Le régime iranien intensifie sa campagne de répression contre ses opposants politiques, les partisans de l’OMPI et leurs familles, alors qu’il est confronté à un mécontentement social et à une résistance croissants à travers le pays.
Les informations les plus récentes font apparaître un phénomène qui va bien au-delà des arrestations individuelles. Détentions arbitraires, disparitions forcées, perquisitions violentes dans les prisons, torture, isolement cellulaire, procédures judiciaires de façade et conditions de détention inhumaines sont utilisés simultanément dans les prisons et les centres de détention à travers l’Iran.
Les derniers cas indiquent que le régime cherche à réprimer la dissidence non seulement par les exécutions, mais également au moyen d’un système plus vaste d’intimidation destiné à isoler les prisonniers politiques et à empêcher que leur voix ne parvienne à l’extérieur.
Des détenus maintenus au secret
Au moins 11 personnes arrêtées entre mai et juillet 2026 demeurent sans que l’on dispose d’informations fiables sur leur lieu de détention ou leurs conditions de détention, ce qui suscite de graves inquiétudes quant aux risques de torture et d’autres formes de mauvais traitements durant les interrogatoires.
Les personnes identifiées sont les suivantes :
- Abolhasan Gholamreza-Nasab, 42 ans, originaire de Sarbaz, père d’un enfant, arrêté à Bam en mai.
- Ali-Akbar Karimi, 42 ans, originaire de Chenaran, électricien et père de deux enfants, arrêté à Chenaran en mai.
- Amir-Hossein Baddaghi, 21 ans, étudiant à l’université de Tabriz, originaire de Khoy, arrêté à Ourmia en mai.
- Mahmoud-Ali Arab, 20 ans, originaire d’Azadshahr, dans la province du Golestan, arrêté en mai.
- Ehsan Sahraei, 45 ans, originaire de Shahreza et père de deux enfants, arrêté en mai.
- Alireza Dahmardeh, 18 ans, originaire de Ziba Shahr, à Zahedan, arrêté en juin.
- Javad Behzadi, 34 ans, carreleur et père de deux enfants, originaire de Firuzabad, dans la province du Fars, arrêté à Bouchehr en juin. Son frère, Ehsan Behzadi, 29 ans, est également emprisonné.
- Ghazal Sayyadi, 38 ans, originaire de Téhéran, arrêtée à Andisheh en juillet.
- Ashkan Mortazavi, 38 ans, originaire de Sarpol-e Zahab et résidant à Mohammadshahr, à Karaj, arrêté à Karaj en juillet.
- Benjamin Obaydi, 41 ans, originaire de Masal, dans la province du Guilan, titulaire d’un doctorat en arts et père d’un enfant, arrêté à Masal en juillet.
- Amir-Aslan Mameneh, 20 ans, originaire d’Ilam, arrêté en juillet. Il avait déjà été arrêté en septembre 2025.
L’absence d’informations concernant ces détenus est particulièrement préoccupante, car les autorités iraniennes sont régulièrement accusées de priver les prisonniers d’accès à des avocats, à leurs familles et à des observateurs indépendants, tout en soumettant les détenus à des interrogatoires coercitifs et à la torture.
La Résistance iranienne a appelé les Nations unies, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et le Rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Iran à exiger des informations sur ces détenus et à réclamer l’accès à leurs lieux de détention.
Perquisition violente contre des prisonniers politiques à Evin
La répression s’est également intensifiée à l’intérieur des prisons iraniennes.
Samedi 8 août, vers 11 h 30, des gardiens de la prison d’Evine ont violemment perquisitionné les salles 3 et 4 du quartier 7. Selon les informations disponibles, les gardiens ont frappé des prisonniers tout en affirmant procéder à une fouille, ont détruit leurs effets personnels et confisqué leurs biens.
Le lieu de détention et l’état de plusieurs partisans de l’OMPI/MEK emprisonnés demeurent inconnus depuis cette perquisition, notamment Ehsan Rostami et Mojtaba Taghavi, dans la salle 3, ainsi qu’Amirhossein Moradi et Hassan Amidi, dans la salle 4.
Cet incident fait suite à une autre perquisition menée le 1er août, lorsque des gardiens ont fait irruption dans la salle 2 du quartier 7, ont frappé des prisonniers et ont emmené de force plusieurs partisans de l’OMPI, parmi lesquels Amirhossein Moradi, Ehsan Rostami, Pejman Toobreh-Rizi et Mojtaba Taghavi.
La répétition de ces agressions montre que les prisonniers politiques sont soumis à une politique coordonnée d’intimidation et de punition collective, plutôt qu’à des actes isolés d’inconduite de la part de gardiens individuels.
Des procès de façade utilisés pour prolonger la persécution
La répression du régime se poursuit également par l’intermédiaire de son système judiciaire.
La prisonnière politique Parisa Kamali, 39 ans, doit comparaître à nouveau le 10 août devant le tribunal de la prison centrale de Yazd pour des accusations de « propagande médiatique contre le régime ».
Kamali a été arrêtée en mai 2024 et condamnée par la suite à six ans de prison pour plusieurs chefs d’accusation, notamment son appartenance présumée à l’OMPI, des actes « contre la sécurité nationale » et la « destruction de biens publics ». Elle a ensuite été transférée à la prison de Yazd en exil, comme forme supplémentaire de punition.
Dans un message depuis la prison, Kamali a condamné le recours du régime aux exécutions et aux massacres pour répandre la peur, déclarant que les prisonniers politiques avaient dépassé le stade de la peur et étaient désormais remplis de colère et de détermination.
Son cas illustre la manière dont le système judiciaire iranien est utilisé non pas simplement pour trancher des affaires, mais pour prolonger la punition des prisonniers politiques par des poursuites répétées, des transferts pénitentiaires, l’exil et de nouvelles accusations.
Torture et mauvais traitements délibérés derrière les murs des prisons
D’autres prisonniers politiques sont confrontés à de fortes pressions physiques et psychologiques.
À la prison de Sheiban, à Ahwaz, le prisonnier politique Masoud Jamei aurait été soumis à de mauvais traitements après avoir protesté contre les conditions de détention. Les autorités l’ont placé à l’isolement sans dispositif de refroidissement adéquat, en pleine période de chaleur extrême à Ahvaz.
Jamei avait déjà été placé à l’isolement en juillet pour avoir protesté contre ces mêmes conditions.
Il avait été arrêté en 2023 avec Farshad Etemadifar et Alireza Mardasi. En juillet 2025, un tribunal du régime à Ahvaz a condamné les trois hommes à deux reprises à la peine de mort, ainsi qu’à une année supplémentaire d’emprisonnement, pour des accusations comprenant notamment le moharebeh (« inimitié envers Dieu »), « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale », l’appartenance présumée à l’OMPI et la propagande contre le régime.
Le recours à l’isolement dans des conditions de chaleur extrême, particulièrement contre un prisonnier qui protestait déjà contre ses conditions de détention, suscite de graves inquiétudes quant à l’existence d’une volonté délibérée d’infliger des souffrances physiques et des traitements cruels.
Des prisonniers battus pour avoir dénoncé les abus
À la prison de Lakan, à Rasht, des gardiens auraient violemment battu Hamzeh Darvish, un prisonnier sunnite, après qu’il eut dénoncé les conditions régnant à l’intérieur de la prison.
L’agression aurait été si violente que d’autres détenus ont dû transporter son corps, à demi inconscient, sur une civière jusqu’à l’infirmerie de la prison.
De telles attaques poursuivent un objectif plus large : empêcher les prisonniers de documenter ou de révéler les conditions qui règnent dans le système pénitentiaire iranien, notoirement opaque.
Lorsque les détenus qui témoignent des abus sont eux-mêmes battus ou placés à l’isolement, les autorités instaurent de fait un environnement dans lequel la torture et les mauvais traitements peuvent se poursuivre sans contrôle.
Des brouilleurs de signal utilisés contre les prisonniers
À la prison de Ghezel Hesar, les autorités auraient installé de puissants brouilleurs de signal dans l’unité 2 après une grève de la faim couronnée de succès et menée par environ 1 500 prisonniers.
Ces brouilleurs auraient perturbé les communications tout en provoquant chez les détenus des vertiges, des nausées et un important inconfort physique.
Plutôt que de répondre aux revendications à l’origine de la grève de la faim, les autorités semblent avoir choisi de restreindre la capacité des prisonniers à communiquer avec l’extérieur et d’ajouter un niveau supplémentaire de pression à l’intérieur de la prison.
Cette mesure met en évidence le recours du régime à des moyens technologiques, parallèlement à la répression physique, pour isoler les prisonniers du monde extérieur.
Un système fondé sur la peur et l’impunité
Les dernières informations font apparaître un schéma cohérent dans l’ensemble du système de détention iranien.
Le régime :
- arrête des opposants politiques et des jeunes sans fournir d’informations sur leur lieu de détention ;
- maintient des détenus au secret, suscitant des craintes de torture et de disparition forcée ;
- perquisitionne les quartiers réservés aux prisonniers politiques et agresse physiquement les détenus ;
- détruit et confisque les effets personnels des prisonniers ;
- utilise l’isolement et des conditions de détention délibérément éprouvantes comme moyens de punition ;
- engage des poursuites répétées contre des prisonniers politiques dans le cadre de procédures judiciaires opaques ;
- prononce des condamnations à mort contre des prisonniers politiques ;
- frappe les détenus qui dénoncent les abus ;
- restreint les communications depuis les prisons ; et
- applique des sanctions collectives contre les prisonniers qui participent à des manifestations ou à des grèves de la faim.
Ces mesures ne constituent pas de simples dysfonctionnements dans la gestion des prisons. Considérées dans leur ensemble, elles témoignent d’un effort systématique visant à réprimer la dissidence politique et à empêcher les prisonniers de devenir des foyers de résistance.
Les exécutions qui continuent d’être signalées à travers l’Iran s’inscrivent dans la même stratégie. Peine capitale, détentions arbitraires, torture et abus pénitentiaires fonctionnent comme des instruments interdépendants de répression politique.
Une action internationale est nécessaire de toute urgence
Le nombre croissant de cas souligne la nécessité d’une surveillance internationale indépendante des prisons iraniennes.
La Résistance iranienne a appelé le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le Rapporteur spécial sur l’Iran et d’autres organisations internationales de défense des droits humains à condamner le traitement réservé aux prisonniers politiques et à mettre en place une mission internationale d’établissement des faits chargée de se rendre dans les prisons iraniennes.
Une telle mission devrait bénéficier d’un accès sans restriction aux établissements de détention et être autorisée à rencontrer les prisonniers en privé, en particulier ceux qui sont menacés d’exécution, de torture, d’un isolement prolongé ou d’une détention au secret.
Le sort des détenus dont le lieu de détention demeure inconnu doit également être établi de toute urgence.
Le régime iranien a démontré à maintes reprises que les mécanismes nationaux sont incapables d’assurer une protection réelle aux prisonniers politiques. Son système judiciaire et ses institutions de sécurité sont eux-mêmes des éléments centraux de la répression.
Alors que les arrestations, les exécutions et les abus dans les prisons se poursuivent, le silence de la communauté internationale risque de renforcer le sentiment d’impunité du régime. Les cas qui émergent d’Evine, de Sheiban, de Lakan, de Ghezel Hesar et des centres de détention à travers l’Iran montrent que la campagne de répression reste active — et que les prisonniers politiques continuent de payer le prix le plus élevé pour avoir défié un système déterminé à préserver son pouvoir par la peur.
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