Cette posture a été définie le 6 mars 2026, lorsque le commandant de police Ahmad-Reza Radan a déclaré que les forces frontalières étaient pleinement équipées, « prêtes à faire feu » et disposées à écraser toute « tentative » aux frontières ou à l’intérieur des villes. Il a également affirmé que les forces de police et les Bassidj étaient actives dans les zones urbaines et que ceux accusés de perturber l’opinion publique en ligne étaient traités « avec fermeté ». Le même jour, Sadegh Amoli Larijani a appelé les forces militaires et de police à agir avec « plus d’autorité » afin de ne laisser aucune brèche aux ennemis du régime.
Ce durcissement de la ligne intervient à un moment où l’État est particulièrement vulnérable. Le 10 mars, les autorités iraniennes ont annoncé des funérailles à Téhéran pour certains des hauts commandants et responsables tués pendant la guerre, notamment Abdolrahim Mousavi, Mohammad Pakpour, Ali Shamkhani, Aziz Nasirzadeh et Mohammad Shirazi. La mise en scène publique de ces funérailles vise à projeter une image de continuité et de détermination. Mais cela souligne aussi l’ampleur des pertes subies par le régime.
Répression des célébrations
L’exemple le plus frappant s’est produit à Fardis, près de Karaj, où deux frères, Ahmad Reza Feyzi, 15 ans, et Amirhossein Feyzi, 19 ans, auraient été abattus après avoir klaxonné avec leur père pour célébrer la mort d’Ali Khamenei. Selon des témoignages, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la voiture familiale et ont continué à tirer même après son arrêt. Cet épisode illustre la réaction du régime à l’heure actuelle : la joie populaire face à l’affaiblissement du système est réprimée à balles réelles.
Parallèlement, le ministère du Renseignement a annoncé le 10 mars avoir arrêté un ressortissant étranger et 30 personnes soupçonnées d’espionnage, de « mercenaires » et d’opérations ces derniers jours, soulignant ainsi la façon dont le régime définit le danger intérieur. Reuters a également rapporté que ces arrestations avaient été présentées par les médias d’État comme faisant partie d’une campagne de sécurité intérieure en expansion.
La répression s’étend désormais au-delà des rues. Le 9 mars, Amnesty International a déclaré que les autorités iraniennes refusaient de libérer les prisonniers détenus arbitrairement malgré les dangers posés par les frappes aériennes à proximité, et que certains détenus avaient été transférés vers des lieux tenus secrets ou proches de cibles militaires potentielles. Parallèlement, le black-out internet imposé après le début du conflit est resté en vigueur, isolant davantage la population et limitant tout contrôle. Des reportages internationaux récents ont fait état de craintes en Iran quant à une possible orientation sécuritaire encore plus marquée du régime post-Khamenei.
Un défi désespéré
L’attitude de défi du régime s’est accentuée après que Massoud Pezeshkian a tenté d’apaiser la région. Il a présenté ses excuses aux États voisins touchés par les attaques du régime et a déclaré que les dirigeants avaient décidé que l’Iran devait cesser de frapper les pays voisins, sauf si les attaques contre l’Iran provenaient de leur territoire. Il a également présenté la question comme relevant de la diplomatie, et non d’une escalade régionale.
Cette position a rapidement été contredite par l’armée. Le porte-parole des forces armées, Abolfazl Shekarchi, a déclaré que tout pays facilitant des attaques contre l’Iran resterait une cible légitime, tandis que d’autres organes du régime insistaient sur la poursuite des frappes contre les bases et installations utilisées par les États-Unis et Israël. L’objectif n’était pas seulement de corriger Pezeshkian, mais aussi d’effacer toute impression de repli, de projeter une image de force face aux ennemis étrangers et d’éviter un effondrement du moral au sein des forces du régime, de ses supplétifs et de ses fidèles.
Une capitale sous le joug
Au niveau de la rue, le tableau est encore plus éloquent. Les médias internationaux ont décrit Téhéran comme une capitale paralysée par la peur et vidée de ses habitants. France 24 a rapporté que les frappes aériennes avaient gravement perturbé la vie quotidienne et que peut-être 3 à 4 millions de personnes avaient quitté la ville, cherchant refuge dans les villages, sur les côtes caspiennes ou dans des villes plus petites, moins susceptibles d’être touchées. Les magasins étaient fermés, la circulation avait quasiment disparu et les barrages routiers armés étaient devenus l’une des caractéristiques marquantes de la ville. Les automobilistes qui restaient étaient, selon les témoignages, arrêtés, contrôlés et contraints d’ouvrir leur coffre.
L’Agence France-Presse, dans un reportage sur le renforcement des contrôles en temps de guerre, a indiqué que les autorités avaient déployé des barrages routiers massifs et des points de contrôle dans les rues. Les forces de sécurité, tout en coupant l’accès à Internet, ont pris les Iraniens au piège « entre les bombes et leur gouvernement ». Selon certaines sources, les célébrations suite à la mort de Khamenei ont été rapidement réprimées. Des habitants, cités par l’AFP, ont décrit une ville sous le joug de l’intimidation : l’un d’eux a déclaré que les Gardiens de la révolution avaient bouclé les principaux axes routiers avec des hommes armés et des mitrailleuses lourdes « pour effrayer la population » ; un autre a affirmé que des agents en civil armés étaient omniprésents ; un ingénieur de Téhéran a témoigné que les forces de sécurité patrouillaient dans les rues, contrôlant les téléphones portables et harcelant les civils.
Les déclarations d’autres responsables de l’État vont dans le même sens. Le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a déclaré que l’Iran « ne cherchait certainement pas un cessez-le-feu ». Le porte-parole du pouvoir judiciaire, Asghar Jahangir, a affirmé que les autorités ne permettraient à personne de « tirer profit » de la situation actuelle. La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a déclaré que la nomination d’un troisième guide suprême avait rétabli la cohésion nationale. Cette insistance répétée sur la fermeté, l’ordre et la cohésion suggère non pas un contrôle serein, mais une vive inquiétude face à l’instabilité intérieure.
Crainte d’un nouveau soulèvement
Les menaces proférées par de hauts responsables, la volonté de rétablir la continuité après un bouleversement du pouvoir, les luttes intestines autour de la politique militaire et la militarisation de Téhéran convergent toutes vers une même conclusion : un régime soumis à une pression exceptionnelle retourne son appareil coercitif contre lui-même. Plus il s’efforce de projeter une image de force, plus son angoisse transparaît.
Ce que les dirigeants iraniens semblent craindre, ce n’est pas seulement une attaque étrangère, mais aussi la possibilité qu’une guerre, des troubles liés à la succession et une faiblesse manifeste puissent ouvrir la voie à ce qu’ils s’efforcent d’empêcher depuis des années : un nouveau soulèvement national.

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