lundi 23 mars 2026

Ahmadreza Radan : rôle central dans la mise en œuvre de la répression en Iran

 Commandement des forces de l’ordre du régime en Iran : sécurité intérieure et contrôle social

Ahmadreza Radan, commandant en chef des forces de l’ordre du régime en Iran (FARAJA), est considéré comme l’une des figures clés de la structure de sécurité intérieure du pays. Son parcours est étroitement associé à la gestion et à la mise en œuvre de politiques répressives à l’encontre des citoyens, en particulier dans le contexte des manifestations nationales.

L’examen de son parcours, de ses fonctions et de ses actions montre que son rôle ne s’est pas limité à un commandement administratif, mais s’est étendu à la conception, à l’orientation et à l’exécution opérationnelle de politiques ayant conduit à des violations généralisées des droits fondamentaux.

Contexte et formation d’un profil sécuritaire

Ahmadreza Radan est né en 1963 à Ispahan et a commencé ses activités au début des années 1980 au sein du Basij, puis du Corps des gardiens de la révolution islamique.

Sa présence dans des zones de conflit, notamment au Kurdistan pendant la guerre Iran-Irak, a constitué sa première expérience dans les domaines sécuritaire et militaire.

Dans les années 1990, avec le transfert de personnels du Corps des gardiens de la révolution vers les forces de l’ordre, Radan a intégré cette institution et a progressivement assumé des responsabilités de commandement, notamment dans des provinces sensibles sur le plan sécuritaire comme le Kurdistan et le Sistan-et-Baloutchistan.

Ce parcours a posé les bases de son rôle en tant que commandant sécuritaire spécialisé dans la gestion des troubles internes.

Rôle dans la consolidation d’un modèle répressif au sein de la police

Le mandat de Radan comme commandant du Grand Téhéran (2006–2008) constitue un tournant dans son parcours. Durant cette période, des initiatives sous l’intitulé de « sécurité sociale » ont été mises en œuvre, impliquant des confrontations étendues et souvent violentes avec les citoyens, en particulier les femmes, en lien avec le port obligatoire du hijab.

Ces initiatives se sont accompagnées d’arrestations massives, d’interventions dans l’espace public et de pressions sociales, traduisant l’extension d’une approche sécuritaire dans la vie quotidienne des citoyens.

Des rapports de cette période ont également documenté des traitements publics humiliants infligés aux détenus dans l’espace urbain, constituant des violations systématiques de la dignité humaine.

Cas documentés de violations des droits humains et rôle direct de Radan

Centre de détention de Kahrizak et morts de détenus (2009)

Lors des manifestations de 2009, Radan, en tant que commandant adjoint des forces de l’ordre, a joué un rôle clé dans la prise de décision et la mise en œuvre des politiques sécuritaires. Le transfert de détenus vers le centre de détention de Kahrizak, reconnu comme illégal, a eu lieu durant cette période.

Dans ce centre, plusieurs personnes — dont Mohsen Ruholamini, Amir Javadifar, Mohammad Kamrani, Ramin Aghazadeh Gahremani et Ahmad Nejati-Kargar — sont mortes à la suite de tortures, de passages à tabac et de conditions inhumaines.

Les témoignages de survivants évoquent le rôle et la présence des forces de l’ordre dans les processus d’arrestation et d’interrogatoire. Les déclarations ultérieures de Radan, exprimant l’absence de regret, témoignent de son adhésion à l’approche adoptée.

« Plan de sécurité sociale » et atteinte à la dignité humaine (2006–2008)

Sous son commandement à Téhéran, des politiques ont été mises en œuvre entraînant une confrontation étendue avec les citoyens dans la sphère sociale.

Dans ce cadre, des défilés publics de détenus dans des conditions dégradantes ont été signalés, utilisés comme outil de pression sociale. Ces pratiques ont suscité de vives critiques en matière de droits humains.

Parallèlement, les mesures coercitives à l’encontre des femmes ne respectant pas le hijab obligatoire se sont intensifiées, avec une surveillance accrue des tenues vestimentaires.

Mise en œuvre du « plan Noor » et intensification de la répression des femmes (2022–présent)

Après sa reconduction en 2022, les politiques liées au hijab obligatoire se sont intensifiées dans le cadre de dispositifs tels que le « plan Noor ».

Selon des rapports sur les droits humains, ces politiques ont conduit à des arrestations arbitraires, des violences physiques, des pressions psychologiques et diverses formes de harcèlement à l’encontre des femmes et des jeunes filles.

Dans un cas signalé en 2025, le traitement violent de deux adolescentes a suscité de nombreuses réactions. La réponse de Radan, qualifiant le comportement des agents de simplement « non professionnel », reflète l’approche officielle face à ce type d’incidents.

Des sanctions humiliantes à l’encontre des femmes ont également été rapportées.

Rôle dans la répression des manifestations et les arrestations de masse (notamment en 2025)

Lors des manifestations nationales de ces dernières années, en particulier en 2025, les forces placées sous le commandement de Radan ont été en première ligne dans la confrontation avec les manifestants, leur répression, leur mise à mort et leur arrestation.

Les rapports font état d’un recours généralisé à la force, y compris des tirs directs, entraînant la mort de milliers de personnes dans les rues — parmi lesquelles des enfants, des personnes âgées et des passants — ainsi que l’arrestation de dizaines de milliers d’individus à travers le pays.

De nombreux détenus ont été transférés vers des centres où l’accès aux droits fondamentaux était restreint, tandis que les familles restaient sans information sur le sort de leurs proches.

Ce schéma s’inscrit dans la continuité des précédents mouvements de contestation.

Déclarations officielles et cadrage sécuritaire des manifestations

Le 10 mars 2026 (19 Esfand 1404), Ahmadreza Radan a déclaré lors d’une interview télévisée :

« Si quelqu’un descend dans la rue sous l’influence de l’ennemi, nous ne le considérons pas comme un manifestant ; nous le considérons comme un ennemi. »

Il a ajouté :

« Toutes nos forces sont prêtes, le doigt sur la gâchette. »

Ces déclarations illustrent un cadre d’analyse qui assimile les protestations civiles à des menaces sécuritaires et crée les conditions d’un recours à la force létale.

Sanctions internationales et condamnations

Ahmadreza Radan a été inscrit sur les listes de sanctions de plusieurs pays en raison de son rôle dans des violations des droits humains :

  • États-Unis (2010) : répression des manifestations de 2009 et événements de Kahrizak ; gel des avoirs et restrictions financières
  • Union européenne (2011) : arrestations arbitraires, torture et répression ; interdiction de voyager et gel des avoirs
  • Canada (2024) : implication dans des politiques répressives contre les femmes ; interdiction d’entrée et gel des avoirs
  • Australie (2026) : rôle dans la répression violente des manifestations ; restrictions financières et interdiction de voyager

Conclusion

L’analyse du parcours d’Ahmadreza Radan montre qu’à différentes périodes — notamment lors des manifestations de 2009, durant son commandement à Téhéran, après 2022 et lors des événements de 2025 — il a occupé des positions dans lesquelles les décisions et politiques mises en œuvre ont conduit à des violations des droits fondamentaux.

La répétition de ce schéma sur plus d’une décennie indique un lien direct entre l’autorité de commandement et l’exécution opérationnelle des politiques sécuritaires.

Les éléments disponibles suggèrent que son action ne relève pas d’événements isolés, mais s’inscrit dans un processus continu fondé sur l’usage de la force, les arrestations massives et la restriction des droits des citoyens.

Dans ce cadre, Ahmadreza Radan, en tant que figure centrale de la structure de sécurité intérieure, occupe une position clé dans toute analyse liée à la responsabilité en matière de droits humains.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire