Malgré un black-out quasi total d’internet destiné à dissimuler les atrocités, des témoignages sur le terrain confirment que le soulèvement a non seulement persisté, mais s’est intensifié. De l’incendie des séminaires à Mashhad à l’affrontement direct avec les forces de sécurité à Téhéran, le treizième jour de manifestations a mis en lumière le fossé grandissant entre une population réclamant un changement de régime et un appareil d’État qui peine à maintenir le contrôle.
Le Sud-Est se soulève : le vendredi sanglant et unifié de Zahedan
L’épicentre de la résistance de vendredi était Zahedan, capitale de la province du Sistan-et-Baloutchistan. À midi, à la fin de la prière du vendredi, une foule immense s’est rassemblée dans les rues autour de la mosquée Makki. Malgré un important dispositif de sécurité déployé pour étouffer toute dissidence, le rassemblement s’est rapidement transformé en une manifestation anti-régime de grande ampleur.
Les manifestants ont explicitement ciblé la plus haute autorité de la théocratie, scandant « À bas Khamenei ! » et « Mort au dictateur ! ». Dans une démonstration significative de solidarité nationale qui remet en question le discours séparatiste ethnique du régime, des femmes et des jeunes Baloutches ont scandé : « De Zahedan à Téhéran, ma vie pour l’Iran! »
Craignant l’expansion de ces rassemblements, les forces militaires et de sécurité stationnées dans la zone ont immédiatement fait usage de la violence. Des témoignages de terrain et des images vidéo confirment que les forces répressives ont massivement utilisé des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc contre la population non armée. Plus grave encore, les unités de sécurité ont ouvert le feu à balles réelles pour tenter de disperser la foule près de la mosquée.
Téhéran et Karaj : Renaître de ses cendres après le massacre
La résilience du soulèvement était peut-être la plus visible à Téhéran et à Karaj, où les manifestants sont retournés dans les rues moins de 24 heures après une répression brutale. Dans la nuit du 8 janvier, dans le quartier de Siah-Noush, district de Fardis à Karaj, les forces répressives ont commis un acte qualifié de « crime horrible » par les médias, en tirant directement sur les manifestants. Au moins dix jeunes ont été tués ou blessés, leurs corps jonchant le sol dans une scène destinée à semer la terreur.
Pourtant, à la tombée de la nuit du vendredi 9 janvier, les habitants de Karaj et de Téhéran ont défié le bain de sang de la veille. À Fardis, lieu même des massacres, les rassemblements nocturnes ont repris, avec des slogans encore plus virulents. Les manifestants ont affronté de front les forces paramilitaires du Bassidj, établissant un parallèle saisissant entre les tactiques du régime et le terrorisme en scandant : « Bassidj, Gardiens de la révolution, pour nous, vous êtes Daech ! »
Dans la capitale, l’atmosphère était tout aussi tendue. Dans le quartier de Sa’adat Abad, des jeunes rebelles se sont non seulement rassemblés, mais ont également submergé les forces de sécurité, les forçant à fuir. À Téhéran-Est, des informations ont confirmé qu’un bâtiment du régime avait été entièrement incendié. Dans des quartiers comme Shariati, Yusef Abad et Ekbatan, les slogans scandés exprimaient un refus du statu quo : « C’est l’année du sang, Seyyed Ali [Khamenei] sera renversé !»
Signes de faiblesse et de désespoir du régime
Alors que le régime projette une image de force par la violence, des indicateurs internes suggèrent un appareil répressif au bord de la rupture. À Mashhad, des manifestants ont incendié des séminaires servant de bases et de logements aux unités du Bassidj, s’attaquant ainsi aux fondements idéologiques de l’État.
Plus révélatrices encore sont les communications interceptées au sein des forces de sécurité. Des communications radio des Forces de sécurité de l’État (FSE), divulguées par l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), ont révélé le chaos qui régnait lors d’une manifestation à Ispahan. Alors que des manifestants attaquaient le centre de radiodiffusion d’État, des commandants ont été enregistrés en train de crier : « Nous n’avons plus d’hommes ! », tout en demandant frénétiquement des renforts. Cette situation rappelle un incident survenu le 7 janvier à Borujerd, où un commandant des forces de sécurité, pris de panique, avait ordonné à ses troupes de se replier sur les toits pour échapper à la foule, leur enjoignant de « tirer directement » et de « ne pas hésiter » par crainte d’être submergés.
Iran : Les manifestations nocturnes se poursuivent pour le 12e jour consécutif ; des manifestants incendient des véhicules et des bâtiments du régime.
Le nombre considérable d’arrestations témoigne de l’ampleur des troubles. À Téhéran seulement, 650 personnes ont été placées en détention provisoire au cours des dernières 48 heures. Les centres de détention gérés par les Gardiens de la révolution et le ministère du Renseignement seraient surpeuplés.
La « poigne de fer » et le blocus numérique du régime
Face à cette résistance, le régime a abandonné le déni au profit de menaces ouvertes d’affrontements meurtriers. Ali Salehi, gouverneur de Téhéran, a explicitement menacé d’utiliser des armes contre les manifestants. S’exprimant sur les médias d’État, il a qualifié la dissidence politique d’« émeutes » pour justifier le déploiement de forces militaires, déclarant : « Si cela conduit à la destruction, à l’affrontement… la riposte nécessaire sera menée. »
Simultanément, le Guide suprême Ali Khamenei a publié une déclaration le matin du 9 janvier, qualifiant les manifestants de « vandales » et affirmant que le régime « ne reculera pas ».
Pour faciliter cette répression à l’abri des regards de la communauté internationale, le régime a imposé un sévère « cyber-siège ». NetBlocks, l’organisation d’observation d’Internet, a confirmé que l’Iran est privé d’Internet depuis 12 heures, la connectivité nationale étant réduite à environ 1 % de son niveau habituel. Cette coupure est délibérément programmée pour empêcher la coordination des manifestations et étouffer les preuves des tirs sur les manifestants à Zahedan.
Alors que le soulèvement entre dans sa deuxième semaine, la dynamique dans les rues laisse présager un tournant décisif. Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a salué le « courage du peuple et la jeunesse rebelle qui… ont empêché le régime clérical et ses dirigeants criminels de dormir ».
Les événements du 9 janvier prouvent que la stratégie habituelle du régime, fondée sur le massacre et le silence, est de moins en moins efficace. Le secrétariat du CNRI a appelé les Nations Unies, le Conseil des droits de l’homme et l’Union internationale des télécommunications (UIT) à intervenir immédiatement pour lever le blocus informatique et condamner les violences cautionnées par l’État. Alors que les slogans « À bas le dictateur ! » résonnent des frontières du Baloutchistan jusqu’au cœur de Téhéran, il est clair que le peuple iranien est déterminé à poursuivre le combat jusqu’à renverser le régime et instaurer une république démocratique.
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