Un nouveau rapport de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur l'Iran, rattachée au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, avertit que la détérioration de la situation des droits de l'homme dans le pays pourrait constituer des crimes contre l'humanité, les civils se retrouvant de plus en plus pris au piège entre le conflit militaire et l'escalade de la répression étatique.
Cet avertissement accompagne le dernier rapport de la mission soumis au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, couvrant la période d'avril 2025 au 18 février 2026. Les enquêteurs affirment que les schémas de répression de longue date au sein du régime iranien se sont intensifiés dans le contexte des tensions régionales actuelles, suite aux frappes militaires impliquant les États-Unis et Israël et aux mesures de représailles prises par l'Iran.
Selon la mission, la convergence du conflit armé et de la répression étatique systémique a placé les civils iraniens dans une situation de vulnérabilité sans précédent. Les enquêteurs avertissent que la situation pourrait encore s'aggraver si toutes les parties impliquées dans le conflit ne respectent pas scrupuleusement le droit international humanitaire, et notamment les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution.
La protection des détenus est une préoccupation majeure.
La mission d'établissement des faits indique qu'elle recueille activement des éléments de preuve sur l'impact du conflit sur les civils et sur la manière dont les formes de répression existantes se sont intensifiées durant la crise actuelle. La sécurité des détenus, dont la vulnérabilité augmente considérablement en période de conflit armé, suscite une inquiétude particulière.
Le rapport souligne que les coupures de communication imposées par les autorités iraniennes ont aggravé ces risques. L'interruption d'Internet a isolé les citoyens du monde extérieur, les empêchant d'accéder à des informations cruciales sur les attaques à l'échelle nationale ou de contacter leurs proches, qu'ils soient à l'intérieur ou à l'extérieur du pays.
Des perturbations similaires des communications se sont produites lors du conflit irano-israélien de juin 2025 et de nouveau lors des manifestations qui ont éclaté en décembre 2025. Les enquêteurs avertissent que la coupure actuelle, qui a débuté le 28 février et se poursuit depuis plus de deux semaines, suit un schéma inquiétant dans lequel les autorités restreignent l'accès numérique précisément au moment où le contrôle public est le plus nécessaire.
Attaque de la prison d'Evin et allégations de crimes de guerre
La mission a également examiné les événements survenus lors de l'escalade des tensions entre l'Iran et Israël en juin 2025. Sur la base des éléments de preuve recueillis, les enquêteurs ont conclu qu'il existe des motifs raisonnables de croire que les Forces de défense israéliennes ont commis un crime de guerre en ciblant délibérément un site civil lors d'une frappe aérienne contre la prison d'Evin à Téhéran le 23 juin 2025.
Environ 80 personnes ont été tuées lors de la frappe, dont au moins un enfant et huit femmes.
Parallèlement, le rapport a constaté que les autorités du régime iranien n'avaient pas assuré une protection adéquate aux détenus avant, pendant et après l'attaque. Certains prisonniers ont été transférés de force dans d'autres centres de détention dans des conditions violentes, notamment sous la menace d'armes à feu. Dans plusieurs cas, des familles ont été privées d'informations sur le lieu de détention de leurs proches pendant des mois, ce qui a suscité des inquiétudes quant à d'éventuelles disparitions forcées.
Malgré l'attaque et les risques encourus par les détenus, le régime iranien n'aurait libéré aucun prisonnier de la prison d'Evin ni pris de mesures suffisantes pour garantir leur sécurité. Les enquêteurs insistent sur le fait que de telles frappes militaires contre des centres de détention ne doivent plus se reproduire, compte tenu du grave danger qu'elles représentent pour les manifestants détenus et les autres civils.
Répression accrue des manifestations
Le rapport souligne en outre comment les schémas de répression de longue date ont évolué et se sont intensifiés ces derniers mois, notamment à la suite des manifestations nationales qui ont débuté le 28 décembre 2025 en réponse à la détérioration de la situation économique.
Les forces de sécurité auraient fait un usage massif de la force létale, notamment de fusils d'assaut et de mitrailleuses lourdes, causant de nombreux morts et blessés. Plusieurs victimes ont subi de graves lésions oculaires dues aux munitions à billes métalliques.
Les enquêteurs ont conclu que ces violations des droits de l'homme semblent avoir été généralisées et systématiques.
Lors des manifestations de décembre, les autorités ont imposé une coupure d'internet à l'échelle nationale pendant une vingtaine de jours. La mission d'enquête a averti que cette coupure actuelle s'apparente à une tactique similaire, laissant supposer que les autorités iraniennes utilisent de plus en plus les restrictions numériques pour dissimuler les exactions et réprimer la dissidence.
Arrestations massives et pressions sur la société civile
Suite à la fin du conflit de juin 2025, le régime iranien a intensifié sa répression contre la société civile et a encore restreint l'espace civique.
Les autorités du régime ont annoncé l'arrestation de plus de 21 000 « suspects » en lien avec le conflit. Nombre d'entre eux auraient été interpellés à des points de contrôle ou lors de perquisitions domiciliaires sans justification légale. Parmi les personnes détenues figuraient des journalistes, des avocats et des utilisateurs des réseaux sociaux qui avaient simplement appelé au calme.
Le rapport documente également la discrimination persistante à l'encontre des minorités ethniques et religieuses, notamment les arrestations arbitraires de membres de la communauté bahá'íe uniquement en raison de leurs croyances.
Augmentation des exécutions
Les enquêteurs ont constaté une augmentation alarmante du recours à la peine de mort en Iran. Fin 2025, au moins 1 639 exécutions avaient été recensées, un chiffre dramatique et sans précédent.
Près de la moitié des exécutions étaient liées à des infractions liées à la drogue, et de nombreuses condamnations reposaient sur des aveux prétendument obtenus sous la torture.
Des informations crédibles indiquent que de nombreux détenus courent de graves risques de torture, de mauvais traitements et de disparition forcée. Certains prisonniers sont également soumis à des procédures d'exécution accélérées qui bafouent les principes d'un procès équitable et le droit à la vie.
Les femmes sont ciblées et la répression transnationale s'étend
Le rapport souligne que le harcèlement et la persécution des femmes et des filles demeurent un élément central de la politique de l'État. Les femmes continuent de subir du harcèlement et parfois des violences physiques pour avoir refusé de se conformer aux lois imposant le port du voile.
Les autorités ont publiquement qualifié d’« ennemies » les opposantes au port obligatoire du hijab, tout en décrivant les femmes qui refusent de porter le voile comme souffrant de troubles psychologiques ou adoptant des comportements nuisibles.
Le régime n'a pas non plus réussi à endiguer la hausse des féminicides. Environ 176 féminicides ont été recensés pour la seule année 2025.
Les enquêteurs ont également documenté des cas de femmes décédées en détention faute de soins médicaux, sans qu'aucune enquête officielle n'ait été menée.
Au-delà des frontières iraniennes, le rapport met en garde contre une répression transnationale croissante. Des ressortissants iraniens et des binationaux résidant à l'étranger auraient été victimes de tentatives d'assassinat, de menaces numériques et d'intimidations, notamment par le harcèlement et l'interrogatoire de membres de leur famille en Iran.
Le rapport critique également l'expulsion forcée de femmes et de filles afghanes, c'est-à-dire de personnes originaires d'Iran vers l'Afghanistan, qualifiant cette pratique de violation flagrante du principe juridique international de non-refoulement.
Alarme croissante
La mission d'enquête a conclu que la combinaison d'un conflit armé, d'une répression systématique et de violations généralisées des droits humains a engendré une détérioration rapide de la situation en Iran. Sans une intervention internationale urgente et une obligation de rendre des comptes, préviennent les enquêteurs, la crise risque de dégénérer en crimes contre l'humanité.

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