Le différend ne se limite plus à l’opposition entre les soi-disant réformateurs et les tenants de la ligne dure. Le 26 août, l’agence de presse Tasnim, proche du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a publié une réponse cinglante du président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, à Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal *Kayhan*. « La négociation… n’a pas de valeur intrinsèque, mais elle n’est pas non plus un tabou », a écrit Ghalibaf, arguant que refuser d’assumer la responsabilité des pourparlers tout en attendant de dénoncer tout résultat comme une trahison relevait d’une stratégie de survie politique.
Cet argument est crucial car Téhéran négocie depuis une position intérieure qui se dégrade rapidement. Bien que le régime conserve le pouvoir de censurer, de contraindre et de mobiliser ses partisans, il est pris au piège entre deux options redoutables : des concessions douloureuses à l’étranger ou une asphyxie économique sur le plan intérieur. Dans un tel contexte, les luttes intestines entre factions deviennent véritablement dangereuses dès lors qu’elles révèlent une réalité fatale : aucun des deux camps ne dispose d’une feuille de route crédible pour rétablir la stabilité.
La mèche de l’essence
Le carburant constitue actuellement le point de tension immédiat. Le 26 août, le vice-président Mohammad Jafar Ghaempanah a déclaré que le système actuel n’était pas viable : « Le prix actuel de l’essence n’est pas juste. » Il a souligné que la production nationale était insuffisante et que les importations étaient limitées. Le 28 août, l’agence ISNA a rapporté que la Cour des comptes examinait les défaillances officielles à l’origine de « files d’attente inhabituelles » dans certaines stations-service, alors même que les autorités assuraient que les réserves disponibles étaient suffisantes.
Cette contradiction est politiquement explosive. L’Iran a connu le précédent de novembre 2019, lorsqu’une hausse soudaine du prix de l’essence avait déclenché un soulèvement national. Les responsables savent qu’un nouveau choc surviendrait dans un climat social bien plus fragile. Le 26 août, la Banque centrale a indiqué que l’inflation urbaine en glissement annuel avait atteint 84,4 % en août. Le 25 août, l’agence ILNA a calculé que le salaire de base légal était passé de l’équivalent de 232 dollars par mois en 2016 à environ 83 dollars aujourd’hui.
Même les statistiques sur la pauvreté ont pris une dimension sécuritaire. La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a déclaré ne pas pouvoir divulguer certains chiffres en raison de restrictions liées à la « sécurité », précisant que le Conseil suprême de la sécurité nationale devrait en autoriser la publication. C’est révélateur : l’État ne se contente pas de gérer la pauvreté comme un problème économique ; il considère la connaissance publique de cette pauvreté comme une menace potentielle.
La sécurité avant les réformes
La réponse coercitive est déjà visible. Le 28 août, l’agence IRNA a rapporté que le ministère du Renseignement avait arrêté 30 personnes à Mahallat et Nimvar pour leur implication présumée dans les manifestations de janvier 2026 ; l’agence Mehr avait auparavant fait état d’au moins 70 arrestations dans la province centrale en lien avec ces mêmes troubles. Le message est préventif : avant d’entreprendre des ajustements économiques douloureux, l’État renforce l’appareil nécessaire pour contenir toute réaction.
Le problème du régime n’est plus l’existence de crises distinctes, mais leur convergence. Son économie perd de sa capacité : les exportations hors hydrocarbures ont chuté de 28 % en glissement annuel au cours des cinq premiers mois de 2026, les importations ont reculé de 26 % et les ventes de pétrole ont été fortement réduites. Parallèlement, l’État perçoit de plus en plus la pauvreté, les pénuries de carburant et la colère de la population comme des menaces pour la sécurité, censurant les données économiques sensibles et multipliant les arrestations liées aux manifestations antérieures.
L’establishment religieux se retrouve ainsi avec une marge de manœuvre réduite. Les concessions économiques fragilisent ses finances ; les hausses de prix risquent d’embraser une société déjà à vif ; la répression attise l’hostilité de l’opinion publique ; et l’usage coercitif du détroit d’Ormuz aggrave l’isolement international du régime. Le danger majeur pour Téhéran réside dans le fait que ces pressions ne sont plus épisodiques : elles deviennent structurelles et simultanées. …et se renforçant mutuellement — réduisant la marge de manœuvre du régime et rendant chaque nouveau choc économique, social ou sécuritaire plus difficile à contenir que le précédent.
Source : CNRI

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire