vendredi 9 janvier 2026

Iran : une coupure d’Internet dissimule des violations dans une répression meurtrière en croissance

 AMNESTY INTERNATIONAL – À la suite d’une coupure d’Internet et des télécommunications imposée par les autorités iraniennes le 8 janvier 2026, alors que les manifestations nationales, déclenchées le 28 décembre 2025, s’intensifiaient, Rebecca White, chercheuse au Security Lab d’Amnesty International, a déclaré :

« Les autorités iraniennes ont une nouvelle fois délibérément bloqué l’accès à Internet à l’intérieur du pays afin de dissimuler l’ampleur réelle des graves violations des droits humains et des crimes relevant du droit international qu’elles commettent pour écraser les plus vastes manifestations nationales depuis le soulèvement Femme, Vie, Liberté de 2022. Cette coupure générale d’Internet ne sert pas seulement à masquer les violations des droits humains : elle constitue en elle-même une violation grave des droits humains.

« L’accès à Internet est un droit humain fondamental et devient indispensable en période de contestation. Les États ont à maintes reprises utilisé les coupures d’Internet comme un outil pour faire taire la dissidence et cacher la vérité. Ces coupures plongent la population dans une obscurité numérique, empêchant celles et ceux qui se trouvent à l’intérieur du pays d’accéder à l’information ou de la partager avec le reste du monde. Il s’agit d’une stratégie entièrement intentionnelle. Elle empêche la documentation des violations des droits humains, y compris les homicides illégaux commis par les forces de sécurité, et perpétue l’impunité pour ces crimes d’État. »

— Rebecca White, chercheuse au Security Lab d’Amnesty International

« Les autorités iraniennes ont déjà eu recours à une coupure d’Internet pour restreindre les communications et l’accès à l’information. En novembre 2019, les forces de sécurité ont tué illégalement des centaines de manifestants et de passants durant cinq jours de protestations, tandis que les autorités imposaient une quasi-totale coupure d’Internet. Elles ont de nouveau appliqué cette stratégie lors du soulèvement Femme, Vie, Liberté entre septembre et décembre 2022, au cours duquel les forces de sécurité ont, là encore, tué illégalement des centaines de manifestants et de civils.

« Le droit de manifester s’étend également à l’espace numérique. Les coupures générales ou totales d’Internet sont intrinsèquement disproportionnées au regard du droit international des droits humains et ne doivent jamais être imposées, même en situation d’urgence. Les autorités iraniennes doivent rétablir immédiatement un accès complet à Internet.

« Face aux informations faisant état d’un bilan humain en hausse en Iran, Amnesty International renouvelle son appel à une action diplomatique internationale urgente, mettant en garde contre le risque de nouvelles effusions de sang, alors que la coupure d’Internet offre une couverture aux forces de sécurité responsables de violations graves. »

Contexte

Depuis le 28 décembre 2025, les autorités iraniennes mènent une répression violente contre les manifestants à travers le pays, marquée par un usage illégal de la force, le recours aux armes à feu et des arrestations arbitraires massives. Cette répression a entraîné la mort d’au moins 28 manifestants et passants, dont des enfants, dans 13 villes réparties sur huit provinces, entre le 31 décembre 2025 et le 3 janvier 2026. Amnesty International enquête actuellement sur des informations selon lesquelles les forces de sécurité auraient intensifié leur recours à la force létale illégale depuis l’instauration de la coupure d’Internet, provoquant de nouveaux morts et blessés.

Les manifestations ont éclaté le 28 décembre 2025 à Téhéran, la capitale, à la suite d’un effondrement brutal de la monnaie et d’une inflation galopante. Elles se sont depuis étendues à l’ensemble du pays, les manifestants appelant à la chute du système de la République islamique.

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