samedi 10 janvier 2026

L’Iran plongé dans l’obscurité, le soulèvement lui a continué

 Le 8 janvier 2026, l’Iran est entré dans une nouvelle phase, plus dangereuse encore. Dans les 31 provinces et plus de 130 villes, des millions de citoyens – bien au-delà des foyers habituels de protestation – ont envahi les rues, les bazars et les carrefours lors d’un soulèvement décentralisé et sans précédent contre la dictature cléricale. Ce qui avait commencé comme un mécontentement économique s’est transformé en rébellion politique : des slogans tels que « Mort au dictateur » et « Liberté » ont retenti à Téhéran, Ispahan, Chiraz et Mashhad, tandis que les marchés se vidaient et que les travailleurs quittaient leur travail. Des témoignages et des vidéos en provenance du pays ont documenté des affrontements incessants avec les forces de sécurité, des barricades en feu et une atmosphère plus explosive que tout ce qui avait été observé depuis le soulèvement de 2022-2023.

Presque immédiatement, le régime a fait ce qu’il fait toujours lorsqu’il se sent acculé : il a tenté d’étouffer l’affaire. Le jour même, les autorités ont imposé une coupure totale d’internet à l’échelle nationale – une mesure confirmée par de nombreux groupes de surveillance et observateurs comme une coupure délibérée des communications, imposée par l’État. Les réseaux mobiles et fixes nationaux ont été perturbés, bridées et, dans de nombreux cas, rendues inutilisables. L’intention était claire : couper les Iraniens les uns des autres et du reste du monde, étouffer la documentation des violences et empêcher que les images de la résistance ne parviennent aux observateurs étrangers. Mais la coupure d’électricité a aussi révélé la panique du régime. C’était l’aveu que l’État ne maîtrisait plus le discours, et encore moins la rue.

Les manifestations ne sont pas apparues ex nihilo. Elles sont enracinées dans un profond effondrement économique qui domine le quotidien depuis des années et menace désormais de paralyser le pays. L’inflation a dépassé les 40 %, les budgets des ménages sont au plus bas et le rial iranien a chuté à plusieurs reprises à des niveaux records face au dollar. La croissance officielle est au point mort, la pauvreté a explosé et les produits de première nécessité comme la nourriture et le carburant sont devenus inabordables pour une grande partie de la population. Le 28 décembre 2025, les commerçants des bazars – piliers du petit commerce iranien – ont fermé leurs boutiques en signe de protestation, déclenchant un mouvement de contestation plus large qui a rapidement touché plusieurs générations et régions.

Ali Khamenei est intervenu dans cette crise nationale dévastatrice, non pas par concession, ni par empathie, mais avec la rhétorique fragile d’un régime en pleine déliquescence. Dans son allocution télévisée du 9 janvier, le guide suprême du régime a fait deux déclarations révélant à la fois sa stratégie et son désespoir. Premièrement, il a insisté sur le fait que Téhéran « ne reculera pas » face aux manifestations, qualifiant la dissidence d’œuvre de « vandales » et de « saboteurs » bénéficiant d’un soutien étranger. Plus tard, dans un appel saisissant à la rancœur nationaliste et à l’hostilité internationale, il accusa les États-Unis – et plus particulièrement leur président – d’« arrogance » et d’avoir « les mains tachées du sang iranien », allant même jusqu’à prédire que le dirigeant américain serait finalement « renversé ». Le message était clair : le régime ne voit désormais d’autre stratégie de survie que la confrontation totale.

La situation est d’autant plus complexe que Reza Pahlavi, fils du shah déchu d’Iran, réapparaît après une absence remarquée pour tirer profit d’un soulèvement déjà bien engagé. À son retour de vacances, il lança une campagne de communication soigneusement orchestrée appelant à la « résistance civile », alors que les manifestations faisaient rage depuis près de douze jours, alimentées par des réseaux locaux et des Unités de Résistance organisant des actions en continu à travers le pays. Néanmoins, amplifié par des médias persans financés par l’étranger, de fausses vidéos, de faux comptes sur les réseaux sociaux et des personnalités d’Instagram récemment présentées comme des acteurs politiques, Pahlavi s’est empressé de s’approprier le mouvement. Pour beaucoup en Iran, cette tentative de s’approprier a posteriori une révolte décentralisée – construite à travers une confrontation soutenue et des risques réels – ressemblait moins à un acte de leadership qu’à une récupération politique.

Pour de nombreux Iraniens à l’intérieur du pays – subissant une répression brutale et des manifestations nocturnes. Les combats de rue et les affrontements quotidiens avec les forces de sécurité sonnent creux. La réalité des tirs à balles réelles, des arrestations massives et des escarmouches urbaines persistantes contredit frontalement les affirmations de Pahlavi selon lesquelles il commanderait une force théorique de 50 000 transfuges et ses appels abstraits à la désobéissance civile lancés à distance. Ce qui se déroule sur le terrain n’est ni une transition orchestrée ni une campagne disciplinée en attente de directives, mais une révolte organique et décentralisée, forgée dans la confrontation directe avec la violence d’État – et non une mise en scène de l’exil ou une vaine spéculation sur le pouvoir.

Pour la communauté internationale, les enjeux sont bien réels. Le silence ou l’ambiguïté face à la répression de masse ne peuvent être interprétés par le régime que comme une forme d’acquiescement. Si les dirigeants mondiaux accordent véritablement la priorité aux droits humains et à la liberté politique, leur réponse doit être à la hauteur de l’urgence : rompre les relations diplomatiques avec la dictature cléricale, expulser ses émissaires, imposer le statut de non-grata à ses responsables et affirmer le droit inaliénable du peuple iranien à l’autodéfense et à la résistance contre l’oppression. La propagande creuse de Pahlavi et ses tentatives de récupération des manifestations populaires ont sapé le mouvement et servi les intérêts du régime clérical.

En Iran, malgré le black-out et la répression brutale, les manifestations ne s’éteignent pas et ne s’éteindront pas. Les citoyens continuent d’utiliser tous les moyens à leur disposition – VPN, internet par satellite, pics de connexion, réseaux de confiance – pour diffuser leurs témoignages, leurs images, leurs souffrances et leur résistance au monde extérieur, notamment aux canaux de résistance organisés qui suivent l’évolution de la situation en temps réel. Malgré les violences, la voix de la rue parvient encore à se faire entendre malgré le silence imposé par le régime.

L’Iran ne se contente plus de résister à la répression. Il revendique son avenir. La capacité du monde à l’entendre à temps sera l’un des tests décisifs de cette période.

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