La double crise : bombardements extérieurs et suffocation intérieure
Alors que l'Iran est aux prises avec les conséquences désastreuses de la guerre et des bombardements des zones urbaines, il apparaît clairement que l'appareil répressif de la République islamique non seulement maintient sa position, mais instrumentalise l'état d'urgence décrété en temps de guerre pour mener des purges politiques et consolider le pouvoir du nouveau régime. Le 11 mars 2026 (20 Esfand 1404), la Mission internationale indépendante d'établissement des faits des Nations Unies sur la République islamique d'Iran a officiellement alerté sur l'escalade des risques auxquels sont confrontés les civils iraniens. La mission a constaté que la pression simultanée des forces militaires extérieures et des mesures de sécurité intérieure a accru le risque de graves violations des droits de l'homme à un niveau sans précédent.
L’ordre « doigt sur la gâchette » : une posture militaire contre les manifestants
Les responsables militaires et policiers du régime ont utilisé une rhétorique explicite pour qualifier les manifestations intérieures de cibles militaires.
Le commandant en chef des forces de l'ordre (FARAJA), Ahmadreza Radan, a annoncé, dans un discours prononcé le 9 mars 2026 (diffusé tôt le 10 mars à la télévision d'État), un état de « préparation maximale, le doigt sur la gâchette ». Il a souligné que tout mouvement interne se heurterait à une « réponse décisive ». Ces déclarations illustrent une constante du discours officiel iranien : la menace d'une répression brutale de toute agitation.
Les médias d'État et la Radio-télévision de la République islamique d'Iran (IRIB) ont publié des communiqués mettant en garde contre le fait que, dans un état de guerre, tout rassemblement de protestation est considéré comme une « coopération avec l'ennemi », autorisant les forces armées à utiliser des munitions réelles (tirs directs) contre les manifestants.
Chronologie des messages officiels en préparation de la répression :
Date Contenu diffusé Message implicite/opérationnel
28 février Toute action perturbatrice se heurtera à une réponse ferme. Les forces de sécurité et judiciaires sont en état d'alerte maximale. Toute manifestation = menace pour la sécurité nationale
1er mars Aucune indulgence ne sera accordée. Tout rassemblement non autorisé est considéré comme une collaboration avec l'ennemi. Criminalisation absolue des manifestations
2 mars Le pouvoir judiciaire agira immédiatement contre toute menace à la sécurité nationale et prononcera des peines dissuasives. Procès sommaires et suppression du droit à la défense
3 mars Les agitateurs internes font partie du plan de l'ennemi. Les forces de sécurité ne toléreront pas l'insécurité. Manifestant = Agent ennemi / Cinquième colonne
4 mars En temps de guerre, toute atteinte à la sécurité nationale s'expose à une riposte ferme. Le Corps des gardiens de la révolution islamique est en état d'alerte maximale. L'intervention militaire officielle dans la répression intérieure
10 mars Radan : Nous avons la main sur la gâchette. Ceux qui descendent dans la rue sur ordre de l’ennemi seront traités comme des ennemis. Autorisation de tir létal direct
11 mars Rediffusion du discours de Radan ; les analystes estiment que tout rassemblement pourrait faire partie d'opérations ennemies. Les forces de sécurité ont pleine autorité. Confirmation télévisée de l'exécution des menaces d'usage de la force létale
Black-out informationnel et arrestations ciblées
Alors qu'Internet est totalement coupé en Iran depuis plus de deux semaines, l'appareil répressif profite de ce vide informationnel pour procéder à des arrestations massives. Suite aux menaces de Radan, l'agence de presse officielle Rokna a rapporté, le 14 mars 2026 (23 Esfand 1404), qu'un nombre important d'arrestations avaient eu lieu. Le rapport indiquait que les Gardiens de la révolution iraniens à Qom avaient annoncé l'arrestation de 13 individus soupçonnés d'« actes contre la sécurité », ainsi que la saisie de trois terminaux satellites Starlink par les unités de renseignement du Bassidj. Cette coupure des communications internationales empêche les observateurs des droits humains de constater avec précision les crimes et la répression en cours durant le conflit.
Le pouvoir judiciaire : bras logistique de la répression systématique
Le juge en chef, Mohsen Eje'i, lors d'une visite à la Cour de justice administrative le 12 mars 2026 (21 Esfand 1404), a décrit le pouvoir judiciaire comme faisant partie du « champ de bataille ».
- Eje'i a mis l'accent sur le développement des « procès électroniques » alors même que l'accès à Internet est coupé dans le pays. Cette contradiction révèle que l'objectif de ces « procès électroniques rapides » est uniquement d'accélérer le prononcé des peines en contournant les formalités légales et le droit de l'accusé à un procès équitable.
- En louant les forces armées comme les « enfants de l’Imam Khamenei », il a démontré le lien indissociable entre le pouvoir judiciaire et l’appareil de guerre et de répression. Cela indique clairement que, sous la direction de Mojtaba Khamenei, la répression ne sera en rien freinée, même lorsque la population subira d’intenses bombardements.
Transition du pouvoir à Mojtaba Khamenei : Garantir la poursuite des crimes
Les médias d'État ont récemment présenté Mojtaba Khamenei comme celui qui poursuit la « voie de la révolution ». Bien qu'il n'ait jamais occupé de poste gouvernemental de haut niveau, il est depuis longtemps considéré par les analystes comme une figure influente en coulisses. Des rapports publiés au fil des ans font état de sa profonde influence au sein du cabinet politique de son père et de ses liens étroits avec les principales institutions de sécurité. Il fait partie, avec son père, des plus hauts responsables de la répression des trente dernières années. Sa nomination officielle permet au régime de poursuivre sa politique de répression, d'étouffement, d'exportation du terrorisme et de bellicisme.
Prisonniers politiques : otages sous les bombardements
L’un des aspects les plus horribles de la situation actuelle est le statut des détenus :
- Politique des otages : Malgré les bombardements et les frappes de missiles qui menacent la vie de milliers de prisonniers politiques et de manifestants détenus lors du soulèvement de janvier 2026, le régime refuse de les libérer. Ce comportement illustre clairement l’utilisation des prisonniers comme « boucliers humains » ou « otages » pour prévenir de futurs soulèvements.
- La machine à exécuter en temps de guerre : le système judiciaire est prêt à reproduire les schémas de « purge » de 1988. Actuellement, 14 manifestants du soulèvement de janvier 2026 et 59 autres prisonniers politiques sont dans le couloir de la mort. Ce chiffre n’inclut pas les milliers de prisonniers de droit commun condamnés à mort pour des infractions non passibles de la peine capitale en vertu du droit international.
Analyse juridique : Violation systématique des lois nationales et internationales
Les actions susmentionnées constituent une violation flagrante des traités et lois suivants :
- A) Violation du droit international :
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) : Violation des articles 6 (Droit à la vie) et 9 (Détention arbitraire). Conformément à l’article 4 de ce Pacte, même en cas d’urgence ou de guerre, le droit à la vie et l’interdiction de la torture sont inaliénables ; la République n’a donc pas le droit de tirer sur les manifestants ni de les exécuter.
- Quatrième Convention de Genève : Violation de l’obligation de l’État de protéger la vie des détenus dans les zones de guerre. Le régime est tenu d’évacuer les prisonniers des zones bombardées et non de les prendre en otages.
- Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et aux armes à feu : Le recours à la force létale (l’ordre de « mettre le doigt sur la gâchette ») n’est autorisé qu’en cas de menace immédiate de mort ou de blessure grave, et non pour disperser des manifestants.
- B) Violation des lois internes de la République islamique :
- Article 27 de la Constitution : Le droit de réunion pacifique, qui a été complètement annulé par la déclaration « tirer sur le manifestant ».
- Articles 38 et 39 de la Constitution : interdiction de toutes les formes de torture et obligation de respecter la dignité et l’honneur des détenus. Le fait de maintenir des prisonniers sous le joug de bombardements et de les menacer de violence mortelle constitue une violation flagrante de ces principes.
- Code de procédure pénale : Violation du droit d’accès à un avocat et du droit à un procès équitable, droits effectivement bafoués sous couvert de « procès électroniques rapides » lors d’une panne d’Internet.
Conclusion : La nécessité d’une action préventive internationale urgente
L’heure des déclarations inefficaces est révolue. La République islamique profite de la guerre pour mener une purge politique systématique sur son territoire. La coupure d’internet, l’ordre de tirer des tirs directs et la passation de pouvoir à Mojtaba Khamenei sont autant d’éléments d’un plan visant à éliminer physiquement les dissidents.
La communauté internationale doit comprendre que le silence face aux bombardements des villes iraniennes ne saurait justifier l’ignorance des massacres perpétrés dans les rues et les prisons. Nous appelons la Rapporteuse spéciale des Nations Unies, Mme Mai Sato, à utiliser tous les instruments juridiques, y compris la compétence universelle, pour poursuivre les auteurs de ces ordres, notamment Ahmadreza Radan et Mohsen Eje’i.
La communauté internationale ne doit pas permettre que l’« état de guerre » serve de vide juridique ou de prétexte à des atrocités de masse. La mise en danger systématique de la vie des prisonniers, conjuguée aux ordres de « tirer à volonté » et aux tirs directs sur les manifestants dans les rues, constitue une violation grave du droit international. Nous insistons sur le fait que toute inaction immédiate favoriserait la répétition d’exécutions extrajudiciaires, dont les auteurs doivent être tenus pénalement responsables en vertu du principe de la responsabilité individuelle et de la responsabilité du commandement.


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