Dans cette analyse, Wesley Martin, colonel (à la retraite) et ancien officier supérieur de la lutte antiterroriste pour l’ensemble des forces de la coalition en Irak, décrit le « Projet de prospérité de l’Iran » de Reza Pahlavi comme un projet autoritaire dissimulé sous un vernis de transition démocratique. Le colonel Martin soutient que Pahlavi se présente faussement comme le « Prince héritier » et le « Chef du soulèvement national », tout en élaborant un modèle de transition qui concentrerait un pouvoir exorbitant entre ses mains : la nomination du Conseil du soulèvement national, le contrôle de la direction des trois pouvoirs et la gouvernance par le biais de « lois temporaires » pendant une durée maximale de 180 jours. L’avertissement principal de Martin est sans appel : il ne s’agit pas d’un chemin vers la démocratie, mais d’une méthode pour remplacer une dictature par une autre.
Rapport d’évaluation
Le plan de Pahlavi pour l’Iran
Objectif : En juillet 2025, Reza Pahlavi a publié un document de 169 pages intitulé : « Projet de prospérité de l’Iran, Livret de la phase d’urgence ». Cette évaluation analyse les intentions cachées révélées involontairement par les propres déclarations de Reza Pahlavi dans ce document.
Contexte :
a- Parmi d’autres titres, Reza Pahlavi se proclame prince héritier d’Iran. Ce titre autoproclamé est sans fondement. Son père, le Shah Mohammad Reza Pahlavi, a abdiqué en 1979, s’est exilé avec sa famille et est décédé d’un cancer l’année suivante. Grâce à l’immense fortune détournée par Mohammad Reza Pahlavi avant de fuir l’Iran, la famille Pahlavi a mené une vie de luxe jusqu’à aujourd’hui.
b- Il convient de rappeler que la famille Pahlavi a repris le pouvoir suprême en Iran en 1953 à la suite d’un coup d’État orchestré par Mohammad Reza Pahlavi, la CIA et le MI6 britannique. Ce coup d’État faisait suite à la nationalisation de l’industrie pétrolière iranienne par le Premier ministre de l’époque, Mohammad Mossadegh, qui exigeait de British Petroleum et de tout futur exportateur qu’ils paient le pétrole au juste prix du marché.
c- Lors de la fuite des Pahlavi d’Iran en 1979, une brève fenêtre d’opportunité s’est ouverte pour le retour de la démocratie dans le pays. Cette opportunité a été brutalement anéantie par le retour à Téhéran de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, après son exil à Paris. Presque aussitôt, le pays tout entier est tombé aux mains des extrémistes religieux, donnant naissance à la République islamique d’Iran. Les citoyens iraniens sont passés d’un régime brutalement oppressif à un autre encore plus répressif.
d- Comme en témoignent les manifestations massives de janvier 2026 et les soulèvements populaires de ces dernières années, le gouvernement fondamentaliste est en train de s’effondrer. Tel un phénix renaissant de ses cendres, Reza Pahlavi se présente comme l’homme naturel et le plus qualifié pour prendre immédiatement les rênes du pouvoir en Iran. Il s’octroie ainsi un second titre : celui de Guide du soulèvement national.
Résumé : La première page présente les auteurs et les autres membres de l’équipe. La grande majorité d’entre eux sont trop jeunes pour avoir vécu sous la monarchie Pahlavi. Aucun, à l’instar de plus de 90 % des Iraniens actuels, n’est assez âgé pour se souvenir de la vie avant le coup d’État de 1953.
Les dernières sections du livret « Projet de prospérité de l’Iran – Phase d’urgence » de Pahlavi proposent une analyse préliminaire des mesures à prendre pour stabiliser le pays. Elles offrent également un aperçu des problèmes qui ne manqueront pas de surgir après la chute du gouvernement actuel. Nombre de ces problèmes sont vieux de plus de sept décennies, hérités des systèmes autoritaires corrompus et dysfonctionnels de la monarchie Pahlavi et du régime fondamentaliste. Le président américain Ronald Reagan a déclaré avec justesse : « La liberté est fragile et elle n’est jamais qu’à une génération de disparaître. » Depuis plus de sept décennies, trois générations d’Iraniens sont privées de leur droit à la démocratie. Par ses propres mots, Reza Pahlavi indique clairement qu’il souhaite priver les citoyens iraniens de démocratie pendant au moins une génération supplémentaire, dans sa quête pour restaurer la monarchie abdiquée de son père.
Le plan d’action de Pahlavi commence dès le départ par sa déclaration selon laquelle il est le seul capable de mener l’Iran vers l’avenir. Dans le livret « Phase d’urgence du Projet de prospérité de l’Iran », Pahlavi affirme que le contrôle absolu du gouvernement et sa gouvernance par le biais de nominations de son choix ne seront qu’une mesure « temporaire ». Six mois de pouvoir sans partage lui suffisent pour mettre en œuvre son projet de changer son titre de « Prince héritier » en celui de « Shah ». Dans le livret de la phase d’urgence du Projet de prospérité de l’Iran, Reza Pahlavi s’autoproclame d’emblée leader présomptif de l’Iran et instigateur des troubles de janvier 2026. Immédiatement après les brefs points présentés dans la section 1 (Objectifs du gouvernement de transition) et la section 2 (Principaux domaines d’intervention), Reza Pahlavi entame son récit.
Section 3 : Processus politique et cadre de transition de la République islamique (page 6).
a. Citations :
(1) Paragraphe 1 : …Le prince héritier Reza Pahlavi, en sa qualité de chef du soulèvement national (ci-après « Chef du soulèvement national ») et afin de superviser la période de transition, établit deux institutions. (page 6)
Conseil du soulèvement national : Ce conseil a un rôle consultatif et constitue l’organe décisionnel du Chef du soulèvement national.
Soulèvement national. Ses membres sont choisis parmi les ressortissants iraniens et étrangers. (page 6)
Équipe exécutive temporaire : Cette équipe est chargée de la mise en œuvre des politiques et de l’exécution des décisions du Chef du soulèvement national. Ses membres sont choisis parmi les ressortissants iraniens et étrangers. (page 6)
(2) Paragraphe 2 : Pour des raisons de sécurité liées à la répression brutale des dissidents par la République islamique, l’identité des membres ne sera pas divulguée avant la chute du régime. (page 6)
(3) Paragraphe 3 : Suite à la chute de la République islamique par une révolution nationale menée par le peuple iranien avec le soutien des forces armées et des forces de l’ordre, le pays sera gouverné, pendant la période de transition, par le Système de transition (composé de trois institutions), sous l’autorité du Guide du soulèvement national. Ces trois institutions sont le Conseil du soulèvement national (pouvoir législatif), le Gouvernement de transition (pouvoir exécutif) et le Divan de transition (pouvoir judiciaire) (page 6).
(4) Paragraphe 4 : La nomination et la révocation des dirigeants des trois institutions ne pourront intervenir que sur proposition du Conseil du soulèvement national (qui requiert un vote à la majorité absolue de ses membres) et après approbation du Guide du soulèvement national… (page 6)
(5) Paragraphe 6 : Les membres du Conseil du soulèvement national, représentatifs de la diversité de la nation iranienne unie, seront nommés par le Guide du soulèvement national. (page 7)
(6) Paragraphes 7 et 7.4 : Les responsabilités du Conseil comprennent, entre autres, l’adoption des lois temporaires nécessaires à la gestion du pays pendant la période de transition (page 7).
b. Évaluation :
(1) Malgré la mise en avant de ses deux titres autoproclamés, Reza Pahlavi ne peut être le prince héritier d’une monarchie dont son père a abdiqué. La monarchie n’existe plus. De plus, Reza Pahlavi n’est pas le chef du soulèvement national. Il tente de s’attribuer le mérite d’un événement qu’il n’a pas initié.
(2) Conformément à son plan, Reza Pahlavi nomme le Conseil du soulèvement national. De ce conseil, Reza Pahlavi reçoit les noms des chefs des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Il est clairement indiqué dans son plan que Reza Pahlavi a le droit de refuser les noms qui lui sont proposés. Cela n’est pas différent de ce que vit actuellement le peuple iranien, où l’approbation des nominations et l’acceptation des candidats doivent être validées par le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei.
(3) Le paragraphe 2 reconnaît que Pahlavi a déjà désigné parmi ses fidèles ceux qui siégeront au Conseil national du soulèvement et à l’Équipe exécutive temporaire. Ceci est confirmé au paragraphe 6, où Pahlavi déclare explicitement avoir l’autorité exclusive pour nommer les membres du Conseil national du soulèvement.
(4) Le paragraphe 7.4 est préoccupant. Il prévoit l’adoption de lois temporaires nécessaires à la gestion du pays pendant la période de transition. Cette déclaration rappelle inévitablement la loi des pleins pouvoirs de 1932 (« Gesetz zur Behebung der Not von Volk und Reich », soit « Loi pour remédier à la détresse du peuple et du Reich »). Les lois des pleins pouvoirs ne nécessitaient pas l’approbation du Parlement et pouvaient déroger à la Constitution. Les « lois temporaires » de Pahlavi ne font l’objet d’aucun contrôle de cohérence, si ce n’est celui de ses propres représentants et, en dernier ressort, celui de lui-même.
(5) Autre sujet de préoccupation : le gouvernement de transition (sous l’égide du Guide du soulèvement national/Prince héritier Pahlavi) est censé durer entre 100 et 180 jours. Durant cette période, il abordera quinze domaines identifiés, dont l’armée et la sécurité, qui seront analysés au paragraphe 5 de la présente évaluation. On craint que ces 100 à 180 jours ne donnent à Pahlavi suffisamment de temps pour remplacer les responsables du régime islamique par ses propres fidèles.
Section 4 : Processus et cadre juridiques pour la transition de la République islamique (page 15).
a. Citations :
(1) Paragraphe 2. Trois cadres juridiques sont disponibles :
Option de rétablissement : Elle abroge toutes les lois promulguées par les autorités de la République islamique et rétablit immédiatement les lois en vigueur sous le règne de Mohammad Reza Shah Pahlavi. Option de maintien : Elle conserve les lois de la République islamique, reportant leur modernisation à un parlement élu.
Option hybride : Elle maintient par défaut les lois de la République islamique pendant la période de transition, tout en abrogeant les lois et dispositions spécifiques qui symbolisent la République islamique ou entravent la progression du système de transition.
(2) Paragraphe 3 : Ce Livre blanc a démontré que l’option hybride répond le mieux aux critères essentiels d’un cadre idéal…
(3) Paragraphe 4 : L’option hybride ne s’inspire pas d’exemples marquants de changements de régime survenus au cours des cinquante dernières années, tels que la dissolution de l’Union soviétique en 1991, la destitution de Saddam Hussein en Irak en 2003 ou les révolutions de 2011 en Tunisie et en Égypte.
(4) Paragraphe 5 : L’option hybride s’inspire plutôt de l’expérience britannique du Brexit. Bien qu’il n’ait pas entraîné de changement de régime, le Brexit a conduit à une transformation fondamentale et substantielle du système juridique britannique.
(5) Paragraphe 35. Le Conseil national du soulèvement publiera un décret officiel en trois parties (pages 22 et 23).
Paragraphe 35.1. Partie 1 : Dissolution de la Constitution de la République islamique, ainsi que de la totalité (ou d’une grande partie) de ses institutions. D’un point de vue juridique, cet acte établit officiellement le système de transition et crée la rupture nécessaire avec l’ancien régime pour obtenir la reconnaissance et le soutien internationaux.
Paragraphe 35.2. Partie 2 : Il est annoncé que, malgré la dissolution de la Constitution, toutes les lois en vigueur – à l’exception de celles explicitement mentionnées dans la Partie 3 (ou annoncées ultérieurement) – resteront applicables pendant la période de transition afin de maintenir la stabilité des affaires nationales.
Paragraphe 35.3. Partie 3 : Abrogation d’un certain nombre de lois ou de dispositions de celles-ci. Ceci marque le début d’une nouvelle ère pour la nation et prépare le terrain pour une modernisation future.
b. Citations :
(1) L’affirmation de Pahlavi selon laquelle son « option hybride » s’inspire de l’expérience britannique du Brexit est totalement erronée. L’analyse suivante de cette affirmation est celle de l’honorable Struan Stevenson, ancien député européen représentant l’Écosse :
L’affirmation de Pahlavi selon laquelle le Brexit a produit un « changement fondamental et substantiel » dans le système juridique britannique est tout simplement fausse. Le Brexit a été conçu pour assurer une continuité juridique maximale, et non une transformation systémique. Par le biais de la loi de 2018 sur le retrait de l’UE, la quasi-totalité du droit dérivé de l’UE a été transposée intégralement en droit national. Au lendemain du Brexit, le contenu du droit britannique était, pour l’essentiel, identique à celui de la veille.
Le système juridique britannique a conservé toutes ses caractéristiques fondamentales : la souveraineté parlementaire, la tradition de la common law, l’indépendance de la justice, la continuité constitutionnelle et les mêmes tribunaux interprétant les mêmes règles. Aucune constitution n’a été remplacée, aucun ordre juridique démantelé et aucun cadre de gouvernance réinventé. La suppression de la primauté du droit de l’UE a modifié une contrainte externe, et non la structure interne du système juridique lui-même.
Le droit de l’UE n’a jamais constitué le système juridique britannique ; il s’agissait d’un cadre supranational limité appliqué par les institutions britanniques. Son retrait a modifié la source de certaines réglementations, mais non la nature du système qui crée, interprète et applique le droit.
Le Brexit représente donc un ajustement juridique dans la continuité, et non une rupture fondamentale. L’invoquer comme preuve d’une voie « hybride » vers une gouvernance post-Brexit constitue une interprétation fondamentalement erronée du Brexit et de la notion de changement juridique substantiel. (2) En tentant d’examiner et de fabriquer des exemples en remontant sélectivement cinquante ans en arrière, Pahlavi aurait dû remonter quatre-vingts ans en arrière, période durant laquelle il aurait pu également étudier le redressement de la République fédérale d’Allemagne après la tyrannie nazie. Il est évident que Pahlavi ne souhaitait pas remonter aussi loin. Cela aurait soulevé la question de savoir pourquoi il n’a pas examiné le complot de son père visant à accéder au pouvoir suprême en renversant le gouvernement du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh.
(3) Concernant les dispositions établies au paragraphe 35, il convient de rappeler que Pahlavi s’est déjà autoproclamé chef du soulèvement national. Comme indiqué dans la section 4b, Pahlavi précise que tous les membres du Conseil du soulèvement national seront personnellement choisis par lui et que toutes leurs décisions devront être approuvées par lui. Là encore, cela rappelle la loi des pleins pouvoirs d’Adolf Hitler.
Conclusion : Les sections suivantes du livret « Phase d’urgence » du Projet de prospérité de l’Iran de Reza Pahlavi ressemblent à des promesses électorales. Ces sections offrent un aperçu des problèmes qu’il convient d’identifier et de résoudre afin de prévenir toute nouvelle tyrannie, tout chaos et tout bain de sang après l’effondrement de la République islamique d’Iran. La résolution de ces problèmes exigera une action concertée, et non une dictature qui « promet » de se maintenir au pouvoir pour un temps limité.
Après avoir pris le pouvoir suprême en Allemagne nazie, Adolf Hitler s’est proclamé « Führer et Reichskanzier » (Chef et Chancelier du Reich). Le titre de Reichskanzier fut rapidement abandonné. Pahlavi se proclame « Chef du soulèvement national et Prince héritier d’Iran ». Si Pahlavi avait la possibilité de recouvrer la monarchie abdiquée de son père, il ne fait aucun doute que l’appellation serait définitivement consolidée en « Chef de l’Iran ». Cette similitude est frappante. Autre fait indéniable : Reza Pahlavi n’a jamais condamné les violations des droits de l’homme perpétrées contre la population.
Les citoyens iraniens se sont engagés sous le régime de son père.
L’histoire mondiale a démontré, au fil des siècles, que les révolutions, loin d’engendrer des démocraties, produisent généralement des États autoritaires. Sous couvert de réformes et de démocratie, le retour à un autoritarisme « temporaire » est précisément l’opportunité que le plan de Pahlavi offre s’il venait à obtenir le contrôle total du gouvernement iranien après l’effondrement du régime en place.
Durant les derniers jours de la guerre d’Indépendance américaine, au campement de l’Armée continentale à Newburgh, dans l’État de New York, un complot se tramait parmi les officiers pour renverser le Congrès et faire du général George Washington le maître absolu du pays. Dès qu’il découvrit ce complot, le général Washington y mit fin et conseilla à ses officiers d’exprimer leur plus grande horreur et leur profonde aversion pour cet homme qui, sous quelque prétexte que ce soit, souhaitait bafouer les libertés de notre nation.
Le peuple iranien devrait adresser les mêmes paroles à Reza Pahlavi. Reconnaissant la véritable nature du manifeste de Reza Pahlavi, les citoyens iraniens devraient exprimer leur plus profonde horreur et leur aversion pour cet homme qui, sous de fallacieux prétextes, souhaite anéantir les libertés qui devraient revenir au pays une fois la République islamique d’Iran effondrée. L’avenir démocratique de l’Iran ne s’établira pas en restaurant le pouvoir de la monarchie d’antan, qui a renoncé au pouvoir.
*Wesley Martin, Colonel (à la retraite), ancien officier supérieur de la lutte antiterroriste pour l’ensemble des forces de la Coalition en Irak

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