Cette question ne concerne pas uniquement le football. Elle porte sur la relation entre le sport et les valeurs que la FIFA et les instances sportives internationales ont toujours mises en avant, telles que la dignité humaine, le respect des droits de l'homme et la lutte contre la discrimination et la répression.
La communauté sportive internationale ne s'est jamais tue face à certains régimes par le passé. L'exemple le plus frappant est celui du régime d'apartheid sud-africain, exclu pendant des années des compétitions internationales de football et de nombreux autres événements sportifs en raison de ses politiques racistes.
La FIFA a suspendu l'adhésion de l'Afrique du Sud en 1961 et l'a totalement exclue en 1976. L'Afrique du Sud n'a pu réintégrer la communauté mondiale du football qu'après la fin de l'apartheid et le début des réformes politiques.
Cette décision a démontré que le sport mondial ne souhaite pas devenir un outil de normalisation et de légitimation des gouvernements qui violent les droits humains fondamentaux.
Il existe d'autres exemples. La Yougoslavie a été exclue des principales compétitions de football en 1992 en raison de sanctions internationales. Ces dernières années, la Russie a également subi d'importantes restrictions et suspensions dans le football international à cause de la guerre en Ukraine.
Par conséquent, l'histoire montre que la FIFA, dans certaines circonstances, a pris des mesures qui vont au-delà du terrain de football.
Athlètes ; victimes oubliées en Iran
Les détracteurs de la participation du régime iranien à la Coupe du monde de 2026 affirment que le gouvernement n'a pas seulement manqué à son devoir de soutenir le sport, mais qu'il a également poursuivi, arrêté et exécuté à plusieurs reprises des athlètes en raison de leurs opinions politiques ou de leur soutien aux manifestations populaires.
Au cours des quarante dernières années, de nombreux athlètes iraniens ont été arrêtés, torturés, suspendus ou exécutés. Des noms comme celui de Navid Afkari, champion de lutte iranien, restent gravés dans la mémoire collective internationale. Avant lui, des athlètes tels que Habib Khabiri, capitaine de l'équipe nationale de football iranienne ; Forouzan Abdi, membre de l'équipe nationale féminine de volley-ball iranienne ; Houshang Montazer-ol-Zohour, lutteur gréco-romain ; Samad Montazeri, champion d'haltérophilie ; Aladdin Atrati Koushali ; et Mahshid Razaghi ont figuré parmi les victimes de la répression politique.
Par ailleurs, des dizaines d'autres athlètes ont été exclus des équipes nationales et des compétitions internationales pour avoir soutenu des manifestations ou exprimé des opinions personnelles.
Le football iranien : sport ou outil politique ?
L'une des critiques formulées concerne l'influence considérable des structures gouvernementales et sécuritaires sur le football iranien. Selon les détracteurs, la Fédération de football et de nombreux grands clubs seraient sous l'emprise d'institutions liées au régime, et le succès sportif serait devenu un outil de propagande politique plutôt qu'un bienfait pour le peuple et les joueurs.
Dans ces circonstances, la présence de l'équipe nationale à la Coupe du monde n'est pas perçue comme un événement purement sportif, mais comme une opportunité de projeter une légitimité et de normaliser l'image d'un régime confronté à des manifestations intérieures généralisées et à des critiques internationales.
Voix d'anciens footballeurs et athlètes iraniens
L'opposition à la participation du régime iranien à la Coupe du monde de 2026 ne se limite pas aux militants politiques. Plusieurs athlètes de renom et anciens membres de l'équipe nationale ont également appelé à un examen approfondi de la question.
Parmi les signataires de cet appel figurent Moslem Eskandarfelabi, chef de la Commission des sports du Conseil national de la résistance iranienne ; Mohammad Ghorbani, champion du monde de lutte ; Asghar Adibi, joueur de l'équipe nationale iranienne de football ; Bahram Mavedat, membre de l'équipe nationale iranienne lors de la Coupe du monde de 1978 ; Hassan Nayeb-Agha, membre de l'équipe iranienne lors de la Coupe du monde de 1978 et des Jeux olympiques de 1976 ; et Abbas Novin-Rouzegar, ancien joueur de l'équipe nationale iranienne de football.
Ces athlètes estiment que la FIFA ne devrait pas permettre à un régime qu'ils tiennent pour responsable de la répression et de l'élimination de nombreux athlètes iraniens d'exploiter la Coupe du monde à des fins politiques.
Une question à laquelle la FIFA doit répondre
L'argument principal des opposants n'est pas de priver les joueurs iraniens de football. La question est de savoir si un régime accusé de violations massives des droits de l'homme et de répression des athlètes devrait être autorisé à utiliser le drapeau national du football pour obtenir une légitimité politique lors de la plus grande compétition mondiale.
La FIFA ayant déjà pris position sur l'Afrique du Sud de l'apartheid et d'autres cas exceptionnels, elle doit désormais répondre à la question de savoir si elle appliquera ses principes énoncés en matière de droits de l'homme et de dignité humaine sans discrimination.
La Coupe du Monde 2026 ne sera pas qu'une simple compétition de football. Pour de nombreux Iraniens, elle est devenue un test pour savoir si les institutions sportives internationales restent fidèles aux valeurs qu'elles prônent depuis des années. La réponse de la FIFA à cette exigence sera sans aucun doute jugée bien au-delà du rectangle vert du terrain.
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