Tout commence au sein même de l’appareil sécuritaire. Le 19 mars 2026, Hamidreza Moqaddam-Far, conseiller du commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique, s’est exprimé en des termes inhabituellement concrets. Après avoir repris les accusations habituelles du régime contre l’OMPI, il est passé au présent : « Ces gens viennent parfois maintenant. J’ai vu des visages suspects ; par exemple, des groupes de motocyclistes. Ils essaient de se déplacer ensemble, plusieurs à la fois ; ils portent des masques. » Il s’est ensuite précisé : « Oui, ils essaient, mais ils sont ensemble, deux ou trois, c’est évident, à moto, en voiture, filles et garçons, hommes et femmes, ils viennent. »
Ce n’est pas le ton habituel des slogans idéologiques. C’est un langage opérationnel : visages suspects, motos, masques, groupes de deux ou trois, déplacements mixtes, voitures, mobilité. C’est le vocabulaire de la surveillance et de l’angoisse qui règne dans la rue. Plus précisément, c’est ainsi que s’exprime un responsable du régime lorsqu’il décrit non pas un souvenir lointain, mais une préoccupation actuelle.
Peur systémique
Le lendemain, le 20 mars 2026, Gholam-Hossein Noforsti, représentant par intérim du Guide suprême à Birjand, s’est montré encore plus direct. « C’était le souhait de notre chef martyr », a-t-il déclaré, « que nos ennemis, les Monafeqin, ne se sentent pas en sécurité, qu’ils n’osent pas, dans une ruelle, une maison, un abri, un bâtiment, agir contre le système. » Il a poursuivi : « Notre peuple doit rester vigilant à cet égard. »
La portée de cette déclaration réside dans le choix des mots et des verbes. « Ne doivent pas se sentir en sécurité. » « Une ruelle. » « Une maison. » « Un abri. » « Un bâtiment. » C’est un langage de pénétration et de déni. Il signifie aux partisans du régime que la tâche n’est pas seulement de vaincre les opposants de manière abstraite, mais de leur refuser tout espace physique, toute intimité et tout point d’ancrage local. Il ravive également l’insulte favorite du régime pour désigner l’OMPI, « Monafeqin », un terme longtemps utilisé par Téhéran pour criminaliser, déshumaniser et isoler son principal adversaire organisé.
Le 22 mars 2026, Ahmad Alamolhoda, représentant du Guide suprême à Mashhad, passa de l’avertissement à la mobilisation. « Affirmez votre identité du Hezbollah dans la rue », déclara-t-il. « Frères et sœurs, préservez le terrain, maintenez la présence, ne quittez pas cet espace, restez là, participez à ces rassemblements jour et nuit. L’ennemi craint ces rassemblements bien plus que les missiles. »
Une fois encore, ce ne sont pas les slogans qui importent, mais les actes. Il s’agit d’un appel à une présence visible et constante dans l’espace public. C’est aussi un aveu. Lorsqu’Alamolhoda affirme que « l’ennemi craint ces rassemblements bien plus que les missiles », il signifie à son auditoire que ce qui compte désormais, ce n’est pas seulement la confrontation militaire, mais qui occupe la rue, qui inspire confiance et qui contrôle l’espace public en Iran.
Le discours du régime lui-même révèle sa crainte des mouvements organisés, de l’organisation locale et d’un climat social susceptible de redevenir explosif.
La véritable peur
Derrière les slogans tonitruants et rituels du régime, scandant « Mort aux hypocrites ! » – repris lors des manifestations officielles de la Journée d’Al-Qods à Téhéran le 13 mars, lors des manifestations affiliées à l’État dans la capitale autour du 2 mars, et lors des rassemblements religieux et publics entre le 14 et le 16 mars – se cache un aveu bien plus discret. Le régime ne craint pas les étincelles soudaines et spontanées de colère populaire qui jaillissent et s’éteignent d’elles-mêmes. Il ne craint même pas les bombes ou les missiles étrangers.
Ce qui hante véritablement Téhéran, c’est un mouvement organisé capable de s’emparer de chaque protestation, de chaque grief, de chaque faille dans le système – et de la transformer, avec discipline et détermination, en une force de changement radical.
C’est la seule menace que les slogans ne peuvent étouffer. C’est pourquoi la terreur semble sans fin. Le régime ne combat pas un chaos aléatoire. Il combat précisément ce qu’il ne peut ni bombarder ni anéantir par des arrestations : une opposition qui transforme la colère du peuple en pouvoir.
.jpg)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire