Le CNRI et le mouvement qui l’entourait avaient déjà perdu des dizaines de milliers de membres et de sympathisants, victimes des prisons, des exécutions, des chambres de torture et de la répression de rue de la République islamique. Leur perception du régime n’était pas le fruit de spéculations idéologiques. Ce fut une expérience chèrement acquise.
Et ils comprirent autre chose bien avant la plupart des capitales occidentales : une fois que le fondamentalisme s’empara d’un État, il ne resterait pas une simple croyance nationale. Il deviendrait un idéal mobilisateur, une source de légitimité et un modèle pratique pour les extrémistes partageant les mêmes idées, bien au-delà des frontières iraniennes. Le prix à payer pour avoir ignoré cet avertissement devint impossible à ignorer le 11 septembre 2001.
L’illusion de la modération
Lorsque Mohammad Khatami fut élu président le 23 mai 1997, les gouvernements occidentaux se persuadèrent que la modération s’était installée à Téhéran. Cette illusion devint le fondement d’une politique d’engagement plus large. La Résistance iranienne soutenait le contraire : aucune véritable réforme n’était possible sous le velayat-e faqih, car une réforme significative en Iran signifierait la fin du pouvoir clérical absolu. Comme le disait la Résistance à l’époque, une vipère ne donne pas naissance à une colombe.
Mais les gouvernements occidentaux ont préféré l’illusion à la réalité politique. Les États-Unis ont désigné le MEK comme organisation terroriste en octobre 1997 ; l’Union européenne a suivi en 2002. Ce qui a suivi n’était pas un simple malentendu diplomatique, mais une bataille juridique de quinze ans : les membres du CNRI et leurs avocats ont intenté de nombreux procès contre le département d’État américain, le ministère britannique des Affaires étrangères, le gouvernement français et le Conseil de l’UE, jusqu’à ce que les désignations soient invalidées par les tribunaux ou levées. Au Royaume-Uni, la Commission d’appel des organisations interdites a jugé en 2007 que le maintien de l’interdiction était « absurde » ; les mesures de l’UE ont été invalidées à plusieurs reprises par les juridictions européennes avant le retrait définitif de la liste en 2009 ; les États-Unis ont retiré le MEK de leur liste des organisations terroristes en 2012. Ce qui avait été présenté comme une mesure antiterroriste était, en grande partie, une extension de la politique d’apaisement.
Punir les lanceurs d’alerte
La même mentalité a caractérisé le dossier nucléaire. Le CNRI alertait sur les ambitions nucléaires de Téhéran depuis 1991. Le monde n’y a prêté attention qu’après la révélation, par la résistance, de l’existence du site d’enrichissement de Natanz et du projet d’eau lourde d’Arak en août 2002. Ces révélations ont contraint l’Agence internationale de l’énergie atomique et les capitales occidentales à affronter ce qu’elles avaient soit ignoré, soit préféré ignorer.
Mais au lieu de considérer les lanceurs d’alerte comme un atout stratégique, les gouvernements occidentaux les perçoivent souvent comme un obstacle. Alors même que la résistance continuait de fournir des informations sur les sites et activités clandestins, la diplomatie européenne s’est concentrée sur la négociation avec Téhéran. En 2008, Reuters a rapporté, sur la base d’un document divulgué, que Téhéran avait fait pression sur l’Europe pour que l’OMPI figure sur la liste des organisations terroristes de l’UE, dans le cadre de ses conditions lors des négociations nucléaires. Tel est le véritable schéma : le régime a menti, a fait progresser son programme clandestin et a extorqué des concessions, tandis que ceux qui ont révélé le danger ont été politiquement sanctionnés. Les conséquences ne se sont pas limitées à l’Iran. Elles se sont exportées à l’ensemble du système international.
L’Irak et l’erreur stratégique
La même logique s’est reproduite en Irak. Avant l’invasion de 2003, Washington a ouvert un canal confidentiel avec Téhéran à Genève. Des récits ultérieurs de Zalmay Khalilzad ont confirmé ces contacts et montré que le régime iranien négociait déjà l’ordre post-Saddam. Le CNRI, en revanche, a déclaré publiquement que ses troupes, l’Armée de libération nationale (ALN), n’étaient pas parties prenantes à cette guerre et n’avaient d’autre ennemi que le régime clérical de Téhéran. Pourtant, les États-Unis ont fini par bombarder puis désarmer l’ALN en Irak, éliminant ainsi une force entièrement iranienne qui aurait pu freiner l’avancée de Téhéran.
Ce qui a suivi n’a pas apporté la stabilité, mais bien le contraire : la Force Qods iranienne s’est implantée durablement grâce à des milices, des alliés et des réseaux clandestins, contribuant à transformer l’Irak en un champ de bataille sectaire.
C’est précisément ce contre quoi Maryam Radjavi avait mis en garde. En décembre 2003, elle déclarait publiquement que « l’ingérence et les activités terroristes du régime iranien en Irak sont cent fois plus dangereuses que sa menace nucléaire ».
Les années qui suivirent confirmèrent la pertinence de cet avertissement. À travers la Force Qods, ses milices et son organisation politique. Grâce à ses alliés iraniens, Téhéran a étendu une forme d’occupation à six pays du Moyen-Orient, les affaiblissant considérablement, exacerbant les conflits sectaires et créant les conditions propices à l’émergence de Daech, aux massacres et à des flux de réfugiés d’une ampleur historique. Ce qui avait été présenté comme un engagement tactique avec Téhéran s’est transformé en l’une des plus grandes erreurs stratégiques de la région.
Le prix de la complaisance
C’est le fil conducteur qui relie 1993 à nos jours. Le mouvement de résistance iranien, indépendant et organisé, a très tôt mis en garde contre le fondamentalisme, le chantage nucléaire, l’appareil terroriste régional du régime et l’impossibilité de toute réforme sous l’absolutisme clérical. À maintes reprises, les gouvernements occidentaux ont opté pour la voie inverse : la complaisance plutôt que la fermeté, l’illusion plutôt que les faits, les compromis à court terme plutôt que la clarté stratégique.
Le résultat est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui : une région régulièrement embrasée par les alliés de l’Iran, une crise nucléaire qui n’a jamais vraiment disparu et un régime dont l’influence coercitive s’étend désormais aux voies maritimes, à la sécurité européenne et aux marchés mondiaux. C’est le prix d’une politique occidentale délibérée qui a marginalisé les avertissements justifiés, donné du pouvoir aux mauvais acteurs et permis à Téhéran, décennie après décennie, de perfectionner ses méthodes de chantage et de guerre.
Le monde paie aujourd’hui le prix de ce choix.

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