mercredi 24 juin 2026

Le plateau iranien se transforme en désert

 Chaque année, le 17 juin, la Journée mondiale de la lutte contre la désertification est l'occasion de mettre en lumière l'une des plus grandes menaces environnementales au monde. Pour l'Iran, cependant, cette journée n'est pas qu'une simple commémoration internationale ; elle rappelle une crise dont les effets sont visibles au quotidien dans la vie de millions de personnes, des tempêtes de poussière à l'assèchement des terres agricoles, en passant par l'exode rural et les menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire du pays.

L'Iran se situe depuis longtemps dans la zone aride du globe, mais la situation actuelle n'est pas uniquement due aux conditions climatiques. De nombreux experts estiment qu'une part importante de la crise actuelle résulte de décennies de mauvaise gestion, de décisions non scientifiques et des politiques destructrices du régime iranien en matière d'eau et d'environnement. Crise de l'eau en Iran : les femmes en première ligne d'une catastrophe silencieuse

Selon les statistiques officielles, sur les 164 millions d'hectares de superficie de l'Iran, environ 32 millions d'hectares sont constitués de terres désertiques, et la moitié de cette superficie est dans un état critique et est devenue une source de tempêtes de poussière.

Des études menées par l'Université de Téhéran et le ministère iranien de l'Énergie montrent également qu'environ 88 % du territoire du pays est touché par la désertification.

L'Iran sur la voie de la désertification

Des chercheurs ont indiqué que l'Iran se classe au cinquième rang mondial en termes d'expansion désertique, avec environ 40 hectares de terres se transformant en désert chaque jour.

Par ailleurs, environ 100 millions d'hectares de terres iraniennes sont touchés par l'érosion hydrique, tandis que plus de 20 millions d'hectares subissent l'érosion éolienne. Dans certaines régions du pays, l'érosion des sols est estimée jusqu'à six fois supérieure à la moyenne mondiale.

La question principale est cependant de savoir pourquoi un pays doté de ressources naturelles aussi importantes en est arrivé là.

Les experts ont maintes fois alerté sur le fait que le prélèvement excessif d'eau souterraine, la construction massive de barrages sans évaluation environnementale, les projets de transfert d'eau non conformes aux normes scientifiques, la destruction des zones humides, l'exploitation minière non réglementée et la conversion des pâturages en terres agricoles figurent parmi les principaux facteurs d'aggravation de la désertification en Iran. De nombreuses zones humides du pays, notamment Hoor al-Azim, Gavkhouni, Bakhtegan et Jazmourian, ont subi un assèchement important ces dernières années et sont désormais devenues des sources majeures de tempêtes de poussière.

Outre cette mauvaise gestion, la corruption structurelle a également joué un rôle important. De nombreux projets d'infrastructures et d'adduction d'eau ont été réalisés non pas en fonction des besoins environnementaux, mais des intérêts économiques et politiques de factions influentes.

Le désintérêt des autorités pour ce problème est flagrant : les budgets alloués à la lutte contre la désertification ne représentent même pas le prix d’une voiture de fabrication locale. À titre d’exemple, selon le gouverneur du comté de Dehloran, seuls 30 milliards de rials (environ 17 000 dollars) provenant des fonds publics de développement ont été alloués l’an dernier aux projets de lutte contre la désertification dans le comté.

D'après un rapport de l'Organisation iranienne de gestion des ressources naturelles et des bassins versants, les dommages directs causés par l'érosion éolienne et l'avancée des déserts sont estimés à au moins 30 000 milliards de rials (environ 17 millions de dollars) par an. Ce chiffre ne représente qu'une partie des pertes économiques et n'inclut pas les dégâts causés aux terres agricoles, aux pâturages, aux routes, aux voies ferrées et aux installations industrielles, ni les coûts liés au traitement des maladies respiratoires provoquées par les tempêtes de poussière, le chômage, la pauvreté et l'exode rural massif.

Le véritable coût de ces politiques est finalement supporté par le peuple iranien à travers la baisse de la production agricole, la destruction des pâturages, la hausse des maladies respiratoires, le chômage, la pauvreté et l'exode rural massif.

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