mercredi 17 juin 2026

Les enfants travailleurs : les victimes silencieuses de la pauvreté et de l'inflation en Iran

 Le 15 juin, le journal d'État Shargh a publié un article sur le travail des enfants intitulé « L'enfance au travail », mettant en lumière les conditions de travail déplorables des enfants travailleurs en Iran. Simultanément, à l'occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, une conférence intitulée « Carton rouge au travail des enfants » s'est tenue à Téhéran. Contrairement à de nombreuses cérémonies officielles, cet événement a dressé un tableau sombre et alarmant de la situation des enfants travailleurs en Iran. Les statistiques et les témoignages des experts présents à la conférence indiquent que le travail des enfants n'est pas un simple problème social ponctuel, mais l'une des manifestations les plus répandues de la pauvreté, des inégalités et de la défaillance des structures de soutien sous le régime iranien.

Selon les estimations présentées lors de la conférence, environ deux millions d'enfants travaillent en Iran. Les intervenants eux-mêmes ont qualifié ce chiffre d'estimation prudente. L'absence de statistiques transparentes et fiables maintient l'ampleur réelle du travail des enfants dans l'incertitude. Si un rapport du Centre statistique iranien de 2017 estimait à environ 410 000 le nombre d'enfants âgés de 10 à 17 ans employés, les militants sociaux affirment que ce chiffre ne représente qu'une infime partie de la réalité, car de nombreux enfants travailleurs – notamment ceux sans papiers d'identité ou migrants – ne sont recensés dans aucune statistique officielle.

Le travail des enfants : le visage caché de la pauvreté structurelle

Les experts ont souligné que le problème du travail des enfants ne se limite pas à quelques enfants travaillant dans la rue. Ce phénomène est une conséquence directe de la pauvreté généralisée des ménages, de la baisse du pouvoir d'achat, du chômage, des migrations et de l'effondrement progressif des systèmes de protection sociale.

D'après des études citées lors de la conférence, plus de 60 % des pères d'enfants qui travaillent ont un emploi, mais leurs revenus sont insuffisants pour subvenir aux besoins essentiels de leur famille. Nombre de ces familles travaillent dans des secteurs informels et précaires et sont contraintes d'envoyer leurs enfants travailler pour contribuer aux revenus du ménage.

L'une des statistiques les plus choquantes présentées a révélé que 38 % des enfants qui travaillent ont commencé leur activité économique entre cinq et sept ans, une période qui devrait être consacrée à l'éducation, aux jeux et au développement sain de l'enfant.

La crise d'identité chez les enfants travailleurs

Un autre problème soulevé lors de la conférence concernait l'absence de documents d'identité pour une grande partie des enfants travailleurs. Selon les statistiques présentées, plusieurs dizaines de pour cent de ces enfants ne possèdent ni acte de naissance, ni carte d'identité nationale, ni titre de séjour. Cette situation restreint non seulement leur accès à l'éducation, aux soins de santé et aux services sociaux, mais les rend de fait invisibles au sein du système officiel du pays : des enfants qui existent et travaillent, mais qui sont absents de nombreuses statistiques et des débats politiques.

Des rapports indiquent également qu'une part importante des enfants qui travaillent sont des migrants. Cependant, des experts ont souligné qu'en vertu des conventions internationales auxquelles le régime iranien est partie, l'accès aux droits fondamentaux de l'enfant ne devrait pas dépendre de la nationalité ou du statut migratoire.

De nombreuses lois, presque aucune application

L'un des principaux thèmes de la conférence portait sur le profond décalage entre la législation en vigueur et la réalité. Bien que l'Iran ait adopté des dizaines de lois, de règlements et de documents de politique générale relatifs à la protection de l'enfance au cours des dernières décennies, la situation des enfants travailleurs continue de se détériorer.

Les experts estiment que le problème principal ne réside pas dans l'absence de législation, mais plutôt dans le manque de volonté politique et de mécanismes d'application efficaces. Diverses institutions – dont l'Organisation nationale de protection sociale, le ministère du Travail, le ministère de l'Éducation, les municipalités et le ministère de l'Intérieur – partagent cette responsabilité, mais dans les faits, la responsabilisation est faible et les responsabilités sont constamment transférées d'un organisme à l'autre.

Le ramassage des déchets par les enfants en est un exemple flagrant. Bien que la législation en vigueur classe ce travail comme dangereux et parmi les pires formes de travail des enfants, des milliers d'enfants continuent de travailler dans les opérations de collecte et de tri des déchets, tandis que les profits générés par ce système profitent aux entreprises et aux réseaux économiques qui leur sont affiliés.

La sensibilisation du public au travail des enfants est en grande partie due aux efforts des organisations non gouvernementales. Toutefois, l'absence de stratégie nationale, le manque de financements dédiés et la pénurie de données transparentes ont compromis l'efficacité des initiatives visant à endiguer cette crise.

Alors que les institutions officielles évoquent la mise en œuvre de divers programmes, aucun rapport transparent n'a été publié quant à leurs résultats. Même les objectifs fixés dans les plans de développement pour réduire le nombre d'enfants travailleurs restent dépourvus de données de référence et ne peuvent donc faire l'objet d'une évaluation pertinente.

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