détention contrôlés par les services de renseignement ou le pouvoir judiciaire. À l'intérieur de ces centres, des violences physiques et psychologiques seraient utilisées pour extorquer des aveux, soutirer des informations ou contraindre les détenus à s'incriminer eux-mêmes ou à incriminer d'autres personnes.

Lorsque des détenus décèdent lors d'interrogatoires, les autorités tentent souvent d'attribuer ces décès au suicide, à la maladie ou à d'autres explications alternatives plutôt que d'en reconnaître la responsabilité. Ces pratiques ont été documentées à maintes reprises par des organisations internationales de défense des droits humains au cours des quarante dernières années.

Pour les détenus dont le cas attire l'attention nationale ou internationale, la libération est souvent conditionnée par une caution financière exorbitante, des engagements écrits interdisant de divulguer publiquement les traitements subis, et des menaces, explicites ou implicites, de nouvelle arrestation ou de représailles à leur encontre ou à l'encontre de leurs familles. Il en résulte un climat dans lequel de nombreux survivants subissent les séquelles physiques et psychologiques de la torture longtemps après leur sortie de prison, sans pouvoir témoigner ouvertement de leur expérience.

Formes de torture utilisées contre les prisonniers politiques

Les méthodes attribuées à l'appareil sécuritaire iranien vont bien au-delà de la violence physique et englobent un large éventail de pratiques interdites par le droit international.

Torture psychologique

L'isolement cellulaire prolongé demeure l'une des méthodes les plus fréquemment signalées comme étant utilisées contre les détenus politiques. Ces derniers décrivent également des privations sensorielles et de sommeil, des interrogatoires interminables, des simulacres d'exécution et des menaces proférées contre leurs proches. Ces mesures visent à briser la résilience psychologique des détenus avant ou en même temps que les violences physiques.

Violences physiques graves

D'anciens détenus ont systématiquement rapporté avoir été battus avec des câbles et des matraques, soumis à des positions de stress, à des techniques de suspension, à un refus de soins médicaux et à d'autres formes de violence physique destinées à infliger de la douleur tout en forçant l'obéissance lors des interrogatoires.

Le fait de priver délibérément de soins de santé les prisonniers politiques souffrant de maladies chroniques est particulièrement préoccupant, transformant ainsi la négligence médicale en une autre forme de punition et de coercition.

aveux forcés

L'une des caractéristiques marquantes du système de sécurité iranien est l'obtention d'aveux télévisés. Ces déclarations sont fréquemment diffusées par les médias d'État avant même la fin des procédures judiciaires, bafouant ainsi le droit à un procès équitable et servant à la fois la propagande et l'intimidation.

Les organisations de défense des droits humains ont maintes fois affirmé que nombre de ces aveux sont obtenus dans des conditions impliquant une coercition physique ou psychologique.

Châtiments cruels sanctionnés par la justice

Outre les exactions commises en détention, le système juridique iranien autorise des châtiments que de nombreux experts internationaux qualifient de torture ou de traitements cruels, inhumains et dégradants. Il s'agit notamment de la flagellation, de l'amputation et de l'aveuglement, qui restent autorisés par certaines dispositions du droit iranien malgré la condamnation internationale unanime.

Pourquoi la torture structurelle persiste-t-elle ?

La persistance de la torture en Iran ne peut s'expliquer uniquement par un problème de maintien de l'ordre. Elle reflète la structure plus large du pouvoir politique.

Dans les systèmes où les institutions de sécurité fonctionnent sans contrôle judiciaire indépendant, où les mécanismes de responsabilisation sont absents et où la dissidence est traitée comme une menace pour la sécurité nationale, la torture devient un instrument de gouvernance plutôt qu'une exception.

Cette réalité structurelle explique pourquoi les critiques internationales, à elles seules, n'ont eu qu'un impact limité. Si les mécanismes des Nations Unies et les organisations de défense des droits humains continuent de documenter les violations des droits humains, un véritable changement reste hors de portée en l'absence de réformes politiques et juridiques concomitantes au sein du pays.

La responsabilisation comme condition préalable au changement

Mettre fin à la torture exige plus que la simple condamnation des auteurs de ces actes. Cela requiert une responsabilisation à tous les niveaux de la hiérarchie.

Documenter les violations, préserver les preuves, identifier les interrogateurs et les fonctionnaires responsables des abus, et engager des poursuites judiciaires par le biais de mécanismes internationaux – y compris le principe de compétence universelle lorsqu’il est applicable – peuvent réduire le sentiment d’impunité dont jouissent les responsables de graves violations des droits de l’homme.

Il est tout aussi important de maintenir le soutien à la société civile iranienne, aux efforts de documentation indépendants, aux victimes et aux familles en quête de vérité et de justice. Sans responsabilisation, les cycles d'abus ont tendance à se reproduire, quels que soient les changements de personnel.

Plus qu'une date symbolique

La Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture est bien plus qu'une simple commémoration symbolique. Pour des milliers de prisonniers politiques iraniens, d'anciens détenus et de familles endeuillées, elle représente la reconnaissance d'expériences vécues qui continuent de marquer la société iranienne.

Tant que la torture restera ancrée dans les institutions politiques et sécuritaires du pays, l'attention internationale, la documentation et les efforts de responsabilisation demeureront essentiels. En définitive, l'élimination de la torture exige non seulement une interdiction légale, mais aussi des conditions politiques garantissant que les institutions étatiques soient soumises à un véritable contrôle, à une justice indépendante et au respect des droits fondamentaux.

Pour l'Iran, la lutte contre la torture est donc indissociable de la lutte plus large pour la responsabilité, l'état de droit et la gouvernance démocratique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire