dimanche 11 janvier 2026

Iran, 14e jour de manifestations : La tentative de répression numérique du régime échoue, le mouvement s’étend à 190 villes

 Deux semaines après le début du soulèvement national, le régime clérical iranien a déployé ses tactiques de répression les plus extrêmes : une coupure totale d’Internet et l’utilisation de munitions réelles contre des civils non armés. Pourtant, la contestation n’a fait que s’intensifier. Au coucher du soleil, le samedi 10 janvier 2026, marquant le quatorzième jour consécutif de manifestations, le mouvement de rébellion s’étendait à au moins 190 villes. Les événements de ce week-end témoignent d’un changement qualitatif dans le soulèvement, caractérisé par une résistance organisée, un rejet de toute forme de dictature et l’échec du monopole d’État sur la violence.

L’échec du siège numérique et physique.

La principale stratégie du régime pour réprimer le soulèvement repose sur l’isolement de la population et l’infliction d’une terreur maximale. NetBlocks, organisme mondial de surveillance d’Internet, a confirmé qu’en Iran, Internet est soumis à une coupure quasi totale depuis 48 heures. Ce « coupe-circuit numérique » vise à dissimuler l’ampleur de la répression à la communauté internationale et à briser la coordination entre les manifestants. Cependant, les informations recueillies sur le terrain indiquent que ce blocus informationnel n’a pas permis d’endiguer la vague de contestation.

Dans l’ouest de l’Iran, le courage dont font preuve les habitants de Kermanshah illustre l’inefficacité croissante de la brutalité du régime. Dans le district de Dareh Deraz, les forces de sécurité ont eu recours à des tirs à balles réelles et à des méthodes brutales ces derniers jours. Pourtant, samedi, les habitants sont redescendus en masse dans les rues, scandant « À bas Khamenei ! ».

De même, à Kazerun, dans le sud de l’Iran, les forces de sécurité ont eu recours à des représailles collectives, tirant sans discernement sur des commerces et des habitations pour terroriser la population. Malgré ces mesures, les manifestations se sont non seulement poursuivies, mais ont aussi dégénéré en affrontements plus directs.

De la protestation à la résistance organisée

Le soulèvement évolue rapidement, passant de manifestations pacifiques à l’autodéfense active et à la résistance organisée, notamment parmi les jeunes. Les informations parvenues de vendredi soir à samedi matin décrivent une population déterminée à démanteler l’appareil répressif du régime.

 

À Izeh, dans la province du Khuzestan, la situation a dégénéré en ce que les observateurs ont décrit comme une « véritable bataille ». Des jeunes rebelles ont réussi à s’emparer du bâtiment du Croissant-Rouge local, qui, selon les informations, avait été réquisitionné par le régime pour servir de dépôt de matériel de répression et de point de ralliement pour les forces de sécurité. Les jeunes ont incendié le bâtiment et les véhicules du régime qui y étaient stationnés. De plus, des bases du Bassidj, le séminaire local (symbole du pouvoir clérical) et des banques d’État ont été pris pour cible et endommagés.

À Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, des jeunes rebelles des districts de Toos, Tabarsi et Vakilabad ont lancé des actions coordonnées contre des commissariats. Ils ont détruit des caméras de surveillance – outils essentiels au régime pour identifier et arrêter les manifestants – et incendié des bus transportant les unités anti-émeutes.

Maturité politique : un rejet des dictatures passées et présentes

Les slogans qui résonnent dans les villes iraniennes témoignent d’un mouvement politiquement avisé qui rejette les tentatives du régime de semer la division ethnique ou de promouvoir un retour à la monarchie. Le régime s’appuie depuis longtemps sur une stratégie de « diviser pour mieux régner », mais les manifestants s’emploient activement à déconstruire ce discours.

À Tabriz, au cœur de l’Azerbaïdjan iranien, des manifestants se sont affrontés avec les forces de sécurité en scandant : « Turc et Fars s’uniront pour libérer le pays. » Un autre slogan, « L’Azerbaïdjan a trouvé sa voie, il a rejeté le Velayat (le pouvoir clérical) et la monarchie », exprime clairement la vision des manifestants pour un avenir démocratique affranchi de toute forme d’autocratie.

Ce sentiment se retrouve à Karaj et dans d’autres villes du centre du pays, où le slogan « À bas l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide [Khamenei] ! » est devenu un cri de ralliement du soulèvement. En établissant une équivalence entre la théocratie actuelle et l’ancienne dictature, les Iraniens affirment que leur objectif est une souveraineté populaire tournée vers l’avenir, et non un retour en arrière.

À Téhéran, le rejet du pouvoir clérical est total. Dans des quartiers comme Jannat Aabad, Heravi et Sattarkhan, les manifestations nocturnes étaient ponctuées de slogans tels que « Les mollahs doivent disparaître ! » et « Nous n’aurons pas de pays tant que les mollahs seront là ! »

Téhéran et les principales agglomérations en proie à l’agitation

Malgré un important dispositif de sécurité, la capitale demeure un foyer de contestation instable. Samedi soir, les manifestations ont repris dans de nombreux quartiers, notamment Saadat Abad, Ekbatan, Punak et Shahrara. Dans certaines zones, comme Maaliabad à Shiraz et certains quartiers de Téhéran, des tensions ont également été observées.

Source : CNRI 

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