mardi 10 mars 2026

Éditorial : Mojtaba Khamenei, une succession sans légitimité

 La nomination de Mojtaba Khamenei comme prochain Guide suprême des mollahs a mis en lumière une vérité que le peuple iranien pressent depuis longtemps : le régime du Velayat-e Faqih est dans une impasse historique. Pour se préserver, il n’a eu d’autre choix que de se rabattre sur le nom de « Khamenei » comme symbole de continuité, transformant un pouvoir clérical absolu en une monarchie héréditaire de plus en plus indiscernable. Mais cet acte désespéré ne saurait sauver le fascisme religieux.

Il ne s’agit pas simplement d’une succession. C’est l’aveu d’une faiblesse irrémédiable. En portant au pouvoir le fils d’Ali Khamenei, le régime a démontré qu’il avait épuisé tous les mécanismes politiques, religieux et institutionnels nécessaires à la reproduction de son autorité. Il ne reste plus que la préservation dynastique sous un autre nom : la même répression, la même corruption, la même dépendance à la peur et à la force.

Mojtaba Khamenei n’est pas étranger aux crimes de ce régime. Depuis plus de trente ans, et plus particulièrement ces vingt dernières années, il figure parmi les principaux artisans de la répression, de l’exportation du terrorisme et du fondamentalisme, et du pillage des richesses du peuple iranien. Il a joué un rôle central dans la répression des principaux soulèvements, notamment ceux de 2017, 2019, 2022 et celui de 2025-2026. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et les principaux organes de sécurité ont de fait opéré sous sa supervision directe. Il est responsable non seulement des violences politiques du régime, mais aussi du pillage systématique des richesses nationales et de l’oppression des travailleurs, des enseignants, des infirmières, des agriculteurs, des retraités, des femmes et des populations défavorisées à travers l’Iran.

Pourtant, malgré sa complicité, Mojtaba ne possède pas ce que son père avait : l’autorité nécessaire pour imposer la discipline aux factions rivales du régime. Ali Khamenei était la pierre angulaire du système. Avec son départ, le régime iranien entre dans une ère de fragilité interne sans précédent. Mojtaba héritera certes de l’appareil répressif, mais il ne jouit ni de la même autorité religieuse, ni du même poids politique, ni de la même capacité à gérer les contradictions internes du régime. Son arrivée au pouvoir révélera inévitablement des conflits longtemps étouffés.

Le peuple iranien ne l’acceptera pas non plus. Le régime tentera peut-être de présenter son accession au pouvoir comme une transition pacifique, mais aux yeux des Iraniens, il ne s’agit que d’une nouvelle atteinte à la souveraineté populaire. Tout comme la dictature monarchique a perdu toute légitimité avant sa chute en 1979, ce régime est lui aussi discrédité et rejeté. Le slogan « Mort à Khamenei » restera un cri de ralliement central, non pas à cause d’un seul individu, mais parce que son nom est devenu le symbole d’un système bâti sur la tyrannie, les massacres et le pillage.

En matière de politique étrangère également, Mojtaba Khamenei ne rompt pas avec le passé. Si le régime survit suffisamment longtemps, il n’aura d’autre choix que de poursuivre la stratégie de son père : bellicisme régional, militarisation intérieure et exportation du terrorisme. Un régime incapable de résoudre sa crise interne se tourne vers l’extérieur par l’agression et vers l’intérieur par la répression. Ce cycle s’aggravera sous Mojtaba, au lieu de s’achever.

Mais le véritable enjeu pour l’Iran n’est pas de savoir qui occupe le poste de Guide suprême. Le véritable enjeu est que l’avenir du pays ne se décidera pas par des arrangements de palais, des décrets cléricaux ou une succession héréditaire. Il se décidera dans les rues d’Iran par le peuple et sa résistance organisée. C’est le cauchemar auquel les religieux au pouvoir ne peuvent échapper.

Cette résistance n’est pas une hypothèse. Malgré une répression brutale, le soulèvement iranien n’a pas été étouffé. Il a perduré, s’est amplifié et a ressurgi avec une force accrue. Les Unités de Résistance continuent de défier les symboles et les institutions de la répression, démontrant qu’il existe en Iran une force organisée capable de sacrifice, de mobilisation et d’influence politique. Conjuguée à un soulèvement national, cette force peut entraîner le renversement du régime.

La Résistance iranienne a toujours affirmé que seul le peuple iranien et sa Résistance organisée peuvent parvenir à un changement de régime. Il ne s’agit pas seulement d’une nécessité politique ; c’est l’unique garantie que l’avenir du pays appartiendra à ses citoyens et non à une dictature ressuscitée, qu’elle soit cléricale ou monarchique.

C’est pourquoi l’annonce récente par le Conseil national de la Résistance iranienne de la mise en place d’un gouvernement provisoire visant à transférer la souveraineté au peuple revêt une importance capitale. Fondé sur le Plan en dix points de Mme Maryam Rajavi, ce cadre offre une feuille de route démocratique pour la période suivant le renversement du régime théocratique. Il ne s’agit pas d’un mécanisme de substitution d’une structure autoritaire à une autre. Au contraire, il garantit que le pouvoir sera transféré au peuple par le biais d’élections libres et de la formation d’un gouvernement provisoire.

La mise en place d’une Assemblée constituante dans un délai maximal de six mois est essentielle.

Cette vision s’appuie sur des principes fondamentaux pour l’avenir démocratique de l’Iran : une république fondée sur la liberté et le pluralisme ; la séparation de la religion et de l’État ; l’égalité entre les femmes et les hommes ; et la reconnaissance des droits des communautés ethniques et nationales iraniennes, notamment les Baloutches, les Kurdes, les Arabes et les Turkmènes. Il s’agit d’un programme conçu non seulement pour mettre fin à la tyrannie, mais aussi pour empêcher son retour sous quelque forme que ce soit.

C’est précisément pourquoi les tentatives de présenter un retour à la dictature monarchique comme une alternative au fascisme religieux sont à la fois politiquement stériles et profondément néfastes. Rien ne sert davantage le régime actuel que l’affirmation mensongère selon laquelle, si le pouvoir clérical s’effondre, l’Iran devra se soumettre à nouveau à un autre régime autoritaire. Le peuple iranien n’a pas consenti tant de sacrifices pour se retrouver pris au piège entre deux formes de dictature.

Depuis plus d’un siècle, le peuple iranien lutte pour libérer son pays du despotisme sous toutes ses formes. Leur lutte, marquée par d’immenses sacrifices et plus de 100 000 martyrs, n’a jamais consisté à remplacer un tyran par un autre. Elle a toujours porté sur la souveraineté populaire, la démocratie et la justice.

Tout aussi fondamental est le principe selon lequel l’avenir de l’Iran ne peut être décidé de l’étranger. Seul le peuple iranien est légitime pour déterminer son destin politique. Le souvenir amer du coup d’État contre le gouvernement nationaliste du Dr Mohammad Mossadegh demeure un avertissement constant contre les solutions imposées de l’extérieur. Aucun avenir durable pour l’Iran ne peut se construire sans la volonté de son peuple et sa résistance organisée.

Aujourd’hui, la communauté internationale est confrontée à une responsabilité claire : reconnaître le droit du peuple iranien à résister à la tyrannie, soutenir l’alternative démocratique et mettre fin à la tolérance envers un régime dont les ambassades ont longtemps servi d’instruments d’espionnage et de terrorisme. Soutenir les aspirations démocratiques du peuple iranien n’est pas seulement un devoir moral. C’est essentiel à la paix régionale, à la sécurité internationale et à la défaite de l’extrémisme.

La nomination de Mojtaba Khamenei ne résout pas la crise du régime. Cela ne fait que l’aggraver. Cela confirme que le Velayat-e Faqih a même englouti ses propres prétentions idéologiques et ne survit plus que par la simple continuité de la lignée, la répression et la peur. Mais l’avenir de l’Iran n’appartient ni à la tyrannie cléricale ni à l’autocratie restaurée. Il appartient à un peuple libre, déterminé à établir une république démocratique.

Source : CNRI 

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