mardi 13 janvier 2026

Quand le passé met l’avenir en garde : pourquoi le soulèvement iranien ne peut plus être détourné

 L’histoire n’est pas seulement un récit du passé. Pour les nations vivant sous la dictature, elle est un système d’alerte. Le passé de l’Iran montre, à maintes reprises, comment les soulèvements populaires ont été détournés, écrasés ou confisqués — et pourquoi le soulèvement iranien d’aujourd’hui ne doit pas connaître le même sort.

Le 3 janvier 2026, le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, a une nouvelle fois répété une formule bien connue : la nécessité de « séparer les manifestants des émeutiers ». Cette déclaration n’a rien de nouveau, et elle n’est en rien anodine. Dans la réalité politique iranienne, ce type de langage constitue un signal clair annonçant la répression, les arrestations massives et les tueries. Il a été utilisé à maintes reprises pour étouffer temporairement les soulèvements — mais chaque fois, il n’a fait qu’accumuler davantage de colère en vue de la prochaine explosion.

Ce cycle ne peut se poursuivre indéfiniment. Les soulèvements récents révèlent un schéma clair : chaque nouvelle vague de protestation est plus radicale, plus étendue et plus déterminée que la précédente. La dictature fonctionne comme une cocotte-minute. À un moment donné, elle explose. Ce n’est pas une prédiction — c’est une loi historique.

Que le soulèvement actuel atteigne ce moment décisif, ou que celui-ci survienne lors de la prochaine vague, dépendra uniquement du peuple iranien.

Comment le régime tente de détourner le soulèvement

À ce stade, le régime ne s’appuie plus uniquement sur ses forces de sécurité officielles. Il a déployé d’autres outils, plus sournois :

  • L’envoi dans les rues de voyous liés aux services de renseignement

  • La promotion de slogans monarchistes pour semer la confusion et diviser les manifestants

  • Le lancement de vastes campagnes de manipulation numérique et de faux contenus sur les réseaux sociaux

  • La production de vidéos fabriquées de toutes pièces présentant faussement le soulèvement comme un mouvement monarchiste

L’objectif est clair : affaiblir l’unité sociale, déformer l’identité du soulèvement et l’éloigner de ses véritables revendications.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Les dictatures et les forces contre-révolutionnaires ont utilisé des tactiques similaires à des moments critiques de l’histoire iranienne — et parfois, elles ont réussi. C’est précisément pour cela que la mémoire historique est aujourd’hui essentielle.

Leçon n°1 : la Révolution constitutionnelle

Durant la Révolution constitutionnelle, des figures révolutionnaires telles que Cheikh Mohammad Khiabanile colonel Pessian et Mirza Koutchak Khan œuvraient à conduire l’Iran vers de véritables réformes. Parallèlement, des généraux britanniques — en collaboration avec les forces russes blanches — ont contribué à organiser un coup d’État avec Reza Khan et Zia ol Din Tabatabaee. Cette intervention a mis fin à la Révolution constitutionnelle et bloqué la voie vers une démocratie réelle.

Leçon n°2 : l’installation du fils d’un dictateur

En 1941, après l’éviction de Reza Shah, la Grande-Bretagne plaça son fils, Mohammad Reza Shah, sur le trône. L’Iran avait été vidé politiquement par des années de répression. En l’absence de forces démocratiques solides, une nouvelle phase de dictature dépendante fut imposée au pays.

Leçon n°3 : le coup d’État contre le seul gouvernement national

Au début des années 1950, le Dr Mohammad Mossadegh forma le seul gouvernement véritablement national de l’histoire moderne de l’Iran. Exploitant les divisions internes et les tensions de la guerre froide, les puissances coloniales orchestrèrent le coup d’État de 1953, renversant Mossadegh et restaurant le Shah. Une fois encore, un mouvement populaire fut écrasé, à la fois de l’extérieur et de l’intérieur.

Leçon n°4 : la « Révolution blanche »

Dans les années 1960, alors que les mouvements démocratiques se développaient dans le monde, le Shah introduisit des réformes limitées et contrôlées sous le nom de « Révolution blanche ». Ces changements superficiels réussirent à détourner l’énergie révolutionnaire et à retarder une transformation véritable.

Leçon n°5 : la révolution anti-monarchique

Lorsque la monarchie s’effondra finalement, le vide politique créé par des années de répression fut exploité. Lors de la conférence de la Guadeloupe, les puissances occidentales s’accordèrent sur Ruhollah Khomeini comme alternative. Le général de l’OTAN Huyser fut envoyé à Téhéran pour organiser le départ du Shah et faciliter une prétendue « transition pacifique ». Le résultat ne fut pas la souveraineté populaire, mais une nouvelle forme de dictature.

Leçon n°6 : le prix payé par le peuple

Depuis lors, le peuple iranien a payé un prix immense pour la liberté. Plus de 100 000 vies ont été sacrifiées dans la lutte pour une société démocratique, juste et tournée vers l’avenir. Le soulèvement actuel s’appuie sur cet héritage de sacrifices.

La question décisive

La question centrale est désormais simple, mais historique : l’Iran peut-il enfin réussir une transition victorieuse ?

La réponse ne viendra ni des puissances étrangères, ni de la propagande, ni de symboles politiques recyclés. Elle viendra du peuple iranien lui-même, de sa résistance organisée, consciente et radicale — une résistance façonnée par une profonde connaissance de l’histoire et par l’expérience douloureuse des ingérences coloniales, des trahisons monarchistes et des crimes cléricaux.

Pour la première fois depuis des générations, les leçons du passé ne sont plus ignorées.
Et cela pourrait bien être le développement le plus dangereux de tous — pour la dictature.

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